L’Université de Toulouse Jean Jaurès, mobilisée contre la fusion et la loi ORE

jeudi 10 mai 2018

Les réformes de l’enseignement supérieur s’enchaînent au détriment des personnels et des étudiant-es. À Toulouse, le projet de fusion des universités et la loi ORE ne passent pas et entraînent une forte mobilisation.

La remise en cause d’un modèle fédéral de fonctionnement des universités

En 2012, notre université fonctionnait selon un modèle fédéral (chaque établissement gardait son indépendance et sa personnalité morale et juridique), la COMUE (Communauté d’Universités et d’Établissements). Ce modèle se voit déconsidéré du fait de la réforme du financement de l’enseignement supérieur et de la recherche avec la loi Liberté et Responsabilité des Universités (LRU) de 2007 [1]. Toulouse, qui avait bénéficié des fonds Idex pour une période probatoire de quatre ans se voit alors retirer les crédits, à moins de présenter un nouveau projet et une nouvelle structuration.

Un nouveau projet qui ne passe pas

Déçu-es, les chercheur-ses vont vite ré-écrire un nouveau projet avec une gouvernance forte (un CA surpuissant qui décidera de tout pour 80 000 étudiant-es et personnels) ainsi qu’une fusion partielle (l’Université Jean Jaurès avec l’Université Paul Sabatier). Cette fusion passe mal auprès des personnels de l’Université Jean Jaurès qui comprennent tout de suite qu’ils-elles sont sacrifié-es, notamment les BIATSS [2], complètement ignoré-es dans ce projet. Les étudiant-es dénoncent à leur tour l’aspect dérogatoire (au code de l’éducation) qui permet l’augmentation des frais d’inscription.
De plus, les sciences « dures » ont la priorité sur les sciences « molles », ce qui n’est pas rassurant pour l’avenir des sciences sociales. Le président de l’UT2J [3], Daniel Lacroix s’engage à organiser une consultation et surtout à en respecter le résultat. Mais ce résultat est alors sans appel : 62% des personnels et 94% des usager-es disent NON au projet. Le président, contrairement à sa parole, engage l’université dans le processus. Lors du conseil d’administration, sa voix prépondérante valide le projet (il y a alors égalité entre les pour et les contre).
Commence alors une grève sans précédent de la part des personnels BIATSS, rejoint-es par la suite par les étudiant-es. Le retrait du projet de fusion ainsi que la démission de Daniel Lacroix sont les premières revendications. Malgré toutes les difficultés qu’engendre cette grève, le président n’abandonne pas et attend mi-mars que le jury international chargé d’accorder les financements se prononce. La réponse négative du jury est un nouveau camouflet. Elle est justifiée par un manque d’adhésion des acteurs du site : de l’Université Jean Jaurès bien sûr mais aussi de l’Université Capitole qui refuse dès le départ de prendre part à ce regroupement avec fusion partielle. Le jury trouve également que la gouvernance ne va pas assez loin. Tout est dit !

La loi ORE : de la mobilisation locale à la mobilisation nationale

Entre temps, la loi ORE [4], votée en urgence par ordonnance, cristallise davantage les tensions. Totalement bloquée depuis le 6 mars 2018, l’Université Jean Jaurès s’inscrit maintenant dans un mouvement national touchant des dizaines d’universités mobilisées. Pour tenter de stopper le mouvement, la ministre Vidal utilise l’article 719-8 (une première en France) et dissout les trois conseils centraux, démissionnant par la même occasion Daniel Lacroix, et nommant à la place un administrateur provisoire. La manœuvre consiste à réaliser au plus vite des élections avec pour condition le déblocage. C’était sans compter sur la détermination des personnels et étudiant-es mobilisé-es. La manœuvre n’a pas fonctionné.
L’absence des enseignant-es chercheur-ses dans l’action a été très remarquée et a créé un clivage important avec les BIATSS et étudiant-es uni-es dans la lutte. Ces enseignant-es viennent d’ailleurs de publier une pétition demandant à la ministre d’agir « avec l’autorité et le pouvoir qui sont les siens », c’est-à-dire de faire intervenir les forces de police dans l’Université Jean Jaurès...

Sud éducation Haute-Garonne et Hautes-Pyrénées


[1La LRU visait à développer les Initiatives d’Excellence (Idex) suite aux propositions du rapport Attali pour relancer la croissance économique et la compétitivité française. Il s’agit alors de créer une dizaine de grands pôles universitaires et de recherche de niveau mondial. Pour bénéficier des financements, il faut répondre à une série de critères, notamment en terme de gouvernance.

[2Bibliothèques, Ingénieurs, Administratifs, Techniques, Sociaux et Santé, les BIATSS voient leurs acquis sociaux disparaître et à renégocier évidemment à la baisse.

[3Université Toulouse Jean Jaurès

[4Le but inavoué de cette loi (sur l’orientation et la réussite des étudiants), conjuguée avec la réforme du Bac, est de sélectionner les étudiant-es à l’entrée des universités. C’est un projet de société particulièrement nocif pour la jeunesse qui est en train de se mettre en place en France.