La politique Chirac Raffarin Sarkozy : Pas en notre nom !

 mars 2003
mis à jour vendredi 14 janvier 2005

Avec Raffarin, pas de surprise : c’est vieille-France et libéral comme il faut. On a droit, en prime, au sourire patelin du bonimenteur. Paraît que ça plaisait, jusqu’à Noël. Jusque là, ça marchait et les médias relayaient docilement. Pourtant, par delà le discours spécieux de la "vertu", il y a de quoi faire la grimace. Derrière sa "nécessaire rénovation", on trouve le démantèlement programmé du service public. Derrière la "réforme des retraites", c’est la remise en cause des acquis et la fin progressive du régime par répartition. Et puis, en vrac, on trouve la "modernisation" de la protection sociale, du droit du travail, les budgets de la police, de la justice pénitentiaire et de l’armée en forte progression tandis que stagnent ou diminuent ceux de l’éducation, de la recherche et de la culture ; le droit de licencier élargi ; les chômeurs moins indemnisés ; l’Aide Médicale d’Etat et la Couverture Médicale Universelle pour les plus pauvres et les plus précaires remises en cause tandis que médecins et chirurgiens obtiennent la prise en charge par la collectivité des 2/3 de leurs factures d’assurance ; le salaire des smicards bloqué pour 80% d’entre eux jusqu’en 2005 tandis que les ministres s’accordent de confortables augmentations ; le logement social en panne pendant que la fiscalité pour les familles les plus aisées est encore allégée et l’impôt sur les fortunes amoindri... Tout ça sur fond de mise en œuvre prochaine de l’Accord Général sur le Commerce des Services, dévorant pièce par pièce 150 ans de conquêtes du mouvement ouvrier. Bref, de quoi attraper la nausée !

Réaction sans retenue et insécurité ...sociale !

Gouvernement, majorité et patronat s’en donnent à cœur-joie avec une France "d’en-bas" paupérisée et déboussolée par 20 ans de confusion politique et économique appelée "cohabitation". Un véritable "chantier de démolition sociale" se met en place, qui fabrique de nouvelles vagues de parias et d’exclus. Celles-ci iront grossir les rangs des "classes dangereuses" vouées à la vindicte médiatique qui attise les peurs et le "racisme social" et justifie la répression, particulièrement dans les quartiers dits "sensibles". Même les 35h à la sauce Aubry - pourtant assorties de concessions chèrement payées par la collectivité (réduction des charges patronales) et les salariés (blocage des rémunérations, flexibilité des horaires imposée, plafonnement des heures supplémentaires induisant une perte de revenu pour les bas-salaires, intensification des cadences et des rythmes de travail), ne trouvent grâce aux yeux d’un gouvernement entièrement dévoué à servir les intérêts du MEDEF ! Ce patronat, arrogant et cynique, qui a obtenu que les réductions de charges soient étendues à toutes les entreprises, que les majorations pour les heures supplémentaires puissent être limitées à 10 %, et qui licencie comme il veut, quand il veut. "Le beurre et l’argent du beurre !". Le camp des nantis exige du gouvernement un "partenariat privilégié", qui, sur la question des retraites, trouvera matière à être prolongé si une unité syndicale de façade se limite à accompagner la casse...

L’éducation aussi dans le collimateur libéral

Ce qu’il est encore convenu d’appeler le service public de l’Education nationale n’échappe pas à la démolition : licenciement des emplois-jeunes à mesure de l’extinction de leurs contrats, suppression du statut et licenciement des MI-SE remplacés par des assistants d’éducation taillables et corvéables, 12 000 personnes recrutées dans le 1er degré alors que les départs à la retraite sont évalués à plus de 16 000, suppressions de postes, fermetures de classes voire d’écoles dans des régions déjà fortement sinistrées comme le Nord-Pas-de-Calais, la Picardie ou la Lorraine, régionalisation des personnels IATOSS (110 000 ouvriers et techniciens, 2 500 assistantes sociales), des médecins scolaires (1 200) et des conseillers d’orientation-psychologues (environ 5 000) avec perte à terme du statut de fonctionnaire d’Etat...

"Chacun pour soi, le marché pour tous !"

Pour le libéralisme, aujourd’hui comme hier, l’être humain n’existe que sous la figure de l’individu conçu comme une personne privée, séparée des autres et opposée à eux, et qui ne peut ni ne doit en retour compter que sur lui-même. Fini les solidarités, hormis celles, limitées, du réseau familial. Dans cette optique, la stratégie du pouvoir consiste, à travers la remise en cause des statuts, des retraites ou des acquis sociaux, à travers le développement de la précarité et de la peur du licenciement, à travers le renforcement de la répression à l’encontre du "mouvement social" et des syndicalistes combatifs, à attaquer tout ce qui relève encore des solidarités collectives (au travail, dans la société, dans le monde) pour développer l’individualisme et le fatalisme, accentuer la concurrence qui dresse les uns contre les autres.

Vers le crépuscule des solidarités ?

Pour autant, les luttes reprennent, comme chez les "pions", les aide-éducateurs et autres emplois-jeunes (page 2), ou contre la précarité (page 6). Des enseignants prennent en main une école publique en voie de fermeture dans le Nord (page 5), un collectif se met en place dans le Tarn pour aider un cinéaste à produire la suite du "Cartable de Big brother" (page 6), des femmes de ménage africaines, en grève un an durant contre les "négriers" de l’hôtellerie, ont finalement gagné (page7). Des militants SUD-Education de La Tournelle et Goussainville reviennent sur les événements qui ont marqué l’actualité il y a quelques semaines (page 4), tandis qu’à SUD-Clermont, "on" défend coûte que coûte la laïcité (page 5) ! D’autres camarades rendent compte de leur participation à une réunion pour renforcer un réseau syndical alternatif en Europe ou, de retour d’Israël, témoignent de la situation dans les territoires palestiniens occupés (page 8)... Sans oublier "la chasse aux sorcières" (pages 2 et 3), les mobilisations essentielles contre les projets néfastes de réforme du système de retraite par répartition (dossier central) et celles, gigantesques à travers le monde, contre la guerre. Enfin, les licenciés de Daewoo, Métaleurop et toutes les entreprises qui ferment, avec les Emplois-jeunes et les précaires "virés", ont décidé de prendre la tête de la manifestation contre les licenciements et pour le plein-emploi le 21 mars, à Paris, signifiant ainsi à la Confédération européenne des syndicats que l’heure n’est plus aux défilés de consensus mou. Avec notre soutien et notre participation !

L’engagement individuel et la riposte collective ont encore de beaux jours devant eux...

Saint-Denis le 13 mars 2003