Le lycée des métiers vers la "patronalisation"

Quand l’État cède l’école aux entreprises
 juin 2001
mis à jour dimanche 3 avril 2005

Depuis l’an dernier, SUD éducation, tant au travers de sa publication nationale qu’au travers de ses journaux départementaux et académiques, analyse des projets, applications et autres réformes qui touchent les lycées professionnels (LP). Plus que de parler de certains points des attaques qui sont portées aux LP, il est nécessaire de comprendre la dimension sociale et politique de ces réformes. Il ne s’agit pas en effet des seuls LP, mais de l’ensemble des structures scolaires en lien avec le monde du travail qui sont visées. Ainsi, ce n’est pas sans raison que le ministre délégué à l’enseignement professionnel, Jean-Luc Mélenchon, ne cesse d’employer le terme de "lycée des métiers". Les structures d’apprentissage, les lycées technologiques, les BTS et autres structures d’enseignement supérieur (dont les facultés pour les licences professionnelles et les maîtrises sciences et techniques) sont concernés.

La logique dans laquelle se placent les dirigeants, gauche et droite confondues, est simple : "l’éducation doit donner aux jeunes les moyens de s’insérer dans notre société". Le "partenariat" école/entreprise est donc la solution !

Le chômage dans ces conditions serait le fait du seul système éducatif (ou de l’individu, au choix !), qui ne serait pas assez adapté aux attentes du patronat.

Quand l’État cède l’École aux entreprises

Si les accords entre les corps de métiers et le ministère de l’Éducation nationale existent depuis de nombreuses années, notamment pour définir les compétences professionnelles des examens en cours de formation (CCF), la Charte de l’Enseignement Professionnel Intégré installée par l’ancien Ministre Claude Allègre, mise au placard depuis son départ, et ressortie petit à petit, en fonction des conditions locales, par ses successeurs Lang-Mélenchon, induit une dépendance directe des établissements scolaires par rapport aux entreprises.

Le Bulletin Officiel du 15 mars, numéro spécial n°5, consacré aux "conventions générales de partenariat avec le monde professionnel" est éloquent :

Les termes "collaboration", "partenariat", "complémentarité", "participation", "aide", "intégration" ne cessent de nous présenter l’union parfaite que veut réaliser le ministère avec les entreprises.

En définitive, les trois cibles de ces "fusions" sont les élèves enthousiastes de découvrir le monde du travail, les travailleurs à qui l’on facilite le "projet professionnel" via des formations continues dans les établissements du ministère de l’Éducation nationale, et les enseignants qui, enfin, pourront aisément se former aux nouvelles machines et à la gestion de la production et des personnels lors de stages en entreprises.

De plus, les entreprises s’engagent à assurer un rôle d’insertion via le recrutement tant des emplois jeunes en fin de contrat du MEN que des jeunes sortant du système éducatif sans qualification professionnelle.

Bref, avec de telles dispositions, nous pourrions naïvement croire que le chômage est en train d’être vaincu, que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes !

Que nous apporte une lecture plus critique de ce BO ?

Pour réaliser le "partenariat Ecole/Entreprise", il faut que les entreprises soient déjà présentes au sein des établissements scolaires, comme nous l’indique par exemple la convention MEN/SNCF : "l’identité du Lycée professionnel ne peut se concevoir qu’en partenariat avec les professions".

Cette phrase est le leitmotiv du BO !

Elle résume l’essentiel des volontés des élites politiques et économiques : l’entreprise devient l’organe décisionnaire d’un système éducatif de plus en plus considéré comme devant assurer l’insertion professionnelle des jeunes, ce qui en soi ne constitue pas nécessairement un objectif contestable, mais qui, dans le contexte actuel de course à la rentabilité, fait courir le risque que élèves, personnels, établissements et contenus d’enseignement ne soient considérés qu’en fonction des besoins des entreprises.

- Les entreprises comme guide des savoirs à enseigner.

Nous découvrons que le ministère de l’Éducation nationale considère l’entreprise comme apte à décider de la pédagogie.

Dans la convention passée entre le ministère et la SNCF, la subtilité des phrases est intéressante : "la SNCF contribue aux réflexions qui sont entreprises et informe le MEN de l’évolution des métiers du champ professionnel, (...) fait connaître ses avis et recommandations sur l’adaptation des formations". Le MEN et la SNCF "définissent en commun les études (...) notamment dans la perspective de la création et de la rénovation des diplômes et des formations (...)". En bref, la SNCF signifie ses attentes au MEN qui les applique. Ces attentes sont immédiates, sur des compétences précises. Les autres conventions sont quasi-identiques.

