Les TPE version Lang : volontariat obligatoire et sans moyens ?

 septembre 2000
mis à jour lundi 4 avril 2005

Pour SUD la charte retouchée par Lang reste conforme au projet d’Allègre : donner l’impression de réformer voire de démocratiser l’enseignement en faisant des économies sur le dos des personnels et de la qualité du service public d’enseignement.

Les TPE restent la pièce maîtresse de la réforme avec " l’aide " en 2nde et l’ECJS (Education Civique Juridique et Sociale). Sans préjuger de la validité et de l’intérêt pédagogique du dispositif et d’une nouvelle forme de transmission des savoirs, dans les conditions actuelles, la mise en place des TPE accentuera la reproduction des inégalités au sein du système éducatif. La mobilisation des personnels a cependant fait reculer le ministre sur l’évaluation des TPE en contrôle continu, l’examen de ce volet de la réforme a été repoussé en 2002.

Pour autant, même repoussé, le danger d’une évaluation en contrôle continu persiste. Et surtout la mise en place obligatoire et généralisée des TPE dès cette année, ainsi que l’absence de moyens en heures d’enseignement, en documentalistes et en locaux sont inacceptables.

Résumé commenté du document ministériel (DESCO) de juin 2000
autres documents utiles : BO n°3 du 20-01-2000 et circulaire 96-248 du 25-10-1996 sur les déplacements des élèves en dehors des établissements.

Mise en œuvre 1

Horaires :

2 heures dans l’emploi du temps des élèves, une classe par lycée avant la Toussaint. Pour toutes les autres classes de première dès janvier 2000.

Une heure pour chaque prof ou deux heures globalisées pour les deux enseignants.

L’inscription de cet horaire dès la rentrée doit permettre un travail collectif de préparation (choix des disciplines, des thèmes, matériel...)

Réalisation et évaluation vers la mi-mai pour permettre les préparations de l’épreuve anticipée de français.

Comment suivre réellement le travail de 30 à35 élèves, sachant qu’on ne les verra pas tous à chaque séance ? Le recours au bénévolat et l’augmentation de la charge de travail des enseignants sont à l’ordre du jour.

L’insuffisance de l’horaire, 1h+1h ou 1h globalisée à deux, risque aussi de bénéficier aux plus favorisés qui pourront vraiment travailler en autonomie et ou avoir une aide technique (logiciel, l’Internet) à la maison.

Disciplines et thèmes :

Deux disciplines dominantes de chaque série déterminées en juin (date d’arrivée dans les établissements de la brochure DESCO !) Ou dès la prérentrée. Une possibilité est ouverte d’associer d’autres disciplines.

Un ou deux thèmes (pour chaque classe) choisis en fin d’année ou à la rentrée, d’après la liste des thèmes nationaux ci dessous (sous-thèmes et pistes p. 23/24 de la brochure DESCO).

Les connaissances et les compétences des deux disciplines utilisables dans le TPE devront alors être précisées.
En 1ère L : Frontière ; Arts, littérature, politique. Représenter la guerre ; Mémoire/mémoires ; Les barbares ; La ville.
En 1ère ES : La ville ; Les loisirs en tant que pratique culturelle ; Les entreprises et leurs stratégies territoriales ; Réalité et impact des indicateurs chiffrés ; Les élites ; La presse écrite.
En 1ère S : Croissance ; Eau ; Images ; Risques naturels et technologiques ; Sciences et aliments ; Temps, rythmes et périodes.

Accompagnement des enseignants :

actions de formation continue durant le premier trimestre avec les inspecteurs ! Les professeurs ayant déjà expérimenté l’an passé, les formateurs IUFM... Diffusion sur site des innovations jugées "innovantes".

La précipitation est mauvaise conseillère. Les 26 pages de la DESCO étaient inconnues du plus grand nombre à la fin juin. Mais les chefs d’établissement ont dû en tenir compte lors de l’élaboration des emplois du temps : beaucoup de collègues découvriront à la rentrée l’obligation de se lancer dans un TPE avec des collègues qu’ils n’ont pas choisis ! Cette généralisation d’un travail interdisciplinaire est un non-sens pédagogique.

La formation continue déjà très réduite devient en partie obligatoire : passage du droit au devoir de formation... sur temps de travail ? Son volume, 120 millions de francs, n’est pas annoncé histoire de pas ridiculiser le projet tout de suite.

Mise en œuvre 2

Lancement :

Présentation aux élèves de l’objet et du but, de différentes étapes, des thèmes retenus et des modalités et critères d’évaluation.

Définition du sujet :

Au choix : les professeurs ont établi des propositions de sujet interdisciplinaire ou les élèves trouvent leur propre sujet à partir du thème retenu.

Constitution des groupes d’élèves :

De 2 à 4 élèves par affinité et sujet retenu. Production collective ou individuelle "coordonnées" à l’intérieur de chaque groupe.

Réalisation :

Recherche par les élèves de documents variés mais aussi enquêtes ou objets d’expérimentation (en science).
Un "carnet de bord" recensera toutes ces sources.
Pour faciliter ce travail "les établissements se doteront d’une politique documentaire". Recensement, archivage, accessibilité des fonds du CDI et des cabinets disciplinaires, partenariat et mise en réseau avec d’autres établissements sont conseillés. Documentalistes et professeurs sont appelés à s’en charger... de septembre à décembre !

