Grève de la faim des prisonniers politiques palestiniens

lundi 16 août 2004
mis à jour samedi 8 septembre 2007

Les prisonniers palestiniens ont entamé le 18 août une grève de la faim dans les prisons israéliennes, pour protester contre leurs conditions inhumaines de détention et exiger le respect par Israël des conventions internationales relatives aux personnes emprisonnées : arrêt des mauvais traitements et tortures, droit de visite des familles, cessation des fouilles humiliantes au corps à chaque entrée et sortie des cellules, de la destruction des affaires personnelles, respect du droit à la santé, aux études, à la lecture...
Une campagne internationale de solidarité est organisée à la demande du Comité des Familles de prisonniers : chacun-e peut adresser aux autorités israéliennes un courrier de protestation, avec copie au Comité. C’est très important pour soutenir les prisonniers dans leur lutte pour leurs droits.


7300 Palestiniens détenus actuellement (sur une population de 5 millions de Palestiniens vivant en Cisjordanie et à Gaza) dans 24 prisons, parfois de simples tentes en plein désert du Néguev :

- 5996 sont emprisonnés depuis la 2ème Intifada (an 2000)
- 1732 ont été jugés : 393 condamnés à la prison à vie, 313 à + de 15 ans, 298 à + de 10 ans
- 3139 sont en attente de jugement, parfois depuis plusieurs années
- 1125 sont en détention administrative, sans aucune perspective de jugement.

100 femmes sont actuellement détenues

- 18 d’entre elles sont mères et 2 ont accouché en prison, leurs bébés sont détenus avec elles.

Depuis la 2ème Intifada, 2500 enfants entre 12 et 18 ans ont été arrêtés

- 476 sont emprisonnés ; une centaine d’entre eux a moins de 16 ans
- 205 ont été jugés, 233 sont en attente de jugement
- 41 d’entre eux sont malades.

Plus de 110 prisonniers sont morts en prison depuis 1967 : 68 suite aux violences subies et 31 pour manque de soins.

Sur les 6000 détenus depuis 4 ans, 1000 souffrent de problèmes de santé peu ou pas soignés

- 97% des détenus sont battus
- 83% subissent le supplice du sac sur la tête et de la suspension par les bras
- 89% celui de la station debout prolongée
- 90% sont privés de sommeil.

[Source : Ministère Palestinien des Prisonniers, rapport de juillet 2004
Chiffres publies par le journal El Ayam, date du 4 août 2004]


Mise à jour du 25 août : Informations sur la situation des prisonniers palestiniens au 6e jour de la grève de la faim illimitée.

1-L’administration pénitentiaire israélienne a supprimé le moindre objet aux prisonniers, à savoir : le savon, les brosses à dents, les cigarettes, les livres, les journaux, les matelas et les bouteilles d’eau... Il ne leur reste plus que leurs vêtements. Ils ne peuvent pas écrire à leur famille, se laver, et ils doivent se lever et marcher afin de pouvoir boire de l’eau, ce qui sollicite un grand effort alors qu’ils n’ont pas mangé depuis 6 jours.

2-Des dizaines de prisonniers souffrant de maladies sont desormais privés de leurs traitements médicaux et l’accès aux hôpitaux leur est refusé.

3-L’administration pénitentiaire change les prisonniers au moins 2 ou 3 fois par jour de cellules et les fouille parfois très violemment plusieurs fois par jour. Les Palestiniens repérés comme pouvant être des leaders sont automatiquement placés en cellule d’isolement.

4-Avant la grève de la faim, les prisonniers pouvaient sortir de leurs cellules deux fois par jour pendant une heure pour se promener dans la cour. Depuis le debut de la grève, ils ne peuvent plus sortir de leurs cellules.

5-Avant cette grève de la faim, les prisonniers subissaient des controles médicaux ; aujourd’hui ils en sont soit totalement privés, soit on leur ment à propos de leur etat de santé pour les pousser à la colere et l’inquiétude.

6-Ramleh est un centre de détention où sont regroupés les prisonniers en attente de procès, d’hospitalisations ou même de répartitions dans d’autres prisons. Les détenus sont entassés pour des durées plus ou moins longues dans des espaces exigus avec un verre d’eau par jour à boire.

