Ils luttent ici ! Ils restent ici !

jeudi 25 mars 2010

Depuis le mois d’octobre, des milliers de travailleurs sans papiers, en France depuis des années, ont décidé de se mettre en grève et d’occuper leurs entreprises pour obtenir leur régularisation.

À travers cette lutte, ils dénoncent l’exploitation qu’ils subissent de la part du patronat, en particulier dans les secteurs du BTP, du nettoyage et de la restauration. Ce sont des milliers de travailleurs qui sont exploités à travers l’intérim comme main d’œuvre bon marché et corvéable à merci.

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Le hongrois

Par les temps qui courent, une grève d’une telle durée est exceptionnelle. L’État et le patronat comptaient sur l’essoufflement et le découragement pour venir à bout de ce conflit du travail, mais c’était sans compter sur la détermination des travailleurs sans papiers en lutte, à la mesure de la pression policière et sociale qui pèse sur eux. La circulaire imposée par Besson, sans même avoir consulté les travailleurs en lutte et leurs représentants, ne répond en rien aux revendications posées par le mouvement. C’est pourquoi ils continuent avec toujours autant de force et de détermination. Cette lutte collective a permis par ailleurs de mettre en lumière l’ampleur du phénomène de recours aux intérimaires sans papiers.

Si ce mouvement est soutenu et en partie organisé par « les Onze », la réalité de cette lutte est avant tout celle des travailleurs en grève soutenus par des comités de soutien locaux, des militants syndicaux, politiques ou tout simplement des voisins, des amis... Cette lutte quotidienne pour obtenir les fameux « Cerfas » permettant de déposer un dossier de régularisation par le travail est une incroyable expérience de partage, de rencontres, d’échanges et une grande leçon de vie collective et de générosité pour toutes celles et ceux qui passent et qui restent parfois sur les piquets.

Au quotidien, les grévistes organisent les collectes pour permettre de tenir, se réunissent en assemblées pour prendre les décisions d’un jour, de la semaine, de la suite à donner, rejoignent les autres piquets pour des actions (rassemblements, concerts, occupations, etc.), vont dans les réunions des comités de soutien, des syndicats, des délégués, des Onze...

Cette lutte de longue haleine semble parfois sans issue. Ainsi, un patron-voyou comme celui de Multipro dans le XXe arrondissement n’a pas hésité à frapper lui-même un gréviste et un membre du comité de soutien dans un rassemblement devant une de ses agences, puis à faire appel à des nervis pour agresser verbalement et physiquement celles et ceux qui dénoncent les pratiques esclavagistes du travail temporaire.

Et d’autres fois, après des semaines d’incertitude, les Sans Papiers prennent la décision de provoquer la négociation. Camara : « Nous sommes des grévistes sans papiers de l’entreprise ENM sous traitant de SPI. On a commencé depuis le 14 octobre soutenus par le syndicat Solidaires et le comité de soutien du XXe. La grève dure et jusqu’à présent on n’a pas eu de réponse concrète. Maintenant, on est venu occuper les locaux du siège de MCM/SPI le 3 mars 2010. Jusqu’à présent, on est toujours dans l’occupation jusqu’à obtenir les Cerfas pour notre régularisation ». Le patron a fini par accepter de s’asseoir à la table des négociations. Bakary : « Après 4 mois de lutte, les choses ont commencé à avancer grâce à l’occupation des locaux de MCM/SPI ».

Ce mouvement des Travailleurs Sans-Papiers, qui n’est qu’un des axes de la lutte pour la régularisation de tous les Sans Papiers est un révélateur du scandale de l’exploitation acharnée et massive mais aussi de la dignité et de la détermination des grévistes à dénoncer le capitalisme qui ne mène qu’à toujours plus de misère sociale et mentale.

Bakary : « On veut que le gouvernement bouge parce que nos camarades sont expulsés par la police par la force. Depuis le 12 octobre, certains grévistes n’ont pas leurs cerfas. Il faut que le gouvernement oblige les patrons à signer les cerfas avec les grévistes. On a aussi besoin de soutien, financièrement et moralement. Cinq mois bientôt sans travail ! On veut la régularisation de tous les travailleurs et travailleuses sans papiers. »

Sud éducation Créteil

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