Le grand chantier : 80000 postes sur la touche

Et si on arrêtait la mécanique ?
mardi 13 mai 2008

Ce qui est en train de se mettre en place, c’est un retour au XIXe siècle mâtiné de libéralisme économique et idéologique. À l’Education nationale, les suppressions de dizaines de milliers de postes et la fin des garanties statutaires programmées via le rapport Pochard vont finir de dégrader
non seulement les conditions de travail des enseignants et des élèves, mais aussi la définition même de l’enseignement. Soyons clairs : il n’est même plus nécessaire de faire le détail de ce que pourrait devenir le métier d’enseignant demain, si nous sommes dans l’incapacité de résister au véritable tsunami qui est déclenché.

Le truc, c’est de faire faire le même travail avec 80 000 enseignants en moins (suppression programmée sur quatre ans maximum). Il ne faut pas être un génie pour se rendre compte que la charge de travail de chacun et chacune sera considérablement alourdie.

Il faut que nous coûtions moins cher, tous les secteurs de l’Education nationale sont visés (élémentaire, secondaire, technologique, professionnel, etc.), et que dans le même temps nous fassions le tri de nos élèves en fonction de leurs « compétences » (recentrage sur les savoirs soi-disant fondamentaux, dans le primaire notamment).

Jusqu’à maintenant, hormis des luttes locales (Ile de France, Bordeaux, etc.) et celles des lycéens, la riposte a juste généré quelques journées de mobilisation, isolées les unes des autres et non productives. La journée d’action du 15 mai pourrait-elle enfin être le point de départ d’un mouvement à la hauteur des attaques actuelles ?

Casse de l’éducation nationale et destruction des garanties statutaires des fonctionnaires ne sont qu’un aspect de cette politique libérale. D’autres réformes importantes vont pouvoir continuer : le passage
aux 41 annuités de cotisation pour tous, l’aggravation des sanctions pour les chômeurs, les déremboursements, la suppression du code du travail. Et tant pis pour ceux que les conditions de travail font crever dix
ans avant les autres : ils n’avaient qu’à mieux travailler à l’école !

Il est clair qu’il faut, pour le pouvoir libéral, arrêter de brider le potentiel
de notre pays avec toutes ces lois et règles forcément rétrogrades qui
empêchent les patrons de toutes natures (privées et publiques) de traiter leurs salariés comme bon leur semble : surexploiter sans entrave
quand la conjoncture est bonne, licencier comme on veut quand cette dernière se retourne et devient moins profitable. N’est-ce pas la
présidente du Médef qui en janvier 2005 affirmait que la liberté de penser s’arrête là où commence le Code du travail ?

Nous savons que le patronat et son gouvernement n’en resteront
pas là. Ils ont compris qu’il valait mieux agir par paliers, surtout s’ils
savent pouvoir compter, sur l’absence de luttes syndicales d’ensemble.
Et le fait que dans le grand orchestre syndical, chaque instrument ne joue pas la même partition ne change rien à l’affaire.

Comment réagir ?

Voilà trois ans que le Médef roule dans la farine les représentants des grandes centrales syndicales sur la question « de la pénibilité du travail ». Tout le monde est d’accord pour dire que les discussions n’auront abouti à rien !

Dans l’éducation comme ailleurs, face aux enjeux et à la détermination du pouvoir, il n’y a pas cinquante solutions. Il va falloir se réapproprier les moyens de la lutte et ne plus gaspiller notre temps si l’on veut refroidir les ardeurs de ceux qui se voient en fossoyeurs de l’école
publique. Il n’y a rien d’étonnant à ce que les établissements les plus touchés, souvent installés dans les zones les plus déshéritées (notamment le 93), aient réagi les premiers, en se jetant dans la bataille et en n’hésitant pas à recourir à la grève reconductible.

Qu’attendons-nous pour rejoindre les milliers d’élèves, souvent issus des filières professionnelles, qui n’hésitent pas à descendre dans la rue pour crier leur refus des économies que l’on s’apprête à faire sur leurs dos et du modèle d’école qu’on veut leur imposer ? Organisons une vraie mobilisation qui rejettera toutes les suppressions de postes et exigera
le maintien de la totalité des moyens ainsi que le retrait de toutes les
mesures régressives annoncées.

Sur ces bases, développons un mouvement d’ampleur nationale qui crée le rapport de force nécessaire pour stopper le rouleau compresseur néolibéral.

La Fédération Sud éducation appelle à la construction de la reconduction de la grève le lendemain du 15 mai sur la base des revendications des personnels, des lycéenNEs et des étudiants.

le 29 avril, à Saint-Denis