L’unité reste un combat

lundi 7 janvier 2008
mis à jour vendredi 7 mars 2008

Décidée, dans un premier temps, par les seules Fédérations de cheminots,
la grève du 18 octobre a rassemblé bien au-delà des travailleurs concernés
par la réforme des régimes spéciaux de retraite (SNCF, RATP, EDF-GDF, Opéra de Paris). De nombreux collectifs de salariés se sont emparés de cette date pour en faire la première journée de protestation contre la politique de Sarkozy.
En dépit de la volonté de la CGT de circonscrire cette journée à une grève de 24H, dite « carrée », malgré l’absence de la FSU et de l’UNSA dans la mobilisation, malgré les freins constants de la CFDT pour « ne pas tout mélanger » et accepter le passage à 40 annuités pour tous, la grève du 18 octobre a été importante dans de nombreux secteurs et les manifestations ont clairement mis en évidence le triptyque « salaires, retraites, services publics ».

La grève, reconduite malgré tout

Dans tous les secteurs professionnels, et parfois même dans le secteur privé, les syndicats de l’Union Solidaires ont été à l’initiative pour lancer des appels unitaires à la grève, le plus souvent avec la CGT. Dans l’Education nationale, celui de la Fédération Sud éducation a été entendu bien au-delà de nos adhérents, et l’absence de la FSU et de l’UNSA a certainement retardé la mise en place d’un véritable front syndical de défense des retraites et des services publics.

La paralysie quasi-totale du réseau ferroviaire, le 18 octobre, attestait d’une grève atteignant un taux jamais constaté, pas même en décembre 1995. La grève a été reconduite jusqu’au week-end suivant, y compris avec les militants de la CGT et ce, malgré la communication de la direction de la SNCF et le matraquage des médias contre les grévistes. La grève reconductible était possible, elle restait à l’ordre du jour pour la suite. L’énorme travail de préparation et d’explication organisé par la fédération Sud Rail et ses syndicats, l’implication de ses adhérents a fini par avoir raison de l’attentisme de la CGT. Fin octobre, La vie du rail pouvait écrire que Sud Rail et la base avaient forcé la CGT à la grève reconductible.

Celle-ci s’annonçait pour le soir du 13 novembre, au prix d’un long débat unitaire entre les fédérations de cheminots, auxquelles les intersyndicales de la RATP et de l’Energie emboîtaient le pas. Dans de nombreuses villes, des manifestations étaient prévues, dès le matin du mercredi 14 novembre. Elles regroupaient des cheminots, mais aussi des agents de l’énergie ainsi que des Unions départementales CGT et des Unions Solidaires locales. Malgré le matraquage médiatique de tous les instants contre ces grévistes - qui risquaient de paralyser le pays, rendre la France malade et accroître le nombre d’accidents de vélo - la grève démarrait à un niveau équivalent à celui observé en décembre 1995 dans les gares. En dépit des offres de négociation de Thibault en direction de l’Elysée, doublant ainsi les Fédérations, qui avaient mis plus de quinze jours à se mettre d’accord, la grève était possible et reconduite. Le gouvernement acceptait la proposition de Thibault. Chérèque lui emboîtait le pas et, dans un rôle qu’il affectionne, appelait à la reprise. L’annonce de ce dernier fut de peu d’effets sur la grève, mais notons que Thibault et Chérèque, dans des registres différents, auront tout fait pour que la journée de grève du 20 novembre ne constitue pas une amplification de la contestation contre le gouvernement et un renforcement de la grève à la SNCF et à la RATP.

Le combat continue

La participation de Sud éducation à la grève du 18 octobre, la signature Solidaires de l’appel Fonction publique à la grève du 20 novembre et certainement la place importante prise par Sud Rail dans la mobilisation sociale, ont forcé les organisations syndicales de l’Education nationale à convier la fédération Sud éducation à préparer la grève du 20 novembre. Cette invitation met fin à dix ans d’ostracisme dont nous ignorons toujours la cause. C’est une situation nouvelle qui correspond à ce que nous souhaitions lors de notre dernier Congrès fédéral où nous faisions le constat que notre marginalisation ne renforçait ni les luttes, ni Sud éducation.

Le taux de grévistes observé dans l’Education nationale, le 20 octobre, était important. Les Assemblées générales de grévistes mises en place par Sud éducation, parfois par la FSU ou des intersyndicales, ont permis quelques rares reconductions. Peut-être notre secteur est-il encore marqué par la longue grève reconductible qui, en 2003, s’est soldée par un double échec revendicatif sur les retraites et la décentralisation des TOS ?

Il n’en reste pas moins que le taux de grévistes du 20 novembre montre la force d’un mouvement syndical encore capable de résister et de se mobiliser. L’élection de Sarkozy ne l’a pas mis à genoux. Ce qu’il refusait à la direction de la CGT début octobre (négociations tripartites par secteur), il a été obligé de l’accorder à la veille de la grève reconductible, le 13 novembre. Dire cela n’altère en rien notre critique de la stratégie de la direction confédérale de la CGT qui, face à l’ampleur des attaques, a refusé de globaliser la riposte et a tenté de faire main basse sur la grève, longuement préparée, par les fédérations de cheminots.

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Près de 700 000 personnes, dans les différentes manifestations, organisées le plus souvent par des intersyndicales interprofessionnelles départementales, le 20 novembre, un chiffre que le gouvernement et Sarkozy ne peuvent pas ignorer, pas plus qu’ils ne peuvent nier les dix jours de grève reconduites dans les transports malgré les incitations à la reprise orchestrées par les « grands dirigeants ».

L’irruption des étudiants et des lycéens dans le mouvement social de cet automne est aussi un élément positif dans la construction lente et déterminée du rapport de force nécessaire pour arrêter ce pouvoir dans son entreprise de destruction sociale. Sa répression violente et immédiate par la police de Sarkozy marque la violence de son projet politique. Elle témoigne aussi peut-être de sa peur face à la perpétuation générationnelle du mouvement social.

Dans cette construction, Sud éducation prendra toute sa place, dans les salles de profs et les services, aux côtés des personnels, dans les intersyndicales départementales et nationales, dans les assemblées générales de personnels, dans des initiatives interprofessionnelles aux côtés des camarades de Solidaires.

Comme nous l’écrivions lors du dernier congrès national de Solidaires : « Nous ne voulons pas nous complaire dans un syndicalisme de témoignage, qui s’autoproclame détenteur de la vérité quand bien même les travailleurs/euses, chômeurs/euses et précaires continuent de l’ignorer, ne partagent pas ses mots d’ordres et ses revendications, ne s’approprient pas ses propositions d’actions ». Le syndicalisme français est dispersé et plus encore dans l’Education nationale. Jouer de cette diversité est et sera une arme pour Sarkozy et les siens.
À nous de travailler à l’unité indispensable, parce que l’unité est une condition de notre force collec-tive face aux projets de régressions sociales, de la puissance du monde du travail face au pouvoir du Capital.

Sud éducation Puy-de-Dôme

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