La regression scolaire ne se négocie pas

Réforme des lycées
samedi 15 novembre 2008

Une illusion de négociation pour un vrai démantèlement

En présentant le 17 juillet à la presse
les principes de la réforme du lycée,
Darcos rendait ses annonces quasiment invisibles pour la grande masse
des personnels. Depuis la rentrée, les
choses commencent à s’éclairer : fin
octobre, décision définitive sur les
grands axes ; décembre, bouclage
global de la réforme du lycée et mise
en place d’une nouvelle seconde à
la rentrée 2009. Il s’agit bien d’une
réforme déjà ficelée qui vise à adapter le lycée et plus particulièrement le
nombre d’heures de cours des élèves,
aux milliers de suppressions de postes
déjà annoncées. Derrière cette
« réforme pédagogique » qui affiche
le souhait d’une « plus grande autonomie des lycéens » se cache la volonté
ministérielle de reformuler les obligations des services des enseignants.

Pour légitimer cette refonte
du lycée, le ministre Darcos s’appuie sur une « feuille de route »
signée par plusieurs syndicats. Sud
éducation ne veut pas s’associer à
ce simulacre de négociation. Pour
des raisons liées aux statuts des personnels, FO a fait le même choix. La
CGT a retiré sa signature en septembre et le SNES vient enfin de retirer la sienne le 9 octobre.

De juillet à octobre, déjà trop de raisons de dire non

Il s’agit en fait d’une remise en
cause totale des enseignements en
lycée. La réforme découpe le temps
de travail des élèves en trois blocs :
- en seconde, 60% pour des enseignements fondamentaux, 25% pour
des modules d’exploration et d’approfondissement, 15% pour des
enseignements et activités dits d’accompagnement (18 modules semestriels dont 11 généraux, 4 d’exploration, 3 d’approfondissement) ;
- en cycle terminal, la répartition
pourrait être respectivement de 45%,
45% et 10% (16 modules généraux
et 16 de spécialisation sur 2 ans).

L’essentiel reste de supprimer des heures et des postes.
Le ministère fixe l’objectif en 2nde de
975 heures contre 1100 ou 1152 actuellement. Le cycle terminal devra aussi
contribuer à la réduction de l’emploi
public ! Le maintien d’une différence
horaire prof / horaire élèves est ainsi
un sujet de débat.

Le module semestriel de
3 heures devient la base de tout l’enseignement.
On voit bien l’intérêt
du ministère dans le cadre d’une
annualisation des services des professeurs. Mais la généralisation de ce
système avec la possibilité d’un
enseignant différent tous les 6 mois
va rendre le suivi des élèves quasi-
ment impossible et pénalisera les
élèves déjà en difficulté.

L’appauvrissement culturel est un « dégât collatéral » assumé.
En 2nde toutes les disciplines
nouvelles en lycée
(SES, ISI,
Médico-social, IGC, LV3) mais aussi
les sciences (physique-chimie,
SVT) deviendraient des modules
d’exploration (optionnels). Dans le
cycle terminal 4 familles de parcours
sont prévues : humanité et arts,
sciences, technologies et sciences
de la société. Dans ce parcours, les
SES sans doute trop critiques perdraient leur influence au profit du
droit et de la gestion.

Enfin, l’autonomie vantée
dans la « feuille de route » et le projet
ministériel rime plutôt avec concurrence entre établissements, élèves...
et professeurs. Dans un tel « cadre »
rien ne garantit que ce baccalauréat
à parcours modulable et réduit restera
un sésame acceptable pour des universités de plus en plus affranchies
d’une régulation nationale, à supposer même qu’il subsiste en tant
qu’examen terminal et national.

Réfléchir sur l’avenir du lycée n’a rien d’illégitime

Notre refus du projet de réforme
des lycées n’a rien d’une défense
du statut quo. On pourrait s’interroger sur l’évaluation de la réforme
précédente qui se proposait de « lutter contre les hiérarchies des séries et
leurs conséquences sur les inégalités
sociales dans l’accès au baccalauréat
et aux études supérieures ».

On pourrait s’interroger sur la
dégradation continue des conditions de travail et d’étude dans les
classes de seconde. On pourrait tenter d’évaluer ce que sont devenues
les filières C, D et E en fusionnant
dans une série S qui est devenue
davantage une filière générale
d’accès à différentes possibilités du
supérieur qu’une filière attirant les
lycéens et bacheliers vers les formations scientifiques.

On pourrait questionner la
réduction de l’éventail des filières
F vers les filières STI et leurs options.

On pourrait remettre en
cause la disparition de tout enseignement scientifique obligatoire
en terminale littéraire.

On pourrait s’interroger sur
l’incidence du développement des
Bac Pro sur les filières technologiques.

On pourrait douter de la pertinence du triptyque « lycée général,
lycée technologique, lycée professionnel » considéré comme déclinaison de trois voies vers la réussite.
« La coexistence actuelle de trois voies
de formation séparées : voie générale,
voie technologique, voie professionnelle justifie aujourd’hui l’orientation
précoce. Les déclarations d’intentions
de revalorisation des voies technologiques et professionnelles, leur mise
sur un pied d’égalité dans les plus brefs
délais, depuis longtemps répétées, ne
peuvent être suivies d’effet tant que
ces trois voies continueront d’être
séparées. Forte de la division sociale
du travail, cette distinction se trouve
nécessairement hiérarchisée par l’environnement économique et social",
écrivions-nous lors de notre dernier
Congrès fédéral en 2006.

Tout cela pourrait être l’objet
de vrais débats, y compris la possibilité de porter la scolarisation obligatoire jusqu’à 18 ans, y compris une
éventuelle réduction du nombre
d’heures de cours des élèves.

Mais lorsque le gouvernement veut réformer le lycée et
annonce en préalable à toute
consultation la disparition de milliers de postes, la réduction des possibilités d’enseignements, la quasi
disparition de certaines disciplines,
la gestion accrue par les heures supplémentaires et la casse de la formation professionnelle des enseignants qui préfigure la disparition
du statut de fonctionnaire dans
l’Éducation nationale, ce n’est plus
de débat dont il s’agit. Il n’y a plus
de discussions possibles.

Une réforme pilotée par la révision générale des politiques publiques

Cette réforme du lycée doit être
replacée dans le contexte des suppressions de postes dans l’Éducation et tous les services publics.

Dans l’Éducation, aux milliers
de suppressions de postes des années
précédentes il faut ajouter les 80000
annoncées par le gouvernement d’ici
2012 dont les 13500 pour 2009 avec
leur cortège de mesures. Dans le
second degré : poursuite du bac pro
3 ans qui « économise » 10000
postes en LP, inflation des heures
supplémentaires ; dans le 1er degré
créations insuffisantes de postes,
développement des heures supplémentaires et rentabilisation accrue
du travail des enseignants. Darcos
lie de nouveau explicitement l’alourdissement des missions des enseignants prévu dans le rapport Pochard
à la réforme du lycée.

Sud éducation n’est pas favorable au statu quo et milite pour
un lycée et une école démocratiques. Nous n’accordons aucune
confiance au gouvernement de la
droite la plus dure pour aller dans ce
sens, alors même que l’annonce
des suppressions de postes dans l’Éducation a largement précédé cette
réforme et que la casse des autres
services publics continue.
Personne ne gagnera seul. Tous
les personnels sont concernés.
Organisons la lutte unitaire et
c’est dans celle-ci que nous
construirons les possibilités
d’une alternative démocratique
pour l’École publique.

Sud éducation Puy-de-Dôme