L’École n’est pas une entreprise , l’Éducation n’est pas une marchandise.

samedi 21 avril 2012

Depuis plusieurs années, une accumulation de dispositifs divers secoue l’Éducation Nationale. Des mesures aussi disparates que la suppression de l’école le samedi matin, l’instauration de l’aide personnalisée, les stages de remise à niveau CM1-CM2 maintenant expérimentés au cycle 2, les évaluations standardisées en CE1 et CM2, la multiplication des postes à profil, l’attribution de primes, la quasi-suppression de la carte scolaire, l’introduction du livret personnel de compétences qui sert à valider le socle commun, l’accroissement du fichage informatique des élèves au moyen de la base élèves, les évaluations/inspections d’école, peuvent apparaître sans lien entre elles.

Pourtant, cet ensemble très cohérent contribue à la réforme structurelle de l’École voulue par les partisans de l’introduction de la logique du marché dans le système éducatif. Dans la pensée capitaliste, c’est à chacun, au nom du principe de liberté, de choisir ce qui est bon pour lui. Les pouvoirs publics n’ont pas à dépenser de l’argent pour offrir à tous les individus la formation la plus large possible. Si tout le monde n’a pas besoin d’avoir lu la Princesse de Clèves pour que le système fonctionne, tout le monde doit maîtriser les sept compétences du socle commun. Désormais, la formation de l’esprit critique et la démocratisation de la culture sont obsolètes ; l’employabilité prime. À l’issue d’une formation initiale, tout individu doit être immédiatement productif.

Comment les mesures adaptent-elles l’école à cette nouvelle mission ? Quels sont les éléments clés du dispositif qui restent à mettre en place ? Que propose Sud éducation ?

De l’école désorganisée…

Le système capitaliste est en train d’adapter l’école à ses nouveaux besoins. Pour cela, il procède en deux temps.

Il a d’abord commencé par conduire des contre-réformes qui ont désorganisée l’école primaire. Ainsi, les suppressions de postes, la semaine de quatre jours, l’aide personnalisée, les nouveaux programmes n’ont fait que la dégrader pour l’obliger à se transformer. Cette phase étant achevée, il va maintenant la remodeler en introduisant un nouveau mode de gestion du système scolaire.

La mise en concurrence des écoles, des enseignants, voire des usagers à travers l’assouplissement de la carte scolaire, les résultats des évaluations nationales, les primes, les heures supplémentaires, fragilisent la solidarité d’une profession et contribuent à soumettre les enseignants à la nouvelle norme : le dogme de l’école entreprise. Peu importe la qualité des données chiffrées remontées, centralisées et traitées grâce aux applications informatiques, elles servent d’indicateurs pour le pilotage du système par les instances de l’Éducation nationale.

Bref, les conditions d’enseignement se dégradent au fil des ans ; les outils indispensables au fonctionnement d’une école entreprise se mettent en place petit à petit.

… À l’ école entreprise

Cette nouvelle école aux objectifs très limités sera autonome, dirigée par un directeur au statut de supérieur hiérarchique. Elle pourrait prendre des formes multiples : dispositif ECLAIR, E2P, École du socle, Regroupement scolaire.

L’attribution d’un statut de supérieur hiérarchique au directeur lui donnerait le pouvoir de contrôler, de certifier que les résultats sont conformes aux objectifs retenus suite aux inspections d’école. Il aurait alors le pouvoir de récompenser les éléments dociles mais aussi de sanctionner ceux qui s’écarteraient de la norme.

Depuis 1998, divers projets de transformation de l’École primaire en un Établissement autonome ont vu le jour avant d’être mis en sommeil. Ils réapparaissent sporadiquement mais leur création se révèle politiquement délicate. La restructuration organisationnelle nécessite un passage par la Loi et implique la fermeture des écoles de proximité auxquelles sont attachés les usagers. Cependant, l’application de la réforme des collectivités territoriales va petit à petit modifier le schéma territorial autour des Communautés de communes, d’agglomérations.

Un transfert de la compétence scolaire et des coûts financiers vers ces structures conduira à une redéfinition de l’offre scolaire ; des regroupements sous forme d’établissements deviendraient envisageables. À terme, le statut de fonctionnaire d’État des enseignants du primaire pourrait être modifié.

Pour Sud éducation, l’École n’est pas une entreprise , l’Éducation n’est pas une marchandise.

C’est pourquoi nous pensons qu’il faut promouvoir les pratiques et valeurs coopératives d’entraide, entre collègues , entre les élèves pour faire échec aux valeurs de concurrence et à l’idéologie de compétition sur lesquelles se fondent l’école et la société capitaliste. Les valeurs que nous soutenons sont à l’opposé de celles de l’école-entreprise où priment le pilotage, les indicateurs, le management, le mérite, l’autonomie ou encore l’individualisme. Nous sommes pour un fonctionnement anti-hiérarchique et collégial des écoles.