Ainsi, les entreprises élaborent des "documents", des "méthodes pédagogiques", des "guides", des "outils multimédia". Si la conception de documents adaptés aux pratiques et technologies actuelles est souhaitable, de tels dispositifs conditionnent les générations de futurs travailleurs à un type unique de matériel et de supports, les fournisseurs s’assurant par là-même une clientèle substantielle. Les autres procédés n’ayant pas le soutien du lobbying MEN/entreprises sont du même coup relégués aux oubliettes de la pédagogie !

La composition des "groupes techniques" qui régissent les relations MEN/entreprises montre le poids écrasant des représentants du patronat. L’exemple du secteur du transport routier est clair : l’association pour la PROMOtion sociale et la formation professionnelle dans les TRANSports routiers (PROMOTRANS) "est à l’initiative des réunions de suivi". Au minimum, "une réunion annuelle permet de tirer des bilans et d’envisager des améliorations"... Les 18 membres de ce "Groupe Technique" sont composés de 6 représentants du patronat, 6 représentants des organisations syndicales "représentatives" du secteur routier, 5 représentants du MEN et 1 représentant du ministère de l’Équipement, du Transport et du Logement. Une telle répartition ne laisse aucune place aux syndicats enseignants et aux associations de parents d’élèves. L’État ne peut pas (encore) refuser les organisations syndicales du secteur privé, mais compte-tenu de leurs conflits internes, il ne faut pas s’attendre à de vives tensions opposant les syndicats, déjà minoritaires, aux autres membres de ce comité technique. Tout discours tendant à valoriser la cogestion devient en l’occurrence un mensonge.

Parallèlement, les Commissions Professionnelles Consultatives (CPC) qui définissent théoriquement les programmes des divers diplômes professionnels deviennent inutiles. Ces CPC se composent d’environ 50% de représentants du MEN, le reste se répartissant entre les employeurs et organisations syndicales représentatives de la branche professionnelle, les syndicats enseignants et les organisations de parents d’élèves.

La composition des comités techniques ainsi que leurs prérogatives nous montrent clairement la dérive du système éducatif pour le bénéfice exclusif des entrepreneurs !

Certes, les CPC étaient déjà seulement consultatives, et leur poids n’était que très relatif comme le montre la parution des manuels de BEP des métiers de l’électrotechnique avant même la tenue de la CPC de début mars.

Il est utile de préciser pour les enseignants encore naïfs que les recteurs font appliquer les décisions des "comités techniques", sans tenir compte des avis des commissions paritaires consultatives.

Côté inspecteurs, leur silence assourdissant lors des luttes de l’année dernière et des mouvements sporadiques de cette année va de pair avec leur rôle de propagandistes de la réforme des LP (tels les PPCP : enseignement pluridisciplinaire). Il ne faut donc rien attendre de notre "hiérarchie" pour faire remonter, voire défendre, nos revendications !

- Des personnels de plus en plus dépendants des entreprises.

Les conventions entre le MEN et les branches professionnelles instaurent le recours aux "professeurs associés". Ce terme désigne des personnels des entreprises directement assignés dans les établissements scolaires afin d’inculquer à nos élèves les pratiques de l’entreprise. Ce type de contrat existe au moins depuis 1985 (décret n°85-733 du 17 juillet 1985), et a surtout été utilisé en CFA et en enseignement supérieur. Mais il est évident que les nouvelles conventions et les décisions de développer les ateliers professionnels afin de travailler en "échelle 1 sur 1", c’est à dire en grandeur réelle, risquent fort d’entraîner un recours massif à ce genre de personnel. Cela s’effectue aussi au moment où nombre de professeurs d’enseignement professionnel ne sont plus loin de la retraite. Peut-être est-ce l’explication du faible nombre de postes ouvert aux concours en comparaison des départs prévus ? Il n’empêche que nous assistons à l’arrivée de personnels sous statut d’entreprise avec une mission pédagogique dans les établissements ! Encore une façon de développer la précarité malgré les grandes déclamations du gouvernement (rapport Sapin sur la "résorption" de la précarité dans la Fonction publique). En effet, il serait illusoire de croire que ces personnels sous statut privé disposent des mêmes horaires et congés, et des mêmes droits.

