Coup de grisou sur l’académie de Lille

 mars 2002
mis à jour samedi 29 janvier 2005

Depuis quelques années le