Face aux lois sécuritaires... refusons de nous taire !

 janvier 2003
mis à jour dimanche 6 mars 2005

Si la stigmatisation policière des plus démunis a une longue histoire dans les sociétés industrielles, les attentats de New York contre les tours de Manhattan en septembre 2001 ont été largement instrumentalisés par le gouvernement Jospin pour justifier une surveillance policière accrue de toute une partie de la population. La recherche de Ben Laden, sur le modèle du western, étalée chaque jour à la télévision et sur les ondes, s’accompagnait logiquement d’un discours sur la sécurité de proximité par lequel chacun devient potentiellement une inquiétude pour tous. Les dispositions " en vue de renforcer la lutte contre le terrorisme " se sont alors déclinées en mesures policières contre les populations marginalisées par le chômage, la relégation sociale et le racisme ordinaire. Dans les banlieues, "l’ insécurité" est devenue le nouveau nom de la jeunesse.

Ainsi, à la suite de Chevénement sur le dossier des Sans-Papiers, la gauche plurielle s’est mise à penser avec les armes "théoriques" -l’amalgame, l’approximation, la démagogie, le clientélisme électoral-, de ceux qui devraient être ses adversaires politiques, au premier rang desquels : le Front National. Toute la campagne des dernières élections présidentielles a porté sur la sécurité et sur ce prétendu droit à la sécurité dont on ne peut savoir ce qu’il recouvre puisque justement il ne correspond à aucune catégorie du droit. La seule sécurité que nous pourrions revendiquer déclinerait le triptyque "un emploi, un toit, des droits", mais ce n’est bien sûr pas de cela dont il s’agit puisque les populations particulièrement stigmatisées par les lois sécuritaires sont justement celles qui sont le plus souvent privées de ces droits. Tous les candidats aux présidentielles sont venus se situer sur ce terrain et bien peu ont accepté de ne pas s’y laisser entraîner. La démagogie électorale a ainsi fait de la jeunesse, et particulièrement de la jeunesse issue de l’immigration, la cible de toute la classe politique.

La mayonnaise a pris, et elle a tellement bien pris que l’arroseur s’est vu arrosé et que Le pen s’est retrouvé au second tour sans avoir ouvert le bec et cela au nom du principe selon lequel l’original est toujours préférable à la copie. La droite aujourd’hui au pouvoir voit donc sa politique sécuritaire légitimée par la présence de l’extrême droite au second tour d’une élection majeure. Le consensus est aujourd’hui établi, même s’il repose sur un mythe, véritable machine à fabriquer des classes dangereuses et donc à légitimer un contrôle social généralisé. Et le réaliste Vaillant d’invoquer "une continuité" entre la politique de Sarkozy et la sienne (Le Monde 7 octobre)...

Le tout sécuritaire de la Loi de Sécurité Intérieure permet à Sarkozy d’être la vedette médiatique de la droite française, de faire taire Le Pen tout en travaillant à la lepénisation des esprits. Au nom de la " tolérance zéro " et de l’idée que ceux qui n’ont rien à se reprocher n’ont rien à craindre, tout devient possible dans la mise en place d’une société sous surveillance qui conduit à la bunkerisation de la vie et fait de la misère un délit. Dans cette logique, l’Education Nationale n’est pas épargnée (Centres fermées pour la jeunesse la plus en difficulté, grilles autour des établissements scolaires dits " sensibles ", pénalisation des comportements " déviants " dans les établissements scolaires, vision sécuritaire et uniquement sécuritaire des tâches des personnels attachés à la vie scolaire).

Alors que des millions de personnes vivent en France sous le seuil de pauvreté, et pour la plupart en travaillant, les ministres doublent leur salaire et criminalisent la mendicité et plus largement la pauvreté. Leur politique consiste à dresser les catégories exploitées et dominées les unes contre les autres. Derrière cela c’est bien le renforcement d’une justice de classe qui est à l’œuvre et c’est sur ce terrain que nous devons répondre.

La politique sécuritaire de Chirac, Raffarin et Sarkozy met sous surveillance des pans entiers de la population et particulièrement cette partie qui est aujourd’hui inutile (surnuméraire) au développement du libéralisme. Elle fait des milliers de jeunes délaissés dans la relégation scolaire, des étrangers -avec ou sans papiers-, des pauvres, des chômeurs de longue durée, des prostituées victimes des réseaux mafieux, des gens du voyage dont la mobilité volontaire dérange, autant de catégories qui viendraient troubler la quiétude des bons citoyens (des "gens d’en bas" comme ils disent) qui, eux, sont justement intégrables au développement libéral des sociétés européennes pour peu qu’ils abandonnent les positions gagnées par le salariat grâce à des décennies de luttes.

Le pendant de cette mise sous surveillance des laisser pour compte du libéralisme consiste dans le renforcement de la criminalisation des luttes sociales et de ses acteurs militants qui, justement par leur mobilisation, tentent de troubler l’ordre sécuritaire dont le libéralisme a besoin. La nouvelle condamnation de José Bové pour entrave à la loi du profit que constitue le marché des OGM vient justement nous le rappeler. Elle intervient après la condamnation de Michel Beurrier (militant CGT du Puy de Dôme) en 1999 pour son soutien aux Sans-Papiers. Elle intervient après la condamnation de Alain Hébert (militant CGT à Cherbourg) en octobre dernier.

Elle intervient après la comparution devant les tribunaux de trois collègues marseillais tabassés par les flics lors d’un "simple contrôle de routine" et transformés en agresseurs. Elle intervient après la condamnation et l’emprisonnement de Ahmed Meguini présent au rassemblement "No Border" à Strasbourg en juillet 2002. Elle intervient après la convocation de Pascale T., syndicaliste enseignante, devant le Tribunal de Grande Instance de Paris. Elle est accusée de s’être débattue lors d’un rassemblement dispersé par la police. Elle intervient au moment où de nombreux camarades des mouvements de chômeurs se retrouvent devant les tribunaux pour avoir mis en pratique leur revendication de gratuité des transports en commun. Elle intervient après l’arrestation de plusieurs dizaines de militants en Italie au lendemain du Forum Social de Florence.

Il est de notre responsabilité de ne pas laisser cette liste s’allonger, de participer aux différentes manifestations contre la politique sécuritaire du gouvernement et de susciter la mise en place de collectifs militants pour résister à ce nouveau recul des libertés que tente d’imposer la droite "berlusconnienne" en France et en Europe.

SUD-Clermont Ferrand.

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