La formation des maîtres plombée par le cahier des charges

dimanche 2 septembre 2007
mis à jour mercredi 7 novembre 2007

La formation initiale des enseignants est encadrée par l’arrêté du 19 décembre 2006 portant cahier des charges, précisé par la circulaire du 23 février 2007. Sud éducation dénonce la détérioration de la qualité de la formation induite par ce nouveau cahier des charges.

Désormais la formation initiale et continue s’inscrit dans le cadre d’un “référentiel des compétences requises des enseignants :

- Agir en fonctionnaire d’Etat et de façon éthique et responsable ;
- Maîtriser la langue française pour enseigner et communiquer ;
- Maîtriser les disciplines et avoir une bonne culture générale ;
- Concevoir et mettre en œuvre son enseignement ;
- Organiser le travail de la classe ;
- Prendre en compte la diversité des élèves ;
- Evaluer les élèves ;
- Maîtriser les technologies de l’information et de la communication ;
- Travailler en équipe et coopérer avec les parents et les partenaires
de l’école ;
- Se former et innover.”

Agir en fonctionnaire soumis est devenu la première des compétences. Et que penser du saucissonnage des compétences ? Les 10 compétences sont détaillées en « connaissances », « capacités » et « attitudes ».

« Il revient aux universités et aux IUFM de vérifier que le plan de formation professionnelle initiale permet la construction de l’ensemble des compétences attendues ». Ce que ne dit pas la circulaire c’est le degré de maîtrise desdites compétences en fin de formation initiale. Il nous apparaît qu’aborder les 10 compétences au cours de la formation initiale ne permettra pas aux stagiaires d’accéder à leur maîtrise.

Le libéralisme triomphant

Il convient de préciser que l’intitulé des compétences est en décalage avec le contenu. Par exemple : faire apparaître dans la compétence 1 la connaissance des « mécanismes économiques et des règles qui organisent le monde du travail et de l’entreprise » nous inquiète. Il s’agit de soumettre les enseignants au dogme du libéralisme.

L’insistance quant à la prise en compte des « réalités économiques » se retrouve dans la place des stages en entreprise. Désormais, l’attestation de trois semaines de stage en entreprise sera exigée pour pouvoir passer le concours. Pour les enseignants des filières techniques et professionnelles, le stage en entreprise durant l’année de professionnalisation « doit permettre de : connaître le milieu économique et professionnel... ». Qu’on ne se trompe pas. Il ne s’agit pas de faciliter la connaissance des différentes facettes de la réalité des rapports sociaux dans l’entreprise par les futurs enseignants. Il s’agit encore une fois de soumettre l’Education Nationale au dogme libéral individualiste dominant. C’est inacceptable, d’autant plus que ce stage n’est pas conçu comme étant aussi l’occasion de former les enseignants quant aux droits des salariés. D’ailleurs, aucun accompagnement n’est prévu : l’étudiant doit justifier du stage, peu importe ce qui s’y est passé ; il n’est pas question d’en parler à l’IUFM.

Les méandres de la formation initiale

Sous prétexte d’instaurer une formation en alternance (contrairement à ce qui a été annoncé, cette réforme n’instaure pas l’alternance ; elle existe déjà), le texte rompt l’équilibre entre les formations à l’IUFM (dont l’horaire diminue) et les stages en établissement, rallongés. Les enseignants ont besoin d’une véritable formation didactique et pédagogique qui est l’essence même du métier. Nous ne pouvons accepter que notre profession puisse être la seule où il suffirait d’une formation générale préalable pour être exercée dans de bonnes conditions.

« Le cahier des charges [...] accorde une place importante à l’établissement d’accueil » (collège, lycée pour les PLC2, école pour les PE2). Pour Sud éducation, l’accompagnement dans les établissements ne peut être fait que par des formateurs eux-mêmes formés et volontaires. Les collègues recevant un stagiaire sans avoir rien demandé ne devraient pas être déclarés de fait formateurs au titre de la proximité. La notion de « professeurs désignés pour accompagner » ne peut que nous heurter tant elle laisse la place à la subjectivité du choix de la hiérarchie.

