Les Heures sup’ tuent l’emploi et nos conditions de travail : refusons-les !

mardi 13 mai 2008

Alors que les annonces de suppressions de poste tombent - 11 200 dans l’Éducation nationale dont 777 dans l’académie de Lille - les heures supplémentaires se multiplient.

Pour Sud éducation, accepter les heures supplémentaires, c’est participer activement à la casse du service public d’éducation. Nous appelons à les refuser au-delà de ce que la loi peut nous imposer : à savoir, depuis le décret du 10 octobre 1999, pas plus d’une heure supplémentaire voire aucune dans certains cas (préparation à l’agrégation, mère ayant des enfants en bas âge, candidat-e-s aux concours de recrutement de la Fonction publique, temps partiel, etc.). à l’université, aucune heure supplémentaire ne peut être exigée.

Prendre des heures sup’ c’est accepter les suppressions d’emploi !

Côté enseignant-e-s, la rentrée 2008 verra plus de 4000 postes transformés en heures supplémentaires et sur les 680 suppressions de postes annoncées dans notre académie, environ 200 correspondent à une transformation d’heures poste en heures supplémentaires ! Dans plusieurs établissements, l’administration oblige des enseignant-e-s à effectuer des compléments de service à l’extérieur alors que dans le même temps, elle prévoit un volant d’heures supplémentaires couvrant tout (ou très grande partie) du temps supprimé ! N’oublions pas que l’introduction par la loi Fillon de 2005 du “remplacement à l’interne” a permis de supprimer une bonne partie des Tzr parce que certain-e-s acceptent de remplacer des collègues au pied levé sans connaître la classe ou la matière, pour quelques euros de plus. Que du bénéfice pour notre employeur qui peut allègrement supprimer des postes tout en ayant une main-d’oeuvre moins chère (allègement de charges sociales et même absence de majoration comme dans le privé). Accepter des heures supplémentaires, c’est donc accepter la logique de la rentabilité que nous dénonçons quand le nombre d’élèves par classe augmente !

Prendre des heures sup’ c’est travailler plus pour travailler moins bien !

Comment envisager d’avoir la même qualité de travail quand on bosse 2, 3, 5 heures de plus voire davantage ? Serions-nous devenus en quelques années des super-professionnel-le-s que rien n’arrête ? À moins de prouver une mutation génétique chez certain-e-s, il est évident que ce sont les élèves qui en pâtissent (énervement, cours stéréotypés...). C’est d’autant plus se moquer des élèves que les missions qui nous sont attribuées sont de plus en plus lourdes (réunions qui se multiplient, normes de plus en plus strictes pour les personnels de laboratoire, responsabilité accrue dans l’orientation des élèves, etc.) et cela risque d’empirer si une loi institutionnalise certaines propositions du rapport Pochard. Pour un service public digne de ce nom, il conviendrait plutôt d’intégrer à notre temps de service plusieurs des tâches qui nous incombent - tout en en refusant certaines d’entre elles qui ne relèvent pas de nos compétences, comme l’orientation - et aussi des heures de concertation et même réduire le temps de travail.

Prendre des heures sup’ c’est dégrader nos conditions de travail !

C’est aussi montrer que nous pouvons être utilisés plus longtemps par l’employeur. Déjà la commission Pochard envisage d’augmenter le temps de service des enseignant-e-s, voire de les obliger à faire 35 heures de présence. C’est aussi dans la logique du “remplacement à l’interne” que les nouveaux profs du secondaire ont été presque contraints à la bi voire trivalence. Dans cette logique-là, les “réflexions” sur un Master en science de l’éducation qui remplacerait le Capes ne font que renforcer nos inquiétudes. Nos futur-e-s collègues risquent de devoir travailler plus pour gagner moins. Rappelons d’ailleurs que le passage aux 35 heures avec annualisation du temps de travail en a bien souvent augmenté la pénibilité.

C’est aussi renforcer le poids des hiérarchies, puisque c’est le chef d’établissement qui attribue les heures supplémentaires ; on sait déjà que c’est un moyen de pression largement utilisé pour faire taire le mécontentement. En outre, ces heures correspondant de plus en plus à des “projets” censés être spécifiques, elles sortent du cadre statutaire habituel et sont alors un véritable cheval de Troie pour introduire la contractualisation, y compris chez les titulaires.

Prendre des heures sup’ c’est sacrifier nos salaires sur l’autel de l’individualisme !

Certain-e-s nous taxeront d’idéalistes, nous reprocheront d’oublier l’augmentation du coût de la vie, les études et les activités des enfants… Bien sûr que nos conditions se sont dégradées ; différentes enquêtes montrent que depuis les années 1980 nous avons perdu 20% de notre fameux pouvoir d’achat. Mais justement, faire le choix individuel de l’heure supplémentaire c’est permettre à notre employeur de ne procéder à aucune revalorisation salariale, c’est réduire nos capacités de lutte collective, c’est entériner la logique comptable de la rentabilité à tout prix... Plutôt que d’accepter les heures supplémentaires et l’individualisme “perdant-perdant”, battons nous pour une véritable augmentation de nos salaires, à commencer par les plus bas revenus, et en exigeant la titularisation sans condition des personnels précaires.

