La grève, moyen incontournable de lutte

dimanche 2 septembre 2007
mis à jour mercredi 7 novembre 2007

Refuser la grève de 24h par principe entraînerait le syndicat à n’appeler à la grève qu’à la veille d’un « grand soir ». Cela lui interdirait également d’avoir jamais la moindre possibilité d’agir et d’influer sur toute mobilisation qui, a priori, ne se fixerait pas comme objectif la grève illimitée. C’est pratiquement renvoyer aux calendes grecques tout appel à la grève. Est-ce bien raisonnable, au moment où le nouveau président de la République s’apprête justement à essayer d’en limiter le droit ? L’intérêt d’une grève, y compris dans sa forme de simulacre de lutte, est à la fois de se dégager du temps pour élaborer et mener des actions diverses et de sortir certain(e)s collègues de l’isolement dans lequel ils sont dans leurs établissements. D’autre part, n’oublions jamais que les raisons de faire grève sont tout à fait justifiées et que si les grèves de 24h orchestrées par les grandes officines syndicales n’ont pour but que de laisser s’échapper une partie de la pression que subit la profession, elles restent légitimes pour bien des raisons. Notre participation a un sens non pas, bien sûr, pour y faire simple acte de présence, mais pour au contraire encourager ceux qui sont prêts à faire de ces journées de véritables moments de lutte, en rappelant la nécessité d’aller bien au-delà. Rappelons que la grève est par nature un arrêt de travail, ce qui n’implique pas de le reprendre au bout de 24h.

S’interroger sur les formes et les moyens d’action

Entendons-nous par là une concertation avec toutes les autres organisations syndicales ? Est-ce bien utile ? Ces journées sans lendemain ne sont-elles pas dans la nature de la pratique de certaines organisations qui ont pour philosophie non pas la lutte mais la négociation. Évidemment, si nous appelons à la grève en même temps que ces syndicats, ce n’est pas pour les caresser dans le sens du poil. En l’occurrence, c’est ne pas hésiter à dénoncer les manœuvres de division et les habitudes ataviques de certaines organisations à morceler, diviser et isoler les catégories des personnels et leurs luttes. Ce n’est donc sûrement pas avec les promoteurs de ce type d’actions qu’il faut nous interroger sur le sens à donner à notre participation. Si nous désertions ce terrain, c’est avec satisfaction que certaines organisations accueilleraient notre décision. Elles pourraient tranquillement continuer à agir dans le même sens, sans que personne ne fasse remarquer le détournement sur des voies de garage de ce moyen d’action qu’est la grève, et en profiteraient même pour nous accuser d’abandonner cette forme élémentaire de résistance aux attaques ministérielles.

La grève des notes et le refus des réunions non statutaires ? Voilà bien la montagne qui accouche d’une souris. En effet, le refus des réunions non statutaires se pratique régulièrement dans de nombreux établissements et souvent avec une belle unanimité syndicale. Par ailleurs, le boycott du bac blanc est un succès : les médias s’en sont faits l’écho avec pour principal résultat une autosatisfaction des enseignants mais rien sur nos revendications.

De l’efficacité de nos grèves

D’aucuns doutent de l’efficacité de nos grèves arguant qu’elles ne paralysent pas les secteurs vitaux de l’économie. Est-ce à dire qu’au prétexte que nous n’appartenons pas à un « secteur vital » le recours à la grève de 24h ou même illimitée ne serait plus justifié ?

Il n’est peut-être pas inutile de rappeler qu’en 2006 les étudiants et les lycéens ont réussi à faire reculer le gouvernement qui voulait imposer une « réforme » à laquelle tenait particulièrement le patronat de ce pays. Ce résultat a été obtenu parce qu’une partie de la jeunesse s’était approprié les formes traditionnelles d’action et de lutte comme la grève, le piquet de grève, les délégations auprès des établissements non encore mobilisés, les manifestations quotidiennes, les blocages de routes… Il n’y aurait aucune honte à s’inspirer de cette jeunesse au premier rang de laquelle on trouvait des enfants des milieux populaires et des banlieues. Ce que nos élèves ont su faire nous est-il impossible ?

Ouvrons le débat, mais pas pour remiser au fin fond du grenier ce qui a toujours été l’alpha et l’oméga de la résistance spontanée et instinctive à toutes les oppressions de par le monde, la grève, la sainte grève. Donnons-nous les moyens d’en faire autre chose que ce qu’elle a été ces derniers temps et débattons-en sans jeter le bébé avec l’eau du bain. Réfléchissons au sens de la présence d’un syndicat qui ne veut pas ressembler aux autres, sinon pourquoi exister, et demandons-nous ce que nous pouvons apporter à ceux qui luttent ou désirent le faire.

Sud éducation Académie de Grenoble

Navigation

Mots-clés de l'article