Des images qui ne passent pas le mur de la honte

 juin 2004
mis à jour samedi 8 septembre 2007

Ici, des photos de sévices infligés à des civils iraquiens par l’armée d’occupation anglo-américaine. Le monde entier s’émeut, s’insurge, demande des sanctions. L’occupant y compris fait mine de condamner.

Là-bas, des millions d’enfants, de femmes et d’hommes humiliés chaque jour par les soldat-e-s d’une autre armée d’occupation. Qui tue, blesse, détruit, saccage, bafoue les libertés, viole les plus élémentaires droits de la personne humaine. Au vu et au su du premier témoin venu. Le monde des puissants ferme les yeux : États, medias, institutions internationales. Ces images-là ne passent pas en boucle à la télé...

Ici, des bavardages incessants : glose sur le droit international, leçons de démocratie données au monde, supputations géo-stratégiques, invocation du droit à l’auto-défense pour masquer le crime.

Là-bas, silence des foules entassées et asservies qui attendent de pouvoir passer les couloirs des check-points, pour aller au travail, à l’hôpital, à l’école, au marché. Menaces et coups de crosse du soldat pour les faire reculer, s’il a décidé de les bloquer, pour son plaisir. Il est chez lui, même s’il est chez eux.

Silence des nuits désertes sans éclairage public, seulement troublé par le sifflement des blindés et l’attente des tirs.
Couvre-feu dans les villages : des jours entiers sans pouvoir sortir pour le travail, l’école, la vie.

Interdiction de cultiver sa terre, d’en récolter les fruits, destruction des arbres, au bulldozer, à la tronçonneuse.

Un jour sur deux, interdiction de passer les barrières de barbelés, lignes électrifiées. Les jours fastes, droit de passage d’1/4 d’heure, 3 fois par jour. Parfois, le paysan ne peut repasser le soir le barrage qu’il a passé le matin.

Empoisonnement de l’eau des citernes.

Villages coupés en deux par le Mur : maisons d’un côté, terres de l’autre. 8 mètres de hauteur, prison étanche.

Du Nord au Sud, plusieurs centaines de kilomètres de béton coupent tout passage, toute circulation, entre les prisonniers et leurs geôliers. Entre les prisonniers eux-mêmes. Villes enclavées, enfermées, étouffées. Commerce impossible. On ne sort pas de la souricière. Villages dépossédés, condamnés à une impossible autarcie.

Risque de mort si l’on manifeste contre l’extinction progressive de toute vie. Des dizaines de tués déjà.

Et dans le même temps, des colonies bunkérisées qui s’implantent partout sur les collines, autour des villes et des villages, parfois même à l’intérieur. Des milliers de soldats occupants pour les protéger. Colonisateurs haineux, voleurs de la terre, de l’eau, tuant parfois ceux qui s’approchent.

Régime d’apartheid : routes spécialement construites, réservées aux colons et aux hommes libres. Gardées.

Pour les prisonniers sur leur propre terre, des chemins défoncés, des détours interminables pour contourner les barrages militaires qui peuvent surgir n’importe où et à tout moment. En moyenne, 5 heures par jour de blocage aux check-points pour un travailleur.

Parmi ce peuple prisonnier chez lui, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants emprisonnés dans les geôles de l’occupant pour avoir critiqué et combattu l’État colonialiste qui les opprime. Leurs familles n’ont pas été autorisées à les voir depuis plus de deux ans. Elles n’en ont aucune nouvelle et n’ont pas le droit de contacter les avocats. Les condamnations atteignent souvent plusieurs fois la perpétuité pour une même personne.

De tout cela, la mission syndicale internationale qui vient de se rendre en Palestine a été le témoin pendant deux semaines. Mais la cinquantaine de militants syndicalistes et associatifs, qui a été accueillie chez l’habitant et a partagé le quotidien des villes et des campagnes de Cisjordanie (Gaza nous ayant été interdit d’accès), a également pu mesurer l’extraordinaire capacité de résistance des travailleurs-chômeurs palestiniens (70% de sansemploi) à la politique destructrice de l’état israélien.

Un bilan complet de cette expérience, qui aura des suites en termes de coopération syndicale, sera dressé par les militants des syndicats SUD y ayant participé, et au-delà, par l’ensemble de la mission intersyndicale.

SUD Education Franche-Comté

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