Ils survivent

entre l’espoir de la régularisation et la peur de l’expulsion ou dans le rêve de prendre la mer pour l’Angleterre
jeudi 12 mars 2009

Cherbourg offre l’exemple, comme partout en France, de « sans-papiers », de réfugiés, de demandeurs d’asile … qui vivent entre l’espoir de la régularisation et la peur de l’expulsion. Dans cette ville portuaire, certains d’entre eux vivent aussi dans l’espoir de prendre clandestinement la mer vers l’Angleterre. Deux associations, le Collectif contre le racisme et les idées d’extrême-droite et Itinérance, ainsi que le réseau RESF fédèrent accueil, mobilisations et aide humanitaire. Des syndicalistes de Sud éducation sont très impliqués dans ce travail.

La situation géographique de Cherbourg, lieu de passage vers l’Angleterre et l’Irlande, son histoire, les grands chantiers du Nord-Cotentin (EDF, COGEMA), l’arsenal, expliquent la présence d’une population étrangère (ou d’origine étrangère) sur le territoire de l’agglomération et de la partie nord du département.

Fusion de deux communes depuis 2000, préfecture maritime, sous-préfecture de la Manche, ville d’un peu plus de 40000 habitants, au centre d’une communauté urbaine de 88000, Cherbourg-Octeville est située à la pointe nord du département de la Manche, au bord de la mer, à quelques heures de l’Angleterre.

Le manque de diversité des activités économiques, la concentration des emplois dans les quelques « entreprises » majeures, l’arsenal et ses constructions de sous-marins, la centrale EDF de Flamanville, l’usine de retraitement de la Hague et l’hôpital, premier employeur de Cherbourg-Octeville, font que cette région offre aujourd’hui peu d’emplois. Octeville est d’ailleurs, au regard du taux de chômage et de pauvreté de ses habitants, devenue, il y a quelques années, une zone franche.

La Manche a été, dans la fin des années 70, et dans les années 80, un bassin d’emploi pour la main-d’œuvre étrangère, en majorité turque, mais aussi marocaine et, en moindre importance, algérienne. Les grands chantiers -centrale EDF de Flamanville et construction de l’usine de la Hague- ont entraîné « l’importation » d’une main d’œuvre étrangère et non qualifiée. La grande majorité de ces travailleurs a, ensuite, quitté la région vers d’autres chantiers en France. Une partie de cette population s’est implantée dans la région, particulièrement à Flamanville et à Cherbourg-Octeville.

Les « sans-papiers » de Cherbourg 

- Des membres proches ou éloignés des familles installées dans le Nord Cotentin (en lien avec les générations issues des grands chantiers) qui ont voulu rejoindre les leurs avec, le plus souvent, des visas touristiques et qui se retrouvent sans titre de séjour, la préfecture refusant de les régulariser, mais qui « bénéficient » d’un soutien « familial ». Ils viennent souvent aux permanences amenés par un membre de leur famille et ne sont pas forcément a priori « demandeurs d’asile ».
- De plus en plus souvent des mineurs isolés, fuyant des situations dramatiques (Chinois, Roumains …) et des majeurs, souvent des femmes seules, notamment Africaines, arrivées à Cherbourg par des réseaux de connaissances.
- Depuis 2004, il existe à Cherbourg un CADA (Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile) amenant des demandeurs d’asile, notamment géorgiens, russes, congolais… Les 85% qui sont déboutés du droit d’asile se retrouvent à la rue, sans papiers. Beaucoup ne sont pas francophones et avaient « choisi » la France pour l’image qu’elle avait (Pays des Droits de l’Homme !). Ils n’ont pas de réseaux de compatriotes anciennement installés pour les aider à trouver des perspectives de travail ou de logement.
- Particulièrement depuis la fermeture de Sangatte, des réfugiés (Irakiens, Iraniens, Afghans, principalement des Kurdes mais aussi des Africains anglophones) qui arrivent à Cherbourg, avec l’intention de rejoindre l’Angleterre ou l’Irlande.
- Et puis ceux qu’on ne connaissait pas, des travailleurs clandestins qui, probablement comme partout en France, fournissent une partie de la main d’œuvre non qualifiée, et dont on apprend l’existence au moment d’arrestations. On ne les voyait pas à nos permanences, ils sont certainement plus isolés en province qu’à Paris.

Commission fédérale Immigration/SansPapiers

Chambre avec vue

L’accueil des « sans-papiers » à Cherbourg

Collectif contre le racisme et les idées d’extrême droite :
Sud éducation, FSU, CGT, Itinérance, FCPE, LDH, Ligue de l’enseignement, Mouvement de la Paix, les Verts, NPA.

Réseau Éducation Sans Frontière (syndicats enseignants et associations de parents) :
- deux permanences hebdomadaires assurées à Sud éducation et à la FSU ;
- accueillir, renseigner, accompagner, apporter une assistance dans les démarches auprès de la Préfecture, de la DDASS, de la Mairie et une aide juridique ;
- sensibiliser, informer et mobiliser la population (manifestations de soutien aux familles d’enfants scolarisés, mobilisations contre les expulsions, pétitions…)

Itinérance (association humanitaire, loi 1901, créée en 2006 suite à la fermeture du centre de Sangatte et à l’arrivée massive de migrants à Cherbourg, membre du Collectif contre le racisme) :
- Aide humanitaire (alimentaire, sanitaire, médicale, matérielle et administrative)
- Suivi des dossiers de demandes d’asile
- relations avec les autorités.
- Le nombre de migrants a augmenté progressivement jusqu’en 2007, année durant laquelle une cinquantaine de réfugiés vivaient sur le camp. Suite à l’arrestation massive en Europe de passeurs irako-kurdes en juin 2008, le camp s’est vidé et les derniers Afghans réfugiés ont demandé l’asile. Mais Itinérance voit depuis arriver de nouveaux migrants et le camp demeure.

Sud éducation Cherbourg

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