Parallèlement, les professeurs sont de plus en plus sollicités pour effectuer des stages dans les entreprises. Toutefois, il est mentionné que les stages peuvent s’effectuer lors des vacances ! Cela nous montre clairement la volonté du gouvernement de s’attaquer à nos statuts, puisque la formation continue des enseignants s’effectue jusqu’à nouvel ordre durant leur temps de travail par le biais des plans académiques de formation.

Certes, les volontaires pour les stages en entreprise ne sont pas légion, d’où la "grande victoire" du "premier syndicat des LP, le SNEETA-FSU" qui vante les capitalisations de ces périodes en entreprise pour l’ancienneté... Sans doute est-ce le même pragmatisme qui l’a fait devenir le meilleur allié de la Charte de l’Enseignement Professionnel Intégré au moment où la grève s’étendait dans les LP l’année dernière !

- Les plates-formes techniques, ou quand les établissements deviennent les annexes des entreprises.

Les conventions mentionnent "le recours par les entreprises du secteur à des équipements industriels ou pédagogiques implantés dans les établissements" (article 8 de la convention MEN/PROMOTRANS). Cette phrase nous éclaire sur la nature du partenariat que veut tisser le ministère avec les entreprises. Les entrepreneurs, au gré des nécessités, pourront recourir aux matériels des établissements. La logique de flux tendu et de flexibilité de la main d’œuvre (via les 35 heures) va aussi s’imposer dans les établissements ! En effet, pourquoi ne pas anticiper un scénario où l’employé confié à l’établissement (professeur associé) participe à la production en incluant ses "élèves" ? Tout cela avec la bénédiction des proviseurs heureux de percevoir une taxe d’apprentissage... Certains établissements qui ont signé des conventions incluant cette mise à disposition des matériels ont déjà fait l’amère expérience de ces situations.

- Les Périodes de Formation en Entreprise ( PFE ), ou quand on utilise les élèves.

Les PFE sont obligatoires pour les bac pro, les diplômes supérieurs de type BTS et licence professionnelle, et pour certains BEP. Depuis quelques années, les stages en entreprise se développent aussi au collège, notamment en classe de troisième. Le motif est toujours le même : il est de bon sens de faire découvrir aux élèves la réalité du métier qu’ils préparent ou qu’ils envisagent d’exercer. Cela n’est pas faux. Mais que nous révèle l’analyse des stages ? Souvent, les élèves n’ont pas été réellement encadrés, du fait des obligations de production. L’autonomie de l’élève devient alors une hypocrisie. D’autres fois, pour les niveaux plus élevés, les stagiaires (bac pro, licence pro, BTS) se retrouvent à encadrer des équipes de BEP et autres apprentis. Fréquemment, l’utilisation des stagiaires est nécessaire à l’entreprise, les artisans ayant souvent recours aux apprentis, mais aussi certains magasins qui occupent les zones commerciales périphériques de nos métropoles.

Face à ces conditions, les enseignants ont unanimement dénoncé l’absence de moyens réels pour contrôler l’utilité des stages pour les élèves. Ainsi, dans de nombreux cas, l’élève qui serait "retiré" d’une entreprise ne trouverait pas d’autre entreprise d’accueil volontaire pour le "former". Retirer un stagiaire, même en cas de problème revient par conséquent à le pénaliser, car l’évaluation de la PFE est nécessaire à l’obtention du diplôme.

Les conventions signées semblent améliorer cette situation car dorénavant les acquis des PFE seront clarifiés. Mais cette louable intention semble peu réalisable surtout si les entrepreneurs doivent envoyer leurs salariés en formation pour devenir tuteurs. En outre, la volonté des patrons en ce qui concerne les PFE est d’accueillir une main-d’œuvre immédiatement opérationnelle. Ce qui sera le cas des professeurs associés et des plates-formes techniques...

Enfin, la volonté qu’a le ministre de cadrer la rétribution des élèves en PFE risque d’aboutir. En effet, cette mesure pourrait répondre à la revendication d’un "salaire jeune", mais justifiera en même temps l’obligation de production du stagiaire !

Conclusion de l’analyse du BO du 15 mars

Dans ces conditions, la notion d’égalité des chances théoriquement affichée par le Service public n’a pas d’existence réelle. En effet, les élèves n’auront d’autre choix pour leur orientation professionnelle que de travailler dans le bassin d’emploi dans lequel ils étudient. Autre conséquence, les diplômes délivrés n’auront guère de valeur dans un autre bassin du fait des choix de formation et compétences testées au gré du besoin immédiat et spécifique des entreprises.

Enfin, le projet actuel du "lycée des métiers" ne s’attaque pas seulement aux matières professionnelles. Les professeurs des enseignements généraux vont également subir les priorités des entreprises, comme le montre la mise en place cette année dans les LP des PPCP (Projets Pluridisciplinaires à Caractère Professionnel). En effet, sous couvert de pluridisciplinarité, les élèves travaillent sur des projets à caractère professionnel dans les disciplines générales.

A travers cette dérive utilitariste, c’est toute l’éducation à la citoyenneté qui est en cause, en ce qu’elle permet le développement du sens critique des élèves afin qu’ils deviennent "acteurs" dans la société. Cette dérive va de pair avec les craintes de voir les épreuves de certaines disciplines, dont la philosophie en lycée technologique ou le dessin d’art en LP, disparaître au profit d’un système de contrôle continu, l’examen se réduisant aux moyennes de l’enseignant. Dans ces conditions, le danger des diplômes maison est bien réel !

La casse des diplômes : un des plans de la "refondation sociale"

La réforme, ou plutôt le putsch qui est en train de s’opérer brise le compromis économie/société, instauré à la suite de la seconde guerre mondiale. A cette époque, le discrédit des organisation patronales, des hauts fonctionnaires et des élus est total. Face à la puissante image d’un monde ouvrier associé à la Résistance, des accords sont imposés. Le danger d’une révolution communiste faisait trembler nombre de dirigeants.

Le cadre est aujourd’hui bien différent :

Les actionnaires, anonymes, décident de licencier, les économistes ou journalistes improvisés économistes s’inventent des lois quasi mathématiques, en sciences sociales et économiques. Les PDG comme les ministres traitent les employés de partenaires et se débarrassent des "mauvaises graisses".

Dans ces conditions, patronat et gouvernements tentent de casser le cadre national des diplômes. En effet, ceux-ci sont garantis par l’Etat, et assurent à leur possesseur une qualification qu’il peut revendiquer pour postuler à un emploi et pour obtenir un salaire adapté. Ce système est un rempart que les gestionnaires ne peuvent tolérer ! Leur modèle se révèle être celui du contrat individuel liant provisoirement l’employé à son employeur, sur une mission définie et temporaire, à l’image du nouveau CDD (contrat à durée déterminée de 5 ans maximum) du MEDEF ou du contrat emploi-jeune.

De son côté, le Commissariat Général au Plan, organisme dépendant directement du premier ministre et établissant des orientation économiques et politiques pour les années à venir, vient de rendre un rapport sur la jeunesse (16/25 ans) d’une importance considérable. Les bons sentiments, comme l’octroi d’une allocation mensuelle unique de 1 200 / 1 700 francs pour chaque jeune, sans critère social, ne sont qu’illusoires. Le rapport propose en effet de supprimer les bourses et les aides sociales liées aux enfants majeurs à charge (prestations familiales, quotient familial, supplément du RMI pour enfant à charge...). Enfin, il établit un capital de formation limité et préconise la fin du cadre national des diplômes.

- Un capital unique de formation pour chacun.

Le rapport propose que chaque individu bénéficie de 20 années de capital formation garanties par l’Etat. Cela signifie donc qu’un individu redoublant perd un an de capital... Envisager des études après le DEUG devient dans ces conditions une affaire de surdoués, ou de riches !

Par ailleurs, cette logique oppose la formation initiale à la formation continue. En effet, décider de s’orienter vers des études générales, donc longues, amenuise le nombre d’années disponibles dans son "permis à points" pour pouvoir bénéficier de remise à niveau au cours des 37,5 ou plutôt des 45 annuités travaillées avant la retraite... Le cynisme de nos décideurs est à noter : ils offrent "généreusement" un capital bonifié pour les jeunes ayant "décidé" de sortir tôt du système scolaire, et n’ayant par conséquent pas "dépensé" la totalité de leur capital... Les gosses de riches et de ministres sortiront-ils prématurément du système éducatif ? Qui peut croire qu’un jeune sorti du système scolaire rapidement pourra aisément reprendre ses études ? Les statistiques prouvent au contraire que ce sont les individus ayant une formation initiale conséquente qui retournent en formation continue. Alors, de qui se moque-t-on ?

En réalité, le motif inavoué d’un tel projet de société est bien de réduire les déficits publics. L’Éducation assumée par la collectivité coûte cher. Parallèlement, la sortie prématurée d’élèves orientés vers des formations professionnalisantes permet aux entreprises de bénéficier d’une main d’œuvre employable tout de suite, que l’on pourra licencier pour faute d’inadaptabilité aux nouvelles techniques... Bref, l’employé Kleenex ! Ce rapport correspond comme par hasard à la mise en place des CAP de 1, 2 et 3 ans, destinés à éviter que des milliers d’enfants quittent chaque année le système scolaire sans la moindre compétence professionnelle...

Quand les patrons parlent compétence, il faut s’attendre au pire !

L’avenir, selon l’entrepreneur, est basé sur la compétence. Un individu postulant à devenir "partenaire" de l’entreprise doit être opérationnel immédiatement. Parallèlement, l’entrepreneur ne peut assurer à son "collaborateur" un poste à vie... "privilège" d’un autre âge ! En conséquence, le contrat doit se baser sur l’individu, et les conventions collectives, arrachées souvent après des années de luttes, sont bonnes à finir dans les musées. Ironiquement, l’un des principaux arguments de la fin des contrats à durée indéterminée, synonyme de contrat "à vie", est fourni par l’État patron. En effet, le gouvernement, droite et gauche plurielle confondues, en maquillant les chiffres du chômage grâce aux emplois jeunes et autres CES et CEC, a instauré des contrats sur des périodes déterminées de 3 à 5 ans. Ils correspondent actuellement à la volonté du MEDEF d’instituer des CDD de 5 ans.

Cet objectif s’explique par la rentabilité : un employé ne peut guère être au maximum de rentabilité la première année. Par contre, l’évolution technologique fait penser qu’il ne sera plus au meilleur rapport qualité-prix au bout de 5 à 7 ans d’exploitation...

Donc, le diplôme dans ces conditions devient inutile. La compétence, à elle seule, devient la base des contrats d’embauche. Ces compétences peuvent aussi être testées régulièrement, dans des centres de formation et, pourquoi pas dans des établissements scolaires où les enseignants annualisés effectueraient leur complément de service en formation continue... les mois d’été ? Les personnels ATOSS, transférés du ministère de l’Education Nationale aux Collectivités territoriales, comme le prévoit actuellement le Rapport Mauroy, pourraient se voir imposer des congés annuels limités au minimum légal. Les établissements scolaires seraient alors utilisés, et "rentabilisés", toute l’année.

Les nouvelles technologies permettent en outre de déterminer des dates de validité des compétences... Il ne s’agit pas, hélas, de science-fiction. Ces cartes à puces de compétences sont testées dans certaines régions françaises depuis des années sur des demandeurs d’emploi notamment !

Ce projet permet aussi à l’employeur d’isoler le salarié de ses collègues, de le culpabiliser face à son "manque de compétence". Il devient par conséquent difficile d’imaginer une riposte collective dans un tel univers !

Conclusion générale

Les projets "éducatifs" élaborés par les décideurs s’inscrivent totalement dans un projet social et politique. Une telle philosophie s’éloigne tragiquement des principes du Service public d’Education et de la responsabilité pour la collectivité d’assurer à chacun de ses membres les mêmes droits comme le stipule le préambule de notre constitution ! Elle se rapproche par contre des propositions de la commission européenne chargée de l’Education, du FMI et de l’OMC !

Que pouvons-nous faire face à de telles mesures ? Certes, nombre d’appareils syndicaux sont muselés, comme en témoigne la valse-hésitation de la CGT lors des grèves de la SNCF en mars-avril, les votes en faveur des réformes par l’ensemble des syndicats de la FSU lors des comités techniques paritaires ministériels, sans parler de la CFDT, adepte depuis déjà des années d’une stratégie d’accompagnement des réformes patronales.

Mais notre conception du syndicalisme nous amène à refuser de nous taire sur les enjeux des réformes actuelles et à tenter d’agir pour les faire échouer. Tout comme nous apportons nos forces en soutien aux luttes actuelles des salariés licenciés de Danone, aux Sans-Papiers menacés d’expulsion, aux chômeurs et précaires, nous sommes déterminés à imposer pour l’école un autre projet que celui qui se met progressivement en place.

Une autre école, une autre société !

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