Évaluer pour construire ou évaluer pour détruire ?

samedi 21 janvier 2012

L’école est à l’image de la société qui l’organise. L’école d’aujourd’hui est à l’image du capitalisme ambiant et génère les inégalités dans les classes, reflétant celles que l’on retrouve dans la société.

Cette école des inégalités se modère quelque peu par des contre-influences de différents types :
- la société civile qui a permis la création d’une école publique ;
- les enseignants qui ont espéré et tenté de créer une école libératrice, voire émancipatrice ;
- les associations pédagogiques qui ont repensé l’organisation de la classe et les apprentissages ;
- la science et en particulier la recherche en psychologie cognitive (Piaget, Vygotsky, Bruner…) qui a amené une réflexion en profondeur sur la question des savoirs et de leur construction.

École publique et enjeux

L’école française, maternelle et primaire, se caractérise par deux choses.
- elle est publique et gratuite ;
- elle permet une approche pédagogique socio-constructiviste des apprentissages.

Ce sont ces deux caractères qui aujourd’hui sont la cible de bien des affairistes. La gratuité gêne alors que l’éducation pourrait générer des profits : les « boîtes à soutien », les cours par correspondance fleurissent un peu partout. La pédagogie va devenir un enjeu stratégique pour transformer l’école publique en une entreprise comme les autres.

Tous les points d’appui pour privatiser l’école se prévalent du domaine pédagogique : « On va travailler pour le bien-être des élèves ».
- on assiste à un recentrage des programmes en 2008 ;
- on crée un « socle commun » présenté comme le minimum que tout élève doit réussir à faire, à savoir  ;
- on remplace les vieux carnets de notes simplificateurs ne prenant jamais en compte l’élève dans son métier d’apprenant, par des livrets de compétences ;
- on va évaluer !

Prises les unes en dehors des autres, toutes ces « réformes » peuvent paraître partie prenante du champ pédagogique. Quel est l’enseignant qui n’a jamais évalué ses élèves ? Concaténer des évaluations pour permettre dans une zone géographique donnée, d’observer les items les plus ratés pour réfléchir comment y remédier, quelles pédagogie et didactique mettre en place pour progresser… Tout cela peut paraître en effet source de progrès et de réflexion.

Évaluer pour mieux privatiser

Mais sous couvert de pédagogie, ce qui se met en place est bien moins dans l’intérêt de tous que dans l’intérêt de faire des profits pour certains. On pourrait ici débattre du concept de compétence selon qu’on se place du point de vue pédagogie ou entreprise. De même on pourrait aussi opposer des programmes faisant la part belle au béhaviorisme ou au socio-constructivisme… Mais, attachons-nous plus précisément à l’évaluation et ses conséquences sur l’avenir de l’école.

Si on peut parler d’évaluations formatives, ou d’évaluations sommatives, l’évaluation nationale aujourd’hui des CE et CM ne rentre pas vraiment dans ce cadre là. Elle est «  socio-destructiviste ».

Il nous suffit pour ça d’écouter notre ministre de l’Éducation nationale. En effet cette grande campagne n’a pas vraiment pour but d’aider les enseignants à faire le point sur leurs élèves mais à diviser, privatiser. Ainsi les évaluations nationales vont permettre de comparer les écoles entre elles : les écoles qui réussissent et celles qui ne remplissent pas leurs objectifs. Luc Chatel lors d’une interview aux Echos le 18 novembre 2011 le précise bien  : À la question du journal : « Faut-il rendre publics les résultats des évaluations des élèves par établissement  ? », il répond : « À terme, c’est nécessaire. (…) Mais il faut pour cela mettre en place des outils totalement objectifs. (…) Je ne suis pas contre le recours à un organisme indépendant ».

Comparer et choisir son école n’est ce pas là ce qu’on appelle la concurrence ? D’autant que le ministre désire bien en finir avec la carte scolaire : « Ce sera sans doute le point final d’une réforme en profondeur du système éducatif. C’est la liberté de choix des parents. Cela ne peut se faire que le jour où l’on aura des indicateurs totalement transparents et objectifs. C’est le cap qu’il faudra poursuivre ».

Rajouter à ce cocktail la suppression massive de postes, la fin de la formation des enseignants, la hiérarchisation des équipes pédagogiques, le regroupement des écoles en établissements qui signerait la fin de l’école publique pour en faire une entreprise d’éducation.

À nous de nous y opposer !

Sud éducation Côtes d’Armor