L’Ecole au garde à vous !

EDITO
dimanche 31 octobre 2004
mis à jour lundi 13 décembre 2004

A chaque saison médiatique son sujet de société : régimes de printemps, divertissements estivaux et, enfin, l’école à l’automne. Cette année n’a pas fait exception. Mais à l’approche de la réforme de la loi d’orientation de l’éducation, l’offensive idéologique a été particulièrement lourde. Livres témoignages sur les dérives éducatives, débats et jeux télévisés rétrogrades, couvertures de magazines chocs... tous propagent en chœur la nouvelle pensée unique : « faisons retour à l’autorité et aux méthodes traditionnelles ! » Qu’importe si ces dernières ont déjà eu des décennies pour montrer, elles aussi, leurs limites ; et qu’importe si ce n’est pas d’autorité dont les enseignants sont principalement dépourvus. Car de deux choses l’une : soit ils ne font plus leur travail, au point d’être devenus incapables d’apprendre même à lire et à compter, soit il faut restaurer leur image auprès de l’opinion... mais on ne peut à la fois décrédibiliser toute une profession et prétendre accroître son autorité. C’est pourtant ce que font sans vergogne M.Fillon et ses propagandistes, prisonniers qu’ils sont de cette exigence contradictoire : rendre l’Education nationale compatible avec les exigences du marché tout en donnant aux personnels, et aux usagers, le sentiment d’être à leur écoute.

Mais à diagnostic fallacieux, remèdes de charlatan. Car l’école ne souffre pas tant d’un déficit d’autorité que d’être de plus en plus estimée à l’aune de sa seule rentabilité économique. Sur ce point, le mauvais exemple vient, encore une fois, de très haut. D’Allègre à Fillon, l’accumulation des propos démagogiques a en effet ouvert une crise profonde. Pour en sortir, Il faudrait des moyens, une ambition, un respect non feint des personnels et des élèves. Bref, un véritable changement culturel et social. Or c’est tout le contraire que nous propose le très technocratique rapport Thélot. Si M.Fillon a déjà pris ses distances, préparons-nous néanmoins à ce que la réforme de ce printemps s’en inspire largement. Il faut donc y regarder de très près. Comme il faut regarder de très près cette rentrée soit-disant sans problème. En particulier la situation des enseignants précaires licenciés à tours de bras dans le plus grand mépris. Ce mépris que subissent aussi nos élèves sans-papiers quand ils disparaissent de nos classes en cours d’année... dans un silence gêné qui rappelle étrangement une autre époque de la droite au pouvoir. Mépris, encore, du droit de grève. Lui qui, conquis de hautte lutte, a permis depuis plus d’un siècle, aux salariés de travailler dans la dignité. Ce gouvernement fait actuellement tout pour en limiter la portée, au nom de la continuité d’un service public que les travailleurs s’efforcent, justement, de protéger par leurs luttes.

Mais c’est aussi dans l’Education nationale que le mépris de l’activité syndicale s’installe, quand l’arbitraire frappe celles et ceux qui résistent à la privatisation. Le combat de Roland Veuillet est à cet égard exemplaire. Il exige de notre part un soutien sans faille pour qu’après de multiples marathons de protestation, et 38 jours de grève de la faim, justice soit enfin rendue. Arbitraire aussi, le nouveau mode d’évaluation des personnels TOS, pourtant appelé à se généraliser si nous n’y résistons pas. D’ailleurs, la décentralisation du système de mutation des enseignants accorde désormais un pouvoir exorbitant aux recteurs, limitant drastiquement la mobilité géographique des personnels et les dépouillant d’une partie de leurs droits collectifs. Mais les élèves ne sont pas non plus épargnés : le droit à la scolarisation en maternelle vient ainsi d’être sévérement remis en cause tandis que les écoles primaires commencent à passer à la moulinette de la « rationalisation des moyens ».

Si le retour à l’ordre affiché par ce gouvernement n’est qu’un leurre, la dérégulation qu’il met en place est malheureusement bien réelle : vie précaire, éducation au rabais, concurrence mortifère, sélection continuelle, hiérarchie abusive... Un véritable chaos organisé dans l’intêret d’une minorité. Pour cesser de le subir, il faut d’urgence renforcer les résistances et accélérer la mise en œuvre de véritables alternatives. Dans nos établissements et nos écoles d’abord, au niveau national et international ensuite. La Fédération des syndicats Sud éducation se bat pour devenir l’une des pierre angulaires de ce renouveau des luttes. Par vos adhésions, vos votes et vos mobilisations, vous pouvez aussi contribuer à ce que l’arbitraire et le mépris n’aient pas plus droit de cité dans l’Education nationale que dans le reste de la société !