Direction d’école

Nous risquons de perdre beaucoup.
 décembre 2001
mis à jour dimanche 3 avril 2005

Depuis les débuts de l’Ecole Publique en France, chaque école constitue une entité pédagogique propre. Dès ses origines, le syndicalisme des enseignants s’est constitué contre le pouvoir hiérarchique des directeurs. Aujourd’hui, les écoles maternelles et primaires sont des lieux de travail sans direction hiérarchique. Il y a là une position que nous devons défendre car elle permet le débat égalitaire dans le cadre du conseil des maîtres et la liberté pédagogique de chacun dans son travail quotidien.

Nous ne pensons pas qu’une réforme par le haut de ce système puisse apporter plus de cohérence collective dans les pratiques de chacun d’entre nous. C’est pourtant ce que prépare le ministère en s’appuyant sur le rapport Pair commandé en son temps par Claude Allègre.

Les propositions du ministère étaient de deux types :

- Groupement d’écoles, constitué par un ensemble d’écoles comptant, au total entre quinze et trente classes

"Le groupement d’école a pour but d’introduire un nouvel horizon d’échange, de travail et d’animation pédagogique pour les écoles, dans un souci d’égalité fonctionnelle et d’aménagement du territoire (...) le groupement d’écoles conserve l’identité de chaque école au sein d’une unité de lisibilité plus grande, et donc maintient, pour chaque école l’unité de son projet et la légitimité de son directeur propre. (...)Le groupement pourrait bénéficier d’une demi décharge, destinée à mettre en œuvre les coordinations nécessaires entre les maîtres et entre les écoles (...) Le coordinateur ne saurait être confondu avec un super-directeur. Outre ses fonctions propres de directeur, il peut prendre en charge une partie des activités actuellement dévolues à chaque directeur ; il assure la coordination des tâches restant aux directeurs des écoles du groupement et veille à la cohérence dans l’utilisation des moyens du groupement au regard de certains objectifs pédagogiques fixés nationalement (enseignement de l’EPS, enseignement des langues vivantes, enseignement artistiques, TICE...) Il entretient des liens privilégiés avec le collège de secteur et les collectivités territoriales impliquées.

- Groupement d’écoles associées "Dans ce groupement, il s’agit de fédérer les écoles associées plus étroitement que dans le groupement, même si les écoles restent, comme dans le groupement des entités indépendantes. (...)le coordinateur aurait pour tâche outre celles énoncées précédemment, de favoriser l’insertion cohérente des projets pédagogiques des écoles dans un véritable projet de regroupement : chaque école garde son projet pédagogique, mais celui-ci doit nécessairement s’inscrire dans le projet d’ensemble. (...) La mutualisation des moyens matériels et humains qu’induirait un regroupement d’écoles associées serait le gage d’une efficacité pédagogique accrue et une utilisation plus rationnelle des moyens disponibles (...) Le coordonnateur d’un groupement d’écoles associées pourrait représenter toutes les écoles associées et être l’interlocuteur de l’établissement public intercommunal correspondant. L’organisation de l’école supposerait un dialogue permanent entre les deux instances que constitueront l’EPCI (Etablissement Public de Coopération Intercommunale) et le regroupement d’autant plus efficace que les interlocuteurs ne seront pas multiples".

On voulait donc nous laisser croire que nous n’avions le choix qu’entre deux solutions, sinon nous serions responsables de la disparition des écoles rurales. Nous ne pensons pas que la question de la direction d’école puisse être traitée indépendamment de la question de la transformation de cette école dans un sens démocratique. "La question de la direction d’école posée depuis plusieurs années ne souffrira pas de demi-mesure. Ou nous irons vers une école gérée démocratiquement par le Conseil des Maîtres avec des compétences élargies à tous les domaines de la vie de l’école, la fonction de direction devenant alors une fonction d’exécution des décisions collectives. Ou nous irons vers un statut de supérieur hiérarchique qui ne fera que concrétiser les pratiques et les tâches actuelles des directrices et directeurs." (in L’Ecole Emancipée n°2 septembre 2001 p 26)

Pour le moment, le ministère aurait retiré le projet de "groupement d’écoles associées". A notre sens ce retrait ne change rien au problème de fond. Le projet du " groupement d’écoles " nous porte tout droit au projet du "groupement d’écoles associées", le premier préfigurant le prolongement logique vers le deuxième, de la même manière que les revendications des dernières années dans les seuls termes de décharge et d’indemnités nous portaient tout droit vers les propositions ministérielles d’aujourd’hui. Dans ces deux projets, le Conseil des Maîtres n’est pas évoqué une seule fois, tout se joue entre directeurs, entre directeurs et administration, entre directeurs et collectivités locales. Pour ne pas mentir, notons qu’une seule fois on propose que les enseignants participent (peut-être) à la désignation du coordonnateur (bonjour l’ambiance !). En fait le deuxième projet (celui qui risque d’être combattu par les organisations syndicales dites représentatives) , dans son excès, doit être lu comme ce que le premier porte de danger. Ne nous laissons donc pas inscrire contre notre gré dans un faux débat au nom du bon sens (une fois de plus).

