Histoire radioactive

dimanche 12 novembre 2017

Il était une fois une charmante petite bourgade de montagne aux attraits multiples et variés. Soleil, activités de pleine nature, commerces bios, habitant-es conviviaux-iales, tout pour séduire, à l’exception notable d’un sous sol mortifère.

C’est à la fin du XIXe qu’on démontra, en effet, formellement, chez des mineurs en Allemagne, le lien entre exposition au gaz Radon et symptômes pulmonaires ; on sait aujourd’hui que ce gaz naturel radioactif généré par les sous-sols granitiques, volcaniques ou uranifères constitue la deuxième cause de cancers pulmonaires. Confrontés également dans plusieurs états aux émanations de Radon, en provenance des profondeurs, les Ricains se sont empressés d’établir des mesures, des normes, des appareils, des règles, une législation pour cadrer l’exposition des un-es et des autres à cette saloperie géologique. 200 Bq/m3 ou Becquerels par mètre cube d’air est, aujourd’hui, le seuil maxi de tolérance en Amérique du Nord. En ce qui concerne les enfants, malades et femmes enceintes c’est un peu au delà des préconisations de 100 Bq/m3 de l’OMS mais chacun fait ce qu’il peut, messieurs dames, et avec un seuil de tolérance de 400 Bq/m3, la France fait à ce niveau plutôt figure de mauvaise élève. On rétorquera que 31 départements « seulement » sont concernés et que la France devrait s’aligner sur les normes européennes de 300 Bq/m³, en 2018, mais en attendant, l’incolore et inodore poison s’accumule et s’inhale dans des milliers d’établissements.

Des taux de radon hors norme

Pour notre paisible petit village tout commence lorsque l’organisation syndicale Sud éducation 05 obtient, non sans difficultés en 2015, que l’obligation de mesures dans les établissements scolaires soit rappelée à l’ensemble des municipalités du département. Au conseil municipal du petit village, contrairement au reste du département, on joue le jeu et une société spécialisée est diligentée pour effectuer des mesures dans l’école au cours de l’hiver qui suit. Patatra...908 Bq/m3 dans le dortoir des petit-es.
Sud éducation 05 agite le drapeau rouge, services de l’éducation nationale et mairie du petit village réagissent ; les premiers expliquent que les mesures sont certainement biaisées par le mauvais temps des dernières semaines, appliquent pour la forme un petit coup de silicone entre les joins du carrelage, demandent au personnel de l’école d’éviter d’y coucher les minot-es et d’ouvrir régulièrement les fenêtres ; les seconds organisent une nouvelle série de mesures durant l’hiver 2016/2017 pour vérification.
Mauvais temps et silicone n’y peuvent rien et, malgré une volonté manifeste de la DSDEN 05 de faire disparaître sous le tapis les molécules de Radon, les nouveaux résultats tombent… ou disons plutôt qu’aidés par Sud éducation des parents d’élèves inquiet-es ont réussi à les obtenir par la bande et à les faire connaître : 1224 Bq/m3 !
Accompagneriez-vous votre chérubin, cartable au dos, jusqu’au portail de cette école en toute connaissance de cause ?
C’est la grise mine à la mairie, la loi impose une mise aux normes mais les devis tardent et la tentation de ne pas se précipiter à diligenter les onéreux travaux est grande. On est ric-rac comme partout, que voulez-vous ! Du côté des services de l’éducation nationale, responsables de la sécurité des élèves et du personnel, c’est également une épine dont on voudrait bien ne plus entendre parler ; peut être parce que des dizaines d’autres établissements pourraient être concernés par la présence de ce poison et que, là encore, on avait pas prévu d’affecter des moyens pour empêcher l’exposition des enfants et personnels. On est ric-rac comme partout, que voulez-vous !
Heureusement pour ces chères têtes blondes Sud éducation 05 a pu faire un signalement de danger grave et imminent au CHSCT départemental et l’école a été partiellement fermée mais, cherchez l’erreur, les enfants ont été déplacé-es dans la partie dont les taux de Radon ne sont pas connus..
Et l’histoire en est là ! La suite reste à construire, collectivement, pour que nous affrontions ensemble la réalité très grave de la présence de ce gaz dans 31 départements. Pour imposer que la loi soit respectée [1], pour que les obligations de mesures soient exigées et que l’exposition dans les bâtiments que nous fréquentons soit établie, nous avons besoin qu’une prise de conscience massive se fasse et que chacun-e y contribue.

Sud éducation Hautes Alpes


[1Art. R 1333-15 et 16 Code de la santé publique. Art. L4141-1 et suivants du Code du travail.