Suivi des élèves : calendrier précis des rencontres élèves professeurs (séances "co-animée" ou RV individuels !)
Les élèves travailleront en autonomie soit au CDI, dans une salle, voire à l’extérieur de l’établissement. Dans ce dernier cas la DESCO renvoie à la circulaire n° 96-248 du 25-10-96 pour la responsabilité et invite à un ajout au règlement intérieur.

Le décalage entre les ambitions et les moyens réels dans les lycées est évident. Recenser les sources, se mettre en réseau avec d’autres CDI, puis travailler en équipe durant l’heure prof de TPE (qui doit servir aussi à l’élaboration du projet commun et aux stages de formation qu’y nous sont annoncés). Répéter ce travail pour 8 à 10 classes de 1ère avant de les accueillir pour leur recherche au 2ème et 3ème trimestre est impossible sans recruter et agrandir les documentations. Le ministère compte peut être sur les emplois-jeunes, quant aux locaux, il conseille une "délocalisation partielle du CDI" ! En effet pour 50 millions de francs on ne peut pas faire de miracles !

Le développement sur le suivi des élèves accroît cette impression d’improvisation et de réforme à coût constant au détriment d’un travail de qualité : l’autonomie est décrétée mais sans les locaux ni les moyens pédagogiques pour la mettre en œuvre (heures prof d’encadrement). Enfin pour une classe de 30, cela fait au moins 10 groupes à suivre en moyenne.

Les déplacements d’élèves non accompagnés dans et en dehors de l’établissement ne manqueront pas non plus d’aggraver considérablement la charge de travail des CPE et des surveillants.

L’évaluation :

L’élève doit fournir sa production et une synthèse d’une ou deux pages expliquant sa démarche et sa finalité. Seul ou en groupe, il soutient son travail durant un oral devant ses professeurs. Les critères d’évaluation sont précisés : qualité de la synthèse, de la production, de la prestation orale. Mais le degré d’autonomie, d’investissement sont aussi à prendre en compte. On conseille visiblement de porter une appréciation sur le bulletin trimestriel.

Le ministère ne dit plus un mot de l’essentiel : le TPE ne fait plus partie d’une évaluation en contrôle continu au BAC qui devait atteindre avec d’autres matières comme les langues, jusqu’à 25% de la note dès la prochaine session. L’opposition de la plupart des enseignants de lycée à un bac inégal suivant les établissements fait de ce point de vue, des TPE une épreuve comme les autres. Bien sûr il faudra rester vigilant pour qu’en 2001-2002 de nombreuses disciplines ne soient pas évaluées en contrôle continu.

Ceci dit une évaluation valorisant aussi l’oral n’est pas mauvaise en soit. Cependant en l’absence d’un entraînement et d’une aide suffisante lors de l’élaboration ce nouveau type d’exercice risque d’être ni plus ni moins discriminant que les autres.

Les enjeux :

officiellement il s’agit de rendre l’apprentissage plus actif par la recherche, sur un sujet en partie choisi par les élèves, une démarche de projet qui permettrait d’acquérir des méthodes de travail. Un travail interdisciplinaire, avec un temps d’accompagnement pour chaque élève.

En fait la déception risque d’être grande. Pour des raisons politiques (la réforme continue) la généralisation n’est différée que de quelques mois et les moyens restent absolument insuffisants pour la mener à bien (maîtrise toute libérale des dépenses de l’Etat et refus de démocratiser l’Ecole).

Dans ces conditions l’informatique et l’Internet risquent d’être les alibis modernistes d’une vague employabilité et non des moyens au service d’une idée pédagogique qui pouvait rendre la culture scolaire plus accessible à nombreux élèves.


Travaux croisés : croisera, croisera pas ?

Le feuilleton, en 2 étapes

1 - Juin 99, "collège des années 2000". Objectif : réaliser un travail pluridisciplinaire en classe de 4ème. "Ces travaux seront obligatoires à la rentrée 2000, [...] la notation des travaux croisés sera prise en compte à terme dans l’épreuve du brevet"

2 - 29 juin 2000, circulaire de rentrée, BO n°25 : "à la rentrée 2000, les travaux croisés ne seront pas obligatoires pour toutes les classes de 4ème [...] Il est demandé à chaque collège d’organiser au moins une expérimentation de travaux croisés en 4ème pour l’année scolaire à venir. [...] Un bilan de la mise en place des travaux croisés en 2000-2001 sera dressé, afin de décider de la suite à donner à ce dispositif."

Le ton, le style et la méthode ont changé. Reste la désinvolture :
Comment mettre en œuvre le 5 septembre dans les répartitions horaires, etc. une directive nouvelle du 29 juin ?

L’Académie de Créteil, par exemple, a gentiment envoyé un "document de travail" aux collèges en mai 2000, dans lequel il est demandé d’organiser un temps de réflexion collective. Avec l’effet retard habituel à la bureaucratie (surtout en période de changements ministériels !), les travaux croisés y sont encore annoncés comme obligatoires... Faudrait savoir...
Surtout, quand avons-nous pu débattre de la nécessité, de l’utilité, de l’efficacité et de la faisabilité d’un tel dispositif ?

En définitive, sachant que les travaux croisés ne pourront pas être imposés autoritairement cette année, exigeons dans les établissements intéressés un véritable temps de débat et de concertation, seul garant d’une mise en place éventuelle dans des conditions matérielles et pédagogiques acceptables.
Que l’on ne nous contraigne pas, comme d’habitude, à rejeter sans débat une idée avant même de savoir ce qu’elle vaut, parce que la façon dont elle est mise en place est inacceptable.

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