7-Les avocats ont beaucoup de mal à obtenir un droit de visite auprès des prisonniers ainsi que des nouvelles de leur état de santé physique et moral, etant donné que les familles sont désormais interdites de visites.

8-Afin de briser le moral et l’élan des grévistes, l’administration pénitentiaire diffuse sur des télévisions des images de prisonniers en train de manger et notamment du très célèbre Marwan Barghouti, filmé secrètement anterieurement à cette grève, dans le but de leur faire croire que le mouvement n’est pas suivi et de désolidariser les grévistes.

Chaque minute, chaque heure, chaque jour qui passent deviennent de plus en plus douloureux et effrayants pour les familles des prisonniers. Chaque être humain doit se sentir concerné par l’horreur et l’urgence d’une telle situation. Le respect des droits de l’homme les plus élémentaires nous concerne tous, utilisons chaque instant de nos vies pour combattre l’inhumanité.

Merci de transmettre cet appel à tous vos contacts, associations, organisations.

Le Comité vous appelle également à organiser une journée d’actions de solidarité internationale avec les prisonniers palestiniens, le samedi 4 septembre 2004.

Il vous remercie de lui faire part de toutes vos initiatives.

Pour le Comité, Mahmoud Ziadi
Secrétaire Général

Ramallah, le 4 août 2004

Families Committee of Political Palestinian Prisoners
Mahmoud Ziadi
P.O.B. 2151
Ramallah - West Bank - Palestine
e-mail : alhureih@yahoo.com
fax : +972 2 296 04 47


Dernière minute : les fausses nouvelles de France-Info (samedi 28 août 2004)

France-Info a annoncé ce samedi soir à 21h que les prisonniers de Ramallah avaient cessé la grève après avoir obtenu satisfaction sur les droits de visite des familles et l’arrêt des fouilles au corps (aucune confirmation au journal de France-Culture à 22h, ni dans les dépêches du Monde ou de Libé sur le net...).

Je viens d’appeler Mahmoud Ziade, Responsable du Comité des Familles de Ramallah : rien de cela n’est vrai.

Ce qui s’est passé à la prison d’Ashkelon (et seulement dans celle-là) est que, la direction de la prison ayant accepté d’ouvrir des négociations avec les représentants des prisonniers, ceux-ci ont décidé, à partir d’aujourd’hui et jusqu’à lundi, de boire du lait ou du jus de fruit (et rien de plus).

Pour le moment, rien n’est acquis sur les revendications, c’est juste un geste de la part d’Israël auquel les prisonniers d’Ashkelon ont répondu par un autre geste, limité dans le temps. Aucun accord n’est intervenu. Israël peut tenter par cette feinte de casser la grève, comme cela peut être au contraire le signe d’un fléchissement de l’intransigeance affichée jusque-là.

Pendant ce temps, et après 14 jours de grève de la faim, la situation sanitaire est de plus en plus difficile, pour les prisonniers malades en particulier.

Mahmoud dit qu’il y a eu de grosses manifestations à Ramallah et à Abu Dis. Les familles continuent à se mobiliser fortement pour soutenir la grève des prisonniers, même si les mères et les pères craquent sous les tentes.

C’est le moment de mettre les bouchées doubles pour faire monter la pression internationale et réussir la journée internationale de solidarité le 4 septembre.


info de dernière minute...

Mahmoud Ziadeh, responsable du comité des familles de prisonniers de Ramallah, vient de me confirmer ce que l’agence Reuters avait annoncé cet après-midi : tous les prisonniers palestiniens ont stoppé leur grève de la faim dans l’ensemble des prisons [ à l’exception de Marwan Barghouti, parce qu’il est en cellule d’isolement et qu’il vient d’être condamné à + d’un an de ce régime ! ]

Les résultats des négociations (qui ne sont pas terminées, et se poursuivront dimanche) ne sont pas clairs pour l’instant, Mahmoud dit que les infos sont contradictoires selon les sources. Dimanche également, les avocats visiteront les prisonniers et on en saura donc davantage sur leur situation. Les prisonniers veulent exercer un contrôle sur l’application des accords.

Le comité des familles demande qu’on n’arrête pas les mouvements de solidarité prévus en Europe samedi 4 septembre, car il ne faut pas relâcher la pression et la société palestinienne sera elle-même mobilisée samedi (concerts de casseroles dans les rues aux lumières des lampions).

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