La matraque pour toute réponse

Mobilisation contre la LRU
vendredi 7 mars 2008
mis à jour mardi 13 mai 2008

La mobilisation contre la loi Libertés et Responsabilités des Universités (LRU) ou « loi Pécresse », n’aura pas été une répétition du succès de la lutte contre le Contrat Première Embauche.

Le CPE était une disposition parmi d’autres au sein de la Loi pour l’Egalité des Chances (LEC). Les étudiants avaient commencé seuls la lutte pour son abrogation, bientôt rejoints par les lycéens, puis par les syndicats de salariés et, plus largement, par une grande partie de la population. Tout cela se déroulait dans une ambiance de fin de règne du tandem Chirac-Villepin. Malgré tout, il avait fallu des mois de blocage et des manifestations d’une ampleur inédite pour que le gouvernement recule sur ce seul point. Même si la contestation ne se bornait pas au seul CPE mais portait sur l’ensemble de la LEC et, plus largement, sur la précarité au travail, le mouvement social a remporté, à cette occasion, une victoire comme il n’en avait pas connu depuis longtemps.

Vers la privatisation des universités

La loi LRU constitue un objet de lutte beaucoup plus large. Aucune de ses dispositions, prises isolément, n’est suffisamment scandaleuse pour mobiliser très largement personnels et étudiants. C’est le contexte politique et économique dans lequel elle s’insère qui révèle qu’elle est le premier pas vers une privatisation des universités.

Il n’est pas encore question que les universités deviennent des établissements privés, mais la loi Pécresse les contraint à fonctionner comme des entreprises : CA restreint piloté par un président patron, « libre » disposition des fonds et des biens immobiliers, embauche de contractuels d’élite grassement rémunérés, instauration d’un contexte de concurrence pour attirer les investissements privés, les meilleurs chercheurs ... Ce que l’Etat ne veut pas décider directement, il laisse le futur marché de l’enseignement universitaire l’accomplir : fermetures des départements peu « rentables », concentration des moyens, des compétences dans quelques « pôles », sélection des étudiants, hausse des frais d’inscription ...

Toutes les raisons pour lutter demeurent intactes…

C’est d’autant plus important de l’affirmer que la mobilisation contre cette loi a connu une entreprise de délégitimation de la part des autorités politiques et de leurs relais médiatiques mais aussi de la part de certaines organisations d’étudiants et de salariés. Après des semaines de blocage des universités, le mouvement s’étendant aux lycées, le gouvernement a bien voulu concéder qu’il y avait un problème, que les étudiants étaient « inquiets », qu’il fallait les rassurer. Quelques promesses de fonds supplémentaires, un accord avec des interlocuteurs choisis et tout devait rentrer dans l’ordre.

C’était négliger deux dimensions de cette lutte. Elle avait, d’abord, un caractère profondément politique : les étudiants et les salariés mobilisés contestaient le projet néo-libéral dont elle est une partie. En disant « non » à la privatisation rampante des universités, ils se sont opposés, à l’idéologie du chacun pour soi et à l’accroissement des inégalités. D’autre part, cette mobilisation s’appuyait sur une contestation de l’autoritarisme d’Etat, plus marqué encore depuis l’élection de Sarkozy. Étudiants et salariés ont rappelé leur attachement à la démocratie universitaire, à son indépendance. Ils ont fondé la légitimité de leurs revendications et de leurs modes d’action, comme les cheminots, sur des assemblées générales souveraines.

L’état ne s’y est d’ailleurs pas trompé et a organisé immédiatement la répression, très vite passée sous silence par les grands médias. Après une négociation de façade avec des organisations étudiantes réputées représentatives, il fallait à tout prix faire taire ceux qui ne voulaient pas rentrer dans le rang. Mais ils étaient nombreux ! Et tout l’attirail répressif y est passé : écoute des RG, appel à des vigiles privés, votes dans les universités sous surveillance policière, arrestation ciblée de militants, etc. Qui a entendu parler de la répression des universités de Rennes, de Lyon, de Montpellier, de Perpignan ou de Caen ?

Caen et le Calvados n’ont pourtant pas été épargnés. Très tôt, les lycéens ont rejoint les étudiants et organisé le blocage de leur établissement. L’administration rectorale, en étroite relation avec la préfecture, était bien déterminée à ne pas se laisser déborder, comme lors de la mobilisation contre le CPE. Elle a donné des consignes très strictes aux chefs d’établissement : on a pu assister dans plusieurs lycées à des tentatives d’intimidation auprès des « meneurs », à l’organisation de votes à propos du blocage, rebaptisés « simples sondages » quand le résultat n’était pas conforme à ce qu’on en attendait, et même à la convocation d’huissiers pour faire constater le blocage. Cette démarche répressive a entraîné un dépôt de plainte contre une quinzaine d’élèves dans un lycée caennais.

Qu’ont appris les lycéens dans cette lutte ?

Que leur parole ne compte pour rien dès qu’ils l’emploient à autre chose qu’à approuver le temps présent ? Que cela ne vaut rien quand on ose contester ce qui a été décidé par plus puissant que soi ? Dans quel pays, des jeunes de seize ou dix-huit ans manifestent-ils, du sparadrap sur la bouche ?

La répression de l’opposition à la LRU ne s’est pas bornée à faire taire : elle a invalidé dans l’esprit d’une partie de la jeunesse les voies légitimes de la contestation. Qu’on ne s’étonne pas que la prochaine confrontation entre la jeunesse et l’autorité politique prenne une forme plus violente ...

Dans les lycées comme à l’université, Sud éducation a toujours dit clairement son opposition à la loi LRU et son soutien aux étudiants et lycéens en lutte, quel que soit le moyen non-violent qu’ils aient choisi. Non, à l’université-entreprise, à l’éducation-marchandise et à l’étudiant-chair à patrons !

Sud éducation Calvados

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