Histoire de la désobéissance en Mayenne : un imparfait en devenir ?

Témoignage d’un adhérent de Sud éducation
samedi 29 août 2009

Le mouvement des désobéisseurs en Mayenne a vu le jour lors de l’assemblée générale de la manifestation nationale du 20 novembre 2008 : durant cette AG et à l’initiative d’un groupe de Sud éducation 53, un texte de désobéissance, inspiré de la lettre d’Alain Réfalo, a été proposé aux nombreux collègues réunis.

Cette idée a soulevé une large approbation et il a été décidé à une écrasante majorité, que chaque collègue envoie aux syndicats de son choix, sa lettre de désobéissance dont le principal objet était le refus de mettre en place les deux heures d’aide personnalisée. Il avait été convenu en AG que les lettres seraient envoyées aux IEN seulement si elles représentaient un quart de l’effectif des enseignants Mayennais du premier degré.

Quelques semaines plus tard…peu de retours (51 lettres seulement) et de grosses divergences de points de vue lors d’une intersyndicale… Nous essuyons des reproches tels que « encourager des initiatives individuelles » et « mettre en péril des collègues » au motif que les instances syndicales nationales n’ont pas appelé à ce genre d’action… La démocratie participative c’est bien, mais sa réflexion doit être centralisée !

Début février 2009, un collectif de 27 collègues désobéisseurs (indépendant de tout syndicat) se crée mais les bases d’une lettre collective sont difficiles à rédiger : certains collègues, isolés dans leur équipe, ont déjà mis en place des dispositifs d’animation pédagogique pour effectuer leurs deux heures hebdomadaires ; pendant que d’autres ont profité de ce temps pour réaliser des enquêtes sur le rythme de l’enfant durant la semaine scolaire.

Des lettres de désobéissance sont donc envoyées début mars aux IEN avec des contenus différents, mais toutes remettent en cause l’allongement de la journée des enfants et le principe de l’aide personnalisée qui ne vise qu’à démanteler les RASED.

Certains IEN contactent les collègues désobéisseurs en essayant de faire pression, d’autres collègues sont inspectés et de vifs échanges s’ensuivent, l’argument suprême étant toujours « l’obligation de service » du bon fonctionnaire…

Enfin, une Inspectrice, sans doute beaucoup « plus consciencieuse » que ses compères, transmet les dossiers de 7 collègues à l’Inspecteur d’académie qui les convoque à tour de rôle, le mercredi 10 juin.

Après avoir essuyé le refus d’un entretien collectif, nous sommes montés, accompagnés d’un représentant syndical, dans le bureau de l’IA et de son adjoint. Celui-ci nous a assuré qu’il était là pour nous protéger, que nous étions tous de brillants enseignants mais que nous nous devions d’obéir aux instructions officielles sans quoi il devrait nous sanctionner… Comme nous avions décidé de garder le silence, chacun a eu droit au même monologue qui n’avait d’autre but que d’éviter les désordres dans le département !

Il nous a été accordé à la fin du propos, un délai de 3 jours pour promettre de rentrer dans les rangs à la prochaine rentrée.

Le nombre jouant bien contre nous et certains collègues ne pouvant se permettre d’être sanctionné financièrement, nous avons décidé, tous les sept, de capituler !

De l’amertume ?

Oui, dans le sens ou le courage n’a pas été au rendez-vous : une majorité de collègues déplorent le nouveau rythme, les programmes, l’aide personnalisée, les évaluations, mais le troupeau suit le démantèlement de notre école publique en se contentant de bêler !

Des leçons à tirer ?

Qu’il est difficile de faire remonter des propositions de « la base » : hormis Sud éducation, les autres syndicats ont vu d’un bien mauvais œil ce mouvement des désobéisseurs.

Et après ?

 Notre collectif en sommeil, bien qu’ébranlé, reste volontaire et il n’a pas dit son dernier mot… Par exemple si nous lancions un grand débat départemental avec des pédiatres, des chronobiologistes sur l’allongement de la journée scolaire...

Sus éducation Mayenne

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