Femmes dans l’Éducation nationale : une pénibilité rarement reconnue

mercredi 20 janvier 2010

La prise en compte du genre dans l’ergonomie au travail est récente. Or, pour améliorer les conditions de travail et donc la santé des personnels, il est intéressant d’analyser la pénibilité du travail en fonction du sexe. Généralement, les travailleurs/euses de l’Éducation nationale sont considéré-e-s comme des privilégié-e-s. Or, il n’en est rien.

L’Éducation nationale est largement féminisée, même si cette tendance s’inverse à mesure qu’on s’élève dans la hiérarchie. Les femmes sont majoritaires chez les personnels administratifs, dans le premier degré (81,3 %), moins dans le second degré (57,5 %), et minoritaires dans le supérieur (37,1 %) ou encore l’encadrement. Quelles sont les pénibilités spécifiques qui touchent les femmes dans notre milieu professionnel ?

Enseignantes

Pourquoi parler de pénibilité au travail pour les enseignantes en particulier ? Le métier est réputé peu accaparant et les femmes qui l’exercent auraient une disponibilité temporelle importante. Aussi, les enseignantes ont-elles des scrupules à se plaindre. Mais il y a une méconnaissance du travail qui fait mal du fait de l’invisibilité des tensions qui se jouent dans l’activité des femmes. Bien qu’il y ait peu d’accidents du travail ou de maladies professionnelles reconnues, on constate, selon une étude sur les enseignantes du 1er degré :
- des troubles musculo-squelettiques très présents ;
- des problèmes circulatoires réels en raison d’une station debout continue ;
- des problèmes cardiaques, de peau, d’allergie (manipulation de la craie, etc.).

À cela s’ajoutent des problèmes de stress importants, liés à l’activité multi-fonctionnelle, un sentiment d’épuisement en fin de carrière. Les inspections infantilisent et créent le doute quant à sa propre efficacité. En cas de mauvais rapport, alors que les hommes ont des réactions vives, comme quitter le métier, prendre de nouvelles fonctions, de nombreuses femmes intériorisent et vivent souffrance et détresse.

De plus, contrairement à d’autres professions, il existe une proximité des rôles de la femme dans le champ du travail et dans celui du privé qui ne permet pas une réelle coupure : pour beaucoup, elles retrouvent des enfants à la maison. Parlons aussi de leur fameuse « disponibilité temporelle » : comme, en plus des enfants, elles effectuent en grande partie les tâches ménagères, elles se voient contraintes de ne reprendre que tard le soir leurs préparations professionnelles.

Femmes et hommes confondus, c’est chez les enseignant-e-s qu’on trouve le deuxième taux de suicides liés au métier le plus élevé.

Non-enseignantes

Les non-enseignantes (agents administratifs, OAE : Ouvrières d’Accueil et d’Entretien, etc.) sont assujetties à de multiples échelons hiérarchiques : chef d’établissement, intendant-e, chef des travaux, agent chef, chef cuisinier, sources de stress et de soumission acquise. De plus, elles sont souvent déconsidérées par les autres personnels, notamment les enseignant-e-s, qui ne les voient pas comme des collègues à part entière, ce qui renforce un sentiment d’infériorité générateur de souffrance. Ces emplois concentrent de nombreuses précaires, souvent à temps partiel. Pourtant, elles doivent faire le même travail qu’un-e titulaire mais sans avoir le même salaire ni l’espoir de pérenniser leur emploi. Les OAE sont majoritairement des femmes et dans certaines régions ou grandes villes, les non-titulaires sont souvent des femmes issues de l’immigration qui cumulent donc les difficultés.

Les OAE sont particulièrement touchées par des pathologies ostéoarticulaires et un vieillissement précoce. Dans les nouveaux établissements construits selon les normes HQE (Haute Qualité Environnementale) on utilise moins de produits toxiques, ce qui est un « plus », mais ces produits écologiques rendent la tâche du nettoyage plus difficile : il faut frotter plus, plus longtemps. Or cette spécificité n’est pas prise en compte. La charge de travail des agents d’entretien, déjà augmentée par les suppressions de postes, se trouve accrue.

Elles subissent également des horaires décalés : présentes tôt le matin et/ou tard le soir.

Les administratives, comme les personnels d’entretien, sont également victimes de la « mauvaise réputation » de l’Éducation nationale : quand on y bosse on est taxé de « planqué-e ». Or elles sont polyvalentes et doivent s’acquitter d’une multitude de tâches. De plus, elles sont souvent les intermédiaires entre les différents publics : parents, enseignant-e-s, niveaux hiérarchiques directs et servent de tampon ou de punching ball, de déversoir de doléances plus ou moins acerbes, subies comme autant de sources de stress. À cela se greffent les problèmes spécifiques des employé-e-s de bureau : problèmes de dos, troubles visuels provoqués par le travail sur ordinateur...

Enfin, pour toutes, enseignantes et non-enseignantes, il ne faut pas oublier une autre dimension de la sphère personnelle : la double journée et, tôt ou tard, la prise en charge des aîné-e-s (faite à 80 % par les femmes) qui est largement chronophage.

Commission droit des femmes

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