Prendre des heures sup’ c’est renforcer les inégalités

Entre collègues : les Cpe, Cop, entre autres, ne peuvent pas prendre d’heures supplémentaires. De plus, en allongeant le temps d’occupation de l’espace scolaire, on renforce la flexibilité du temps de travail des personnels de Vie scolaire et des Biatoss, ce qui pousse à multiplier les contrats précaires. Ainsi, on renforce un peu plus le différentiel de salaires entre les personnels de l’Education. Précisons au passage qu’une heure supplémentaire pour un-e AE (payé-e au Smic horaire) ne coûtera que 15 € pour plus de 30 € pour un-e certifié-e lors du gardiennage des “orphelins de 16h00”...

Entre hommes et femmes : toutes les études montrent que les heures supplémentaires sont prioritairement accaparées par les hommes, ce qui renforce la domination patriarcale à l’intérieur du couple et de l’institution scolaire. En effet, par la prime aux heures sup’, aux projets et aux hiérarchies, les hommes ont tendance à voir leur promotion s’accélérer beaucoup plus vite.

Prendre des heures sup’ c’est briser le tissu associatif local et faire du gardiennage !

Les Zep ont été le tube à essai de nombreuses “expérimentations” qui ont multiplié les heures supplémentaires (et ce d’autant plus que les financements sont multiples : état, collectivités territoriales, fonds européens). La garde des “orphelins de 16h00”, “l’école ouverte” des vacances et des mercredis, ont donc permis à quelques collègues d’augmenter leurs revenus avec des “projets” souvent oiseux. Mais pendant ce temps-là, les associations locales ont vu leurs crédits se réduire à peau de chagrin, entraînant nombre de licenciements ou de non reconductions de contrat ! On peut aussi s’interroger sur la nécessité de maintenir sur de très longues durées les enfants à l’école. Participer à ce type d’initiative, c’est aussi collaborer aux pratiques sécuritaires en exerçant un peu plus de contrôle social sur les enfants des classes populaires.

Prendre des heures sup’ c’est détruire la solidarité et les service publics !

Pour vendre les heures supplémentaires, d’autant qu’elles n’entraînent pas de majoration, on insiste sur leur défiscalisation rendue possible dans le secteur public par un décret d’octobre 2007. Dès lors, c’est participer à scier la branche sur laquelle nous sommes assis puisque l’Éducation nationale est financée par l’imposition. C’est aussi œuvrer à la casse généralisée des services publics et de la solidarité collective. Les plus riches, dont on comprend facilement l’intérêt, ont bénéficié du paquet fiscal dès l’été 2007, mais pour faciliter leurs baisses de “charges” non seulement nous devons accepter de subir une stagnation de nos salaires, mais en plus, nous devrions être leurs complices dans leur combat de classe ! Ne nous faisons pas avoir...

Sud éducation Nord-Pas de Calais


Bravo et merci, chers vieux c…c…collègues !

Le 28 mars 2008, l’Inspection Académique d’Ille-et-Vilaine demandait aux retraités du 1er degré d’assurer les remplacements ! Ce choix est tout sauf innocent…

On aurait pu imaginer, de faire appel aux candidats aux concours P.E. inscrits sur la liste complémentaire, voire aux premiers “collés”, qui ne doivent en général leur échec qu’à un (fâcheux) concours de circonstances. Mais non, on n’y a pas pensé à l’I.A…

Il faut dire que l’appel aux retraités est beaucoup plus intéressant : il accrédite d’abord l’idée que les retraités de l’Education nationale ne sont pas si fatigués que ça. Pourquoi donc ne pas allonger la durée de leur exercice, retarder l’âge leur départ à la retraite ? Et ces salaires (?), vacations (?), supplémentaires confortent l’idée que ceux qui veulent travailler plus sont mieux payés et que les autres méritent de voir leur pension baisser, de fait. Cet appel aux anciens conforte la promotion de la réaction en pédagogie : les vieilles recettes sont les meilleures, elles ont fait leurs preuves. Vive le retour à l’école de Grand-Papa : d’ailleurs, c’est lui qui fait la classe.

L’enseignement public subit des attaques sans précédent. Attaques visant, d’abord, la profession d’enseignant : réduction du nombre de postes au concours, baisse du nombre d’enseignants, hausse des taux d’encadrement, suppression de la scolarisation des 2 ans.

Attaque sur les retraites, ensuite. Mais oui, les retraités qui retourneront au travail vont permettre qu’on n’augmente pas les pensions, et cautionner toutes les attaques contre celles-ci, au moment où le gouvernement annonce son intention d’allonger à 41 ans (dans un premier temps !) la durée de cotisation puis de retarder l’âge légal du départ à la retraite.

Une riposte résolue, oui, mais comment ?

Par une mobilisation unitaire, intersyndicale, demander aux équipes pédagogiques de refuser que des retraités viennent faire les remplacements. Au nom de la même unité, demander la même chose aux fédérations de parents d’élèves et aux parents. Toujours dans le même mouvement, demander aux écoles qui n’ont pu résister de prévenir l’ensemble des syndicats susceptibles de réagir dès lors qu’un remplacement est effectué par un retraité. Dans un tel cas, en intersyndicale organiser un comité d’accueil : allons rencontrer l’ex-collègue pour le convaincre d’arrêter de scier la branche sur laquelle nous nous trouvons.

Ceci est possible, il suffit de mobiliser les personnes disponibles, déchargés syndicaux, personnels à temps partiel, parents solidaires, étudiants qui préparent les concours Iufm, les retraités vivant de leur pension.

Avoir une démarche syndicale, c’est lutter contre l’exploiteur mais aussi contre le “jaune”. Le syndicalisme c’est la défense des travailleurs, la défense des droits conquis au prix de luttes dures, c’est la défense des retraites.

Sud éducation Ille-et-Vilaine

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