L’école pour tous en danger !

Loi d’orientation Fillon
jeudi 10 février 2005
mis à jour mardi 19 avril 2005

L’ambition de « modernité » de Fillon s’inspire des écrits du Medef où il est question de « socle de base » fournissant « les bases scientifiques, techniques, juridiques ou économiques préparant le jeune à la famille de métiers vers laquelle il a décidé de s’orienter ». Un lobby patronal, l’Institut Montaigne, propose dans un rapport intitulé « De la formation tout au long de la vie à l’employabilité » un socle de base : « maîtrise de l’écriture, du calcul, d’une langue étrangère et de l’informatique, acquisition de l’esprit d’équipe ». L’OCDE, autre lobby libéral, écrit : « L’enseignement primaire et secondaire jette les bases d’un ensemble de savoir-faire essentiels préparant les jeunes à devenir des membresproductifs de la société ». Le rapport Camdesus évoque, quant à lui, un recrutement des personnels par les établissements.

Lire-écrire-compter, un peu d’anglais et d’informatique tel est le nouveau bagage prévu par Fillon pour l’écolier du début de siècle : « Ce socle est la charpente (sic) grâce à laquelle l’élève construit tout son avenir ». Remplacez Anglais par Marseillaise, et informatique par quelques dates de l’Histoire nationale, et vous avez l’école de Jules Ferry. Celle qui avant 1914 préparait « la revanche » dans un pays en voie d’industrialisation. Aujourd’hui la guerre est économique nous dit-on, le marché du travail a besoin d’une main d’œuvre faiblement qualifiée. Ces emplois à faible qualification sont ceux que l’économie américaine développe et multiplie depuis l’ère Reagan.

Ecole de la régression et du tri social

L’ambition de Fillon n’a donc rien d’une réflexion pédagogique sur la culture commune et polyvalente que pourrait offrir un système éducatif dans sa continuité sur l’ensemble du territoire. Ce « socle commun », dont la maîtrise n’assurerait plus le passage au lycée, relève d’une conception utilitariste et rétrograde de la culture. Lire-écrire-compter pour les uns, accès à une culture pluridisciplinaire pour les autres en accentuant la hiérarchisation entre les disciplines. Le redoublement que les études sérieuses montrent comme négatif au début de la scolarité primaire est remis en place. Potentiellement efficace, lorsqu’il était accepté par l’élève et ses parents à l’issue d’un travail de conviction dans le secondaire, ce redoublement devient décision d’autorité. Ajoutez le contrôle continu dans le déroulement du baccalauréat et vous avez un risque de multiplication des conflits locaux entre parents et enseignants, de pressions hiérarchiques des chefs d’établissements... pour un baccalauréat qui risque de ne plus garantir une possible inscription dans le supérieur.

L’Ecole de Fillon est celle de la sélection et du tri social renforcés, et cela malgré des déclarations ronflantes : « l’écart se creuse entre les chances de réussite des enfants des milieux les plus favorisés et ceux dont les parents sont ouvriers, sans emploi ou d’origine étrangère ». Renforcement de l’alternance école-entreprise et orientation précoce conduiront cependant à exclure davantage d’élèves de la voie générale. Le but est d’augmenter le nombre d’apprentis de 50% (plan Borloo). Aucune passerelle ou possibilité de réorientation n’ont été évoquées. Le système se rigidifie, les filières demeurent étanches. Les enfants de la bourgeoisie et des classes moyennes dans la voie générale, la majorité des autres dans l’apprentissage et la voie professionnelle, toujours plus précocement et sans retour. La mise en place de quelques « bourses au mérite » sert ensuite à laisser croire que la méritocratie scolaire peut contrecarrer une hiérarchie sociale fondée sur l’origine familiale et l’argent.

La casse des statuts et la mise sous surveillance des personnels

Cette régression scolaire s’accompagne nécessairement d’une fragilisation accrue des statuts des personnels, déjà bien engagée par la décentralisation des TOS qui suit son cours... mais à laquelle les personnels restent opposés. Fillon prévoit d’allonger le temps de service, et donc de travail, des enseignants et d’avancer vers l’annualisation de ce temps de service. Au nom du retour de l’autorité, les pouvoirs des chefs d’établissement se trouvent renforcés dans le sens d’une mise sous tutelle hiérarchique des pratiques professionnelles. Dans le premier degré, nombre d’IA renforcent l’importance des notes d’inspection dans les déroulements de carrière des enseignants quand les autres personnels sont soumis à de nouveaux modes d’évaluation au nom d’une « culture du résultat » héritée des entreprises privées les plus en pointe dans la souffrance au travail. Le gouvernement entend également remplacer les écoles publiques par des Etablissements Publics d’Enseignement Primaire (EPEP). Là, les décisions seront prises par des élus locaux associés aux « acteurs économiques locaux » et les enseignants « managés » par un super directeur aux pouvoirs renforcés. Quant à l’école maternelle, spécificité française en Europe, les notes ministérielles contradictoires font justement craindre pour son avenir concernant les enfants de moins de 5 ans.

Une telle casse s’appuie bien évidemment sur la programmation d’une asphyxie budgétaire : suppression de 20000 postes d’enseignants sur 4 ans, et 15000 postes mis au concours dans le secondaire pour 18000 départs en retraite. Là où les choses seront trop difficiles à mettre en place, les recteurs pourront continuer à développer le recrutement de salariés précaires, jetables, sans droit et sans défense face aux « managers » que sont appelés à devenir les chefs d’établissement.

Pour Sud éducation le projet Fillon, n’est ni amendable ni négociable. Il constitue à terme, pour l’école publique, l’équivalent des réformes Fillon et Douste-Blazy pour les retraites et l’assurance-maladie. L’expérience nous indique que nous ne ferons rien reculer avec un jour de grève. Un vaste mouvement populaire de défense et de promotion de l’école publique s’impose donc.

Notre opposition au projet est donc aussi un appel à l’unité des personnels pour imposer les revendications qui étaient les nôtres au cours du printemps 2003.

Sud éducation Puy-de-Dôme

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