Si la "mutualisation des moyens humains" est clairement inscrite dans la seconde proposition, elle est induite dans la première. Allons-nous vers un mouvement des personnels dans lequel l’affectation se ferait sur un groupement d’écoles ? N’est-il pas inquiétant de lire dans le premier projet que le coordinateur veille à la cohérence de l’utilisation des moyens (matériels ? humains ?) du groupement au regard de certains objectifs fixés nationalement ? On notera que ces objectifs pédagogiques sont les mêmes que les dominantes de formation (spécialisations) prévues dans les IUFM. Vers des postes à profil dans les écoles ? Donc remise en question du mouvement au barême et renforcement du pouvoir hiérarchique !

Dans la logique des Chartes-Allègre, ces propositions placent un peu plus l’école sous les tutelles locales, tout en renforçant le pilotage central par les hiérarchies intermédiaires (IEN, IA). C’est ça l’école libérale. L’école publique en milieu rural - dont on sait qu’elle souffre largement de la concurrence des écoles privées - deviendrait-elle le laboratoire du service public minimum dans le cadre de l’instauration des EPCI ? Ne va-t-on pas fermer encore plus d’écoles rurales (au nom des groupements) comme " on " le fait pour les bureaux de poste ?

- En éloignant les centres de décisions de l’école elle-même, on tourne le dos à la collégialité qui pouvait prévaloir jusqu’à aujourd’hui et on inscrit nécessairement un nouveau rapport hiérarchique entre ceux qui s’occupent de l’école et ceux qui s’occupent du groupement. A ce titre, le deuxième projet prévoit que le coordonnateur devienne le garant de la contractualisation locale par laquelle on souhaite réformer (déformer ?) l’école publique . Un sous-IEN ? Un super Collègue ? Quelle nomination ? Poste à profil choisi par l’IA ?

L’enfer étant souvent pavé de bonnes intentions, le deuxième projet comporte des éléments concernant la liaison premier degré-collège qui pourraient être intéressants. Etablir des liens entre un collège et les écoles du secteur n’est pas en soi une mauvaise idée : "Outre une proximité favorisant la familiarisation des écoliers vis-à-vis du collège, la liaison interdegrés pourrait être envisagée au travers de véritables activités communes, par exemple, l’utilisation de certains moyens du collège par les élèves des écoles, comme le CDI ou les installations sportives, le regroupement d’écoliers sur le site du collège pour des activités pédagogiques (TICE, langues vivantes)" Nul doute que cela pourrait être intéressant dans le milieu rural, mais pourquoi conditionner de telles collaborations pédagogiques à la mise en place de "groupements d’écoles associées" plutôt qu’à l’attribution de temps de concertations dans toutes les écoles ? Une fois de plus, nous sommes face à des projets qui se présentent comme pédagogiques mais ne le sont vraiment pas

Comme les Chartes Allègre... La continuité mais poliment !

Les revendications des années passées nous ont mené dans l’impasse, même si les seuils de décharge ont été abaissés . Face à ces projets de "réaménagement hiérarchique" de l’Ecole Publique, il faut d’autres formes d’action impliquant tous les personnels du premier degré. Il faut institutionnaliser le rôle du conseil des maîtres et augmenter le temps de concertation (organisation pédagogique, vie de l’école, mise en place de projets...) tout en réduisant le temps de service global des enseignants. Cette augmentation des temps de concertation doit se doubler d’une maîtrise des équipes sur leur contenu. La direction de l’école doit appartenir à celles et ceux qui y travaillent, elle doit pouvoir s’exercer de façon diversifiée selon des modalités choisies par les enseignants avec des décharges pour toutes les écoles. Ces revendications doivent s’inscrire dans une logique de transformation démocratique du système éducatif, qui nécessite un renforcement du nombre d’enseignants dans chaque école pour aller vers la généralisation d’un système de 4 maîtres pour 3 classes.

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