D’une manière générale, cette formation fait la part belle aux autorités hiérarchiques, l’IUFM n’a plus la maîtrise de l’évaluation des formations qu’elle dispense. L’employeur est toujours présent, ce qui n’est pas un gage de confiance. De plus en faisant des stagiaires des variables d’ajustement des effectifs dans les établissements, cette formation risque de créer des tensions entre les personnels.

Enfin, l’affectation des stagiaires du second degré dans l’académie où ils feront leurs premières années de titulaire va poser de gros problèmes d’organisation de la formation pour les académies concernées, mais va aussi avoir des répercussions quant aux possibilités d’obtenir une mutation inter-académique.

Stage filé, stage piégé

Dans le premier degré, l’instauration en 2006 du stage filé a conduit de fait la formation à accorder une part plus importante à l’accompagnement de l’urgence de la classe au détriment d’une préparation à l’exercice du métier pour le long terme. Les stagiaires n’ont pas manqué de demander cette aide pour laquelle l’IUFM ne dispose pas des moyens suffisants.
Le second degré n’est pas en reste, l’allongement du stage en responsabilité annualisé, d’une durée de 288h à 576h selon les statuts, va produire les mêmes effets.

Un enseignement de qualité ne peut être le fait que d’enseignants de très haut niveau reconnus à ce titre et ayant la pleine maîtrise de leurs classes car le monde dans lequel nous vivons l’impose. Pour relever ces défis nous demandons d’autres moyens beaucoup plus ambitieux que ceux du cahier des charges de Noël 2006 qui fut un bien amer cadeau fait à l’Education nationale.

De plus l’annualisation du décompte du stage annonce de manière irréfutable la volonté ministérielle d’étendre ce mode de calcul du service des enseignants à tous. Les jours fériés et les absences pour maladie par exemple doivent être décomptés du service.

Stages T1-T2, presque rien

« Les nouveaux titulaires disposent désormais d’un véritable droit de formation initiale différée ». Notons que ce droit existait pratiquement déjà. Remarquons qu’il correspond à un volume assez dérisoire (4 semaines en T1, première année d’enseignement, et deux semaines en T2, deuxième année).

« Au cours des deux années qui suivent sa titularisation, le nouveau professeur complète sa formation initiale... ». Nous serons vigilants pour que « les besoins ou les projets exprimés par le stagiaire » soient pris en compte dans les faits. En augmentant la durée des stages sans augmenter la durée totale de la formation (le report en années de T1 et T2 étant un leurre), ces nouvelles modalités de la formation vont diminuer de fait les possibilités d’accompagnement mais surtout de préparation des stagiaires à l’exercice futur de leur métier.

Nous affirmons qu’une formation digne de ce nom doit se dérouler sur plusieurs années avec une prise en charge plus progressive des classes. Cette formation réellement approfondie doit permettre par exemple aux professeurs des écoles de compléter leur formation scientifique, didactique et pédagogique sur l’ensemble des domaines enseignés à l’école, au risque de perdre définitivement toute crédibilité ou d’abandonner certains secteurs à des officines privées qui ne manquent déjà aucune occasion pour se substituer aux enseignants.

Intégration - désintégration à l’université

Autant le dire, la formation initiale telle qu’elle est définie dans le nouveau cahier des charges ne remplit pas sa fonction. L’intégration des IUFM dans les universités renforce les risques : l’autonomie des universités renforce les disparités dans la mise en œuvre des formations ; ce sont les conseils d’administration des universités qui valideront les plans de formation des IUFM. Il y a un risque à terme de voir diluer les formations spécifiques dans la carte des formations universitaires. Et l’harmonisation européenne pourrait aboutir à une formation au rabais, débouchant sur un vague diplôme d’enseignant, peu monnayable sur le marché du travail et laissant ses détenteurs à la merci des présidents de conseils d’administrations des écoles, collèges et lycées.

Commission fédérale Formation Initiale et Continue des Personnels

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