L’été des sans-papiers

 septembre 2000
mis à jour lundi 4 avril 2005

Ce fut apparemment un été plutôt calme, au moins pour les médias, néanmoins ponctué par quelques dates importantes et symboliques qui engagent l’avenir :

- 24 juin : meeting unitaire à la Bourse du Travail de Paris.
Déclaration solennelle " pour la régularisation de tous les sans-papiers ". Il faut réunifier, remobiliser le mouvement, construire des temps forts, ensemble, sans-papiers et soutiens.

- 14 juillet : les sans-papiers chinois du 3ème collectif, rassemblés au cimetière de Noyelles sur mer (Somme), " honorent la mémoire " des 837 chinois qui y sont inhumés, " morts pour la France " en 14-18.

- 21 juillet : à l’initiative de Chevènement, séminaire européen pour élaborer un projet qui permettrait à tout état membre de l’Union de mettre en œuvre une mesure d’éloignement décidée dans et par un autre état européen. Il s’agit en fait, après le drame de Douvres, sous prétexte d’harmoniser la lutte contre les filières clandestines, d’accroître la coopération policière et de faire peser une répression toujours plus forte sur l’immigration. Profitant de la présidence française, c’est une tentative d’imposer à l’Europe les politiques de refus de régularisation et de quotas, comme en France.

- 19 août : rassemblement, dynamique, pour le quatrième anniversaire de Saint-Bernard.

- et chaque jeudi, chaque samedi, de 17 à 19h, rassemblement symbolique place du Châtelet à Paris.

Cet été apparemment plutôt calme le fut moins côté police et prison.

Les arrestations et reconduites aux frontières n’ont pas cessé.

Dans les prisons, en attente de l’expulsion, croupissent dans des conditions innommables des centaines de sans-papiers dont le seul crime est le délit d’entrée ou de séjour irrégulier. Ils sont pour la plupart jeunes, sans famille, démunis. Leur présence aggrave la surpopulation carcérale et les conditions de détention. Constituant le sous-prolérariat des prisons, victime de la violence du milieu et souffrant de troubles importants, physiques et psychiques, ils ne comprennent pas pourquoi ils sont là. Expulsés, ils reviendront (comme Justino Nzuzi, cet angolais qui n’a jamais vécu en Angola et qui, depuis dix ans en France, en est à son septième séjour en prison). De 94 à 96, l’incarcération des sans-papiers a augmenté de 330%. A la Santé, prison parisienne, les sans-papiers constituent 31,7% de la population carcérale. La prison ne dissuade pas.

Cette situation aberrante et indigne, l’absence de projet politique, mais le contournement des questions vitales en inventant des programmes dilatoires (comme le CRPO - Contrat de Réinsertion en Pays d’Origine- qui est un échec complet), la réponse policière au problème illustrent le malaise de cette gauche française. Empêtrée dans des positions contre-nature, a-t-elle encore les facultés pour comprendre ce qui se passe ?

Chevènement exit, la coordination des sans-papiers a demandé à rencontrer Daniel Vaillant, nouveau ministre de l’Intérieur. A suivre...

En cet automne 2000, c’est toujours le règne du non-droit, du mépris pour les sans-papiers. Pour nous, travailleurs de l’Education et syndicalistes, ces hommes et ces femmes, " ultra précaires parmi les précaires ", sont -comme les sans-travail, les sans-logis- partie intégrante des luttes sociales.

Quoiqu’il en soit, la mobilisation demeure pour
- la régularisation de tous les sans-papiers et la carte de 10 ans ;
- l’arrêt des expulsions et le retour des expulsés ;
- la libérations des emprisonnés pour défaut de papiers ;
- contre l’existence des centres de rétention ;
- contre la double peine ;
- pour la libre circulation.

Lectures

1. " Parole de sans-papiers " de Madjiguène Cissé, La Dispute, 250 pages 100 F.

La lutte des sans-papiers aura suscité dans le pays un immense débat public sur la place de l’étranger, l’immigration, les migrations d’aujourd’hui, les flux migratoires et la liberté de circulation, les rapports nord-sud et, par extension, sur la notion de citoyenneté et du droit de vote.

C’est ce débat, cette lutte, ce parcours que raconte Madjiguène Cissé dans " Parole de sans-papiers " : les avancées, les difficultés et les conflits, les aspects historiques, culturels et économiques, les problèmes de l’autonomie du mouvement et des relations avec les soutiens, le rôle fondamental des femmes, la dimension européenne...

Elle conclut : " ... Ce ne sont pas des lois, des circulaires, des directives, ni des miradors ou des barbelés qui empêcheront femmes, hommes et enfants de circuler d’un bout à l’autre du village planétaire. L’immigration est un facteur d’enrichissement au plan économique, culturel, politique... Le droit d’aller et de venir, de s’installer, le droit d’asile sont des droits imprescriptibles de l’être humain, sans la garantie desquels on ne peut parler d’Humanité.... "

2. " J’y suis, J’y reste ! "
Les luttes de l’immigration en France depuis les années soixante de Mogniss H. Abdallah et le réseau No Pasaran. Agence IM’média BP 7 75965 Paris Cedex 20. 160 pages,45 F.
Ces luttes ont pris des formes diverses : participations aux grandes grèves ouvrières et campagnes contre les licenciements et les expulsions de travailleurs immigrés après 1968, mouvement contre les circulaires Marcellin-Fontanet (1972-75), grève des foyers Sonacotra, " deuxième génération " face aux violences policières, aux crimes racistes et aux expulsions dès la fin des années 70, marche pour l’Egalité (1983-85), lutte contre les lois Pasqua et la double peine, " intifadah des banlieues ", " ballade " des sans-papiers de St-Bernard, désobéissance civile au projet de loi Debré, mouvement des sans-papiers au niveau européen... Analyses et pistes de réflexions pour les luttes à venir.

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