Des luttes il y en a... Il faut les développer !

jeudi 12 mars 2009

À l’automne 2008, de nombreux syndicats Sud éducation se sont impliqués dans les deux actions nationales du 19 octobre (80000 personnes à Paris) et la grève nationale du 20 novembre qui a fini par être intercatégorielle après avoir été annoncée comme ne concernant que le premier degré.

Sud éducation a beaucoup travaillé pour que cette grève concerne bien l’ensemble de l’Éducation nationale. Elle a été très suivie. Nous avons participé à des AG souvent importantes. Des syndicats Sud éducation ont été impliqués dans quelques reconductions. Dans les jours qui ont suivi des grèves ont été organisées lors de déplacements de Sarkozy ou Darcos. Des campagnes de désobéissance se sont développées dans le premier degré dans plusieurs départements. Les grèves lycéennes ont ensuite prolongé l’élan de l’activité syndicale dans plusieurs départements jusqu’à la fin de l’année 2008.

Uniquement dans les dernières semaines de 2008, on a vu de nombreuses grèves : SNCF, Poste, Audiovisuel, ANPE/ASSEDIC, INSEE, Caisses d’Épargne, Météo France, ONF, AFPA. Il y a aussi les grèves de travailleurs/ses Sans-Papiers qui se poursuivent en Ile de France et des mouvements locaux (commerce, industrie, nettoyage, etc.) pour l’emploi et les salaires se multiplient dans le secteur privé. Les mobilisations lycéennes de décembre 2008 ont arraché un premier recul à Darcos sur sa réforme des lycées.

Des luttes il y en a

29 janvier un succès à ne pas bouder

Ces mobilisations ont convergé dans l’énorme grève nationale interprofessionnelle du 29 janvier. L’unité des huit organisations CGT, CFDT, FO, CFTC, CGC, UNSA, SOLIDAIRES, FSU regroupées dans un appel national et les nombreux appels unitaires dans les secteurs (La Poste, Sncf, Éducation nationale, ANPE, Fonction Publique, Hôpitaux, etc.) et les entreprises privées ont contribué à la mise en place de très grosses manifestations qui ont rassemblé plus de 2 millions de personnes. Cette grève largement commentée comme la plus grosse journée de contestation de la politique du Medef et de Sarkozy depuis l’arrivée de celui-ci à l’Élysée a obligé le chef de l’État à beaucoup de gesticulations médiatiques et à quelques mesures d’accompagnement social qui ne règlent rien sur le fond des revendications.

Dans cette journée de grève et dans les manifestations, les personnels de l’Éducation nationale et les revendications contre la régression scolaire étaient bien présents. Si des AG de grévistes de l’Éducation nationale se sont tenues, parfois avec plus de 100 personnes, on pourra noter le peu d’enthousiasme de la Fsu, syndicat majoritaire à les mettre en place dans de nombreux départements.

Depuis, des collectifs locaux d’action revendicative tentent difficilement de se coordonner. Des initiatives locales de réunions d’information sur les dangers de la politique de Darcos se développent. La campagne de refus des évaluations CM2 a démarré à un bon niveau. Des manifestations et des grèves se sont mises en place au moment des différents CTPD et CTPA qui annonçaient les fermetures de postes. Des manifestations se sont déroulées devant les CDEN, souvent avec les parents d’élèves. Tout cela contribue à construire la mobilisation dans une période difficile (hausse des prix, chômage des jeunes, mise au chômage partiel de milliers de travailleurs). Les attaques de la droite et du patronat sur tous les fronts à la fois rendent en effet, plus complexes la prise de conscience collective sur des questions comme l’École ou la santé qui sont pourtant bien dans le collimateur de la politique libérale. À nous donc de renforcer sur le terrain la dénonciation de la politique de destruction de l’École publique et de ses missions.

De nombreuses Assemblées générales de grévistes du 20 novembre ou du 29 janvier ont réaffirmé leur volonté de combattre la politique budgétaire de Darcos en revendiquant la restitution des postes fermés au cours des trois dernières années. Elles ont aussi insisté sur le retrait des réformes réactionnaires et libérales qui donneraient l’École aux marchands. À nous aussi d’avancer sur nos deux pieds. À nous aussi de pousser par notre initiative collective, dans nos établissements, nos services, nos départements pour que s’impose aux directions syndicales un véritable plan d’action pour gagner sur les revendications de l’ensemble du monde du travail.

Puis la grève à l’université

Déjà dans le cadre de la préparation de la grève du 29 janvier, les universités ont commencé à s’organiser pour construire la mobilisation à suivre. Étudiants puis personnels enseignants et BIATOSS ont construit patiemment la grève dans les universités. Dans plusieurs d’entre elles les camarades de Sud éducation, Sud étudiant, Sud Recherche sont largement investis dans l’animation de la grève.

La journée du 10 février a constitué un événement marquant, avec près de 100000 manifestants à Paris et en province. Cette mobilisation inquiète suffisamment le pouvoir pour que Pécresse se voit obligée à quelques réécritures. Le 19 février, la convergence avec les personnels du premier et second degré s’est mise en place dans plusieurs manifestations à Paris et en province malgré les vacances scolaires.

L’omni-président et le pompier pyromane

Dans ce contexte de lutte, Sarkozy envahit les écrans pour tenter d’endiguer les incendies que sa politique provoque, le tout sans évoquer la situation dans les départements d’outre-mer et les conflits en cours dans la santé et les universités. Ce que le Président de la République appelle « dialogue social » n’est que pure opération de communication. De dialogue social, il n’y a pas quand le programme affirmé est bien la casse de toutes les positions sociales acquises par les luttes du vingtième siècle et quand l’enjeu du moment est de faire payer au monde du travail une nouvelle crise du capitalisme. C’est bien pour cette raison que la grève générale doit être affirmée comme la perspective à construire.

Le gouvernement n’est pas prêt à changer de logique économique et sociale. L’annonce d’une baisse de huit milliards d’euros de la taxe professionnelle confirme que le gouvernement et Sarkozy ne sont pas avares de mesures favorables pour le patronat. Par contre, ce sont des miettes qui sont réservées aux salariés, aux chômeurs, aux précaires et retraités : 2,6 milliards d’euros pour solde de tout compte, soit sept fois moins que le montant du paquet fiscal et sans commune mesure avec ce qui a été accordé aux banques (360 milliards d’euros). Dans la même logique, le gouvernement continue à favoriser les heures supplémentaires alors même que le chômage se développe. Il refuse toujours de revenir sur les suppressions d’emplois dans la Fonction publique. L’indemnisation du chômage partiel, qui passerait à 75% du salaire brut, reste très insuffisante : la grande majorité des salariés concernés continueront à perdre 200 à 300 euros par mois sur des salaires au Smic ou juste au dessus.

Sarkozy veut noyer le poisson et gagner du temps face à la colère et au sentiment d’injustice qui se développent dans tout le pays. Il ne lâchera que ce que nous saurons imposer collectivement. Ce pouvoir n’hésitera pas à réprimer pour faire taire, comme en témoignent les gardes à vue de lycéens ou d’étudiants au moment de la grève du 29 janvier (Paris, Clermont-Ferrand, etc.), comme en témoignent les violences policières face à des manifestations (Saint Lô, Strasbourg, Saint Nazaire) comme en témoignent les convocations de syndicalistes dans les commissariats, les mises en examen de militants qui soutiennent les sans-papiers, la multiplication des condamnations pour outrage.

Il n’est pas de sauveur suprême

C’est donc dans ce contexte difficile que nous devons travailler à amplifier la mobilisation pour la défense de l’École publique et pour une autre politique sociale et salariale. Rien ne se fera sans notre engagement collectif et individuel. La journée du 19 mars, appelée par toutes les organisations syndicales, doit se concrétiser par une grève générale unitaire interprofessionnelle et des manifestations dans tout le pays. De l’ensemble des initiatives locales et aussi du relais donné à celles-ci par les syndicats Sud éducation dépendra aussi la possibilité de penser l’action pour le lendemain 20 mars. Les luttes, c’est comme le reste, ça se construit.

Sud éducation Puy de Dôme