Le Lycée des métiers au service du capitalisme

Enseignement professionnel
lundi 13 février 2006
mis à jour jeudi 13 avril 2006

La réforme Fillon avait globalement épargné les lycées pour se concentrer sur la restructuration des premiers cycles. C’était sans compter sur les sociaux-démocrates du Sénat, et plus particulièrement Monsieur Mélenchon, à qui l’on doit l’intégration de l’enseignement professionnel à la nouvelle loi d’orientation.

Cette loi, et son décret d’application, donnent une cohérence complète à la politique d’adaptation de la formation initiale aux attentes du patronat. Car le label d’Etat Lycée des métiers relie entre eux casse des diplômes, révision de
la carte scolaire, socle commun, Découverte Professionnelle, Validation des Acquis de l’Expérience et formation continue. Pour le comprendre, il faut regarder de près ses critères d’attribution.

« L’identité est construite autour d’un ensemble cohérent de métiers. » L’organisation de la carte scolaire au sein du lycée reprend ainsi la logique de réorganisation du capitalisme sur la base du bassin d’emplois et de pôles de compétitivité. Officiellement, « cela n’exclut pas l’existence d’autres formations dans l’établissement, en particulier au niveau V, qui ont vocation à assurer une offre de proximité. » Cependant ces formations seront considérées comme secondaires pour les employeurs et donc leur valet, le Conseil régional, à qui revient désormais la carte de la formation professionnelle initiale.

« Enseignements dispensés en formation initiale sous statut scolaire, en apprentissage et en formation continue. » Cela a pour conséquence immédiate l’implosion des différents métiers de la formation, initiale et continue, et leur remplacement par la polyvalence... ce qui provoquera inévitablement des licenciements. Cette complémentarité a aussi pour vocation de faire passer la pilule de la « formation tout au long de la vie » : la formation continue justifiant l’interruption précoce des études.

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« Offre de services de Validation des Acquis de l’Expérience. » Or rien dans les statuts des PLP ou des certifiés ne concerne des services dans le cadre de la VAE. Dernièrement, un adhérent de notre syndicat convoqué à un jury de VAE a refusé d’y assister en s’appuyant sur cette absence de référence. C’est l’Inspecteur d’académie qui lui a répondu en personne en avançant des références pour le moins confuses... tout en lui permettant de ne pas participer au jury. L’administration est donc en difficulté sur ce terrain où les méthodes de validation apparaissent farfelues aux yeux des enseignants. L’objectif étant bien entendu de dévaloriser les diplômes, mais aussi d’inciter les jeunes à quitter tôt l’école en échange d’une promesse de validation ultérieure.

Le décret du 10 novembre 2005, relatif au label “lycée des métiers”, est venu compléter cette liste établie dans la loi d’orientation.

« Mise en place d’actions destinées aux enseignants et aux élèves de collège visant à améliorer l’orientation des collégiens et les conditions de leur accueil dans les formations professionnelles. » Le décret met bien entendu l’accent sur les classes de Découvertes Professionnelles des collèges mises en place par des partenariats avec des LP.
« Ouverture européenne ou échan-ges avec les pays étrangers. » On peut reconnaître l’intérêt des sections européennes au sein des lycées, entre autre lorsqu’il s’agit d’organiser des stages à l’étranger. Mais leur coût est pour le moins choquant lorsqu’en même temps des postes de langues vivantes sont supprimés dans nos établissements.

« Offre de services d’hébergement » sous forme de réseaux d’internats, de foyers et même « d’hébergement chez l’habitant ». Ce soutien au pensionnat s’intègre dans une logique de rationalisation et de redécoupage des établissements. En effet, cette offre d’hébergement a surtout servi ces dernières années à justifier la fermeture de sections ou d‘établissements.

« Dispositif d’aide à l’insertion professionnelle ou de suivi des publics sortant de formation. » Cette mesure s’intègre à la politique globale de restructuration-destruction de l’ANPE, le service de l’emploi étant de plus en plus sous-traité à des organismes privés et à des établissements publics hors périmètre initial.

Plus que jamais les salariés de l’Education et de la Formation doivent mener le combat contre le lycée des métiers, en lien avec leur syndicat et leur confédération. Car l’enjeu n’est pas simplement une rationalisation financière de ce secteur mais la destruction des qualifications collectives.

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