En Guyane, la fusée décolle, toujours pas l’école

samedi 15 novembre 2008

La Guyane a le taux de fécondité le plus élevé des Amériques… Le taux de chômage frise les 30%... La scolarisation y est souvent plus tardive… 3000 enfants ne sont pas scolarisés…

Nous manquons d’équipements, de matériel et d’établissements…

Un enseignant sur cinq n’est pas titulaire… La majorité des élèves n’a pas le français pour langue maternelle. Plus d’un élève sur deux entre au collège sans maîtriser correctement le français et/ou la lecture. Le taux d’échec aux évaluations de CM1/CM2 est de 80%. Sur dix jeunes d’une classe d’âge, trois obtiennent le Bac, cinq sortent du système éducatif sans qualification.

L’annonce de la baisse des moyens met le feu aux poudres !

En mars, premiers signes de mécontentement : collèges de l’Ouest en grève et rencontres houleuses avec le Recteur, qui reste complètement sourd aux revendications.

Le 20 mai, décision est prise d’occuper le parking du Rectorat de la Guyane. Sur place, élèves, parents d’élèves et enseignants de l’Ouest sont immédiatement rejoints par de nombreux enseignants des communes du littoral. Ce même jour, l’intervention musclée de la police venue pour évacuer les véhicules des personnels du Rectorat renforce l’unité des grévistes. Durant 18 jours, le Rectorat est occupé jour et nuit : une occasion opportune de débats entre tous les personnels, qui s’y relaient, venant parfois de communes distantes de 250 Km !

Le Rectorat, complètement fermé pendant 10 jours, se révèle alors parfaitement adapté à une occupation « équatoriale » : nous tendons nos hamacs sous le bureau du Recteur !

Au petit matin du septième jour d’occupation, les forces de l’ordre tentent de nous déloger sous prétexte de permettre la reprise du travail des administratifs : ces derniers refusent alors de reprendre le travail dans ces conditions !

L’occupation est relancée, doublement légitimée par la grève relancée par les personnels de l’intérieur même du Rectorat ! Vers midi, sous les klaxons des automobilistes et les applaudissements des grévistes, les forces de l’ordre sont reconduites à la sortie…

Deux jours plus tard, suite à un appel à la grève unitaire, des manifestations dans toute la Guyane réuniront jusqu’à 3000 personnes…
Dans le même temps se tiennent des assemblées générales régulières, une plate-forme revendicative intersyndicale est adoptée : nombre de postes correspondant aux besoins, titularisation et formation des enseignants contractuels, stabilisation des effectifs par classe, augmentation des options au baccalauréat, rénovation des filières, refus des heures supplémentaires…

Dès le début du mouvement, la population nous apporte un soutien énorme : occupants ravitaillés tous les jours, salués régulièrement par les automobilistes. La conception non corporatiste du mouvement explique cette popularité, les personnels se mobilisent pour l’école et les enfants de Guyane. Les actions pacifiques et symboliques le rappellent : journée « Tous en rouge pour montrer notre colère », tenue de deuil lors d’un lancement de la fusée, tracts, banderoles sur tous les ronds-points, occupation de l’inspection académique, concerts… Les médias locaux relaient l’information, mais leur présence est plutôt ambiguë : messages diffusés, mais souvent de manière tronquée surtout quand le Recteur apparaît pour nous contredire. Les médias nationaux mettront, eux, près d’un mois à s’intéresser au mouvement.
De leur côté, les élus font tout pour que le Ministère réponde à nos revendications. À deux reprises, Chantal Berthelot, députée de la deuxième circonscription, tente d’interpeller M. Darcos : à chaque fois des secrétaires d’État se substituent à lui. Durant tout ce conflit, il ne se donnera jamais la peine de répondre en personne.

« L’école bananière de la république »

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L’école bananière de la république

Il faut croire que l’école de Guyane n’est plus gérée par le ministère de l’Éducation nationale mais par celui de l’Outremer. Alors que nous demandions une réponse du Ministre - le Recteur s’étant enfermé dans un autoritarisme qui excluait toute discussion - c’est finalement Yves Jégo, Secrétaire d’État chargé de l’Outre-Mer, qui reçoit en Guyane la délégation académique. Pour nous, les choses sont claires : il y a, de toute évidence, deux systèmes éducatifs, celui de la métropole et celui que nous appelons ici « l’école bananière de la république ». Au bout du compte, seules des promesses sont obtenues et rendez-vous est pris en septembre…

Au sein de ce mouvement, les militants de Sud éducation ont joué un rôle majeur en montrant une grande crédibilité dans la lutte. Ils ont le plus souvent été épargnés dans un certain discours anti-syndicaliste tenu par de nombreux grévistes non-syndiqués, las des lourdeurs et des manipulations négociatrices de certaines organisations. Le mouvement, de fait, a quelque peu modifié le paysage syndical guyanais, au sein duquel désormais Sud éducation occupe une place plus importante.

Sud éducation Guyane


La suite de la mobilisation sur le blog du collectif