Guyane en colère

Déclaration des enseignants de l’Ouest et du Fleuve
 mars 2001
mis à jour dimanche 3 avril 2005

Les enseignants de l’Ouest Guyanais et du Fleuve ont décidé de suspendre le mouvement de grève à compter du lundi 12 mars.

Après 8 semaines de combat pour une école de qualité et pour tous en Guyane, cette décision a été prise collectivement par les enseignants avec un peu d’amertume, de la colère mais surtout beaucoup de fierté.

L’amertume est peut être pour nous même, enseignants, qui pensons que notre combat est juste mais reste encore inachevé et sans aboutissement visible. Alors que l’immense majorité de la population en Guyane s’est sentie solidaire des idées que nous avons défendues. Amertume aussi de ne pas nous s’être suffisamment fait comprendre et entendre.

La colère s’adresse à ceux qui ont la charge du système éducatif en Guyane et qui par trois fois au moins nous ont mentis.

1) en prétendant qu’ils avaient scolarisé tous les enfants de Guyane,

2) en affirmant par écrit qu’une délégation interministérielle viendrait apporter des réponses concrètes aux problèmes du système éducatif en Guyane,

3) en proclamant à plusieurs reprises que la Guyane serait une région favorisée parce que bien dotée en postes.

Celui qui dit cela alors que nous avons le record de France de l’échec scolaire, que nous sommes le seul département à avoir non pas des centaines, mais des milliers d’enfants qui ne peuvent bénéficier du droit élémentaire et sacré d’aller à l’école, est aveugle et sourd et n’est plus la personne qualifiée pour parler de l’éducation en Guyane. Parler de mépris, non seulement des enseignants mais surtout des enfants, devient alors une évidence.

Cette colère est aussi dirigée contre un ministre et contre l’état, qui, par courrier dit nous comprendre mais n’a rien fait d’autre que d’attendre.

Enfin notre colère s’adresse à ceux qui par lâcheté ou par calcul, ont regardé les choses se faire sans rien dire. Pire, certains ont préféré se demander qui faisait grève plutôt que de se poser la question, pour qui et pourquoi cette grève. Développer la Guyane c’est d’abord éduquer les enfants de Guyane, tous les enfants de Guyane.

Mais c’est surtout avec de la fierté que les enseignants de l’Ouest suspendent leur mouvement. Fierté d’avoir utilisé notre seule arme, la grève, avec dignité, pour une cause qui était et reste juste, celle des enfants. Fierté d’avoir donner de l’espoir à ces mères et à ces pères du bord de la route et du bord du fleuve. Fierté d’avoir fait comprendre que nous ne voulions rien pour nous-mêmes sinon du respect. L’avenir nous appartient à tous.

Enfin nous tenons à remercier ces milliers de gens de Guyane qui par de simples gestes nous ont encouragés et soutenus. Et nous devons aussi saluer ceux qui ont su aller au-delà des pesanteurs pour braver des consignes incompréhensibles. Sans la solidarité d’une partie des collègues du secondaire, nous ne serions pas allés aussi loin et fort. Des élus et parfois non des moindres ici dans l’Ouest, mais aussi des chefs coutumiers, sont venus et resterons, nous l’espérons, à nos côtés. Qu’ils en soient publiquement remerciés ! Et puis il y a ceux de nos collègues qui n’ont pas pu ou su s’insérer dans le mouvement mais qui souvent pensaient comme nous. Pour les combats futurs nous aurons besoin de tout le monde, que nous ayons fait un jour ou 8 semaines de grève.

Nous retrouverons nos classes lundi 12 mars, avec tous ces sentiments mêlés, pour nos élèves et aussi en pensant à ces enfants que nous ne pouvons pas avoir dans nos écoles.

Il y a de multiples formes pour continuer ce combat. Nous espérons avoir l’énergie de le faire... Avec les parents, avec les élus, avec tous ceux qui veulent une école de qualité en Guyane.

Les enseignants de l’Ouest et du fleuve sont bien décidés à continuer à faire entendre leur voix.

- D’abord en restant solidaires entre nous face aux pressions et menaces d’une administration revancharde.

- En favorisant la mise en place de structures de type associatif pour défendre le droit à l’éducation et plus largement pour promouvoir la citoyenneté.

- Ensuite en nous organisant entre enseignants de l’Ouest et du Fleuve, en nous exprimant en tant que tel et en demandant à être représentés partout où vont se décider des mesures concrètes.

- En demandant la tenue ici dans l’Ouest , le plus vite possible, d’états généraux de l’enseignement avec tous les partenaires concernés .

- Enfin en continuant à agir : mobilisation un jour par semaine, débrayages, grèves, rencontres, initiatives de débats, manifestations.

Nous ne faisons pas notre deuil d’une école meilleure en Guyane.

Le 9 mars 2001

Les enseignants de l’Ouest et du Fleuve.

Déclaration adoptée à l’unanimité par l’assemblée générale des enseignants de Saint Laurent du Maroni le vendredi 9 mars 2001.

Cette déclaration est proposée, dans les prochains jours, à la signature de l’assemblée générale des enseignants de Awala-Yalimapo , Mana,(et Javouhey) , Apatou , Grand Santi, Papaïchton, Maripasoula (et Elahe , Cayode, Twenke-Taluwen, Antecume Pata et Pedima).

Elle a été lue solennellement devant le recteur de l’académie de Guyane par les représentants syndicaux vendredi 9 mars 2001 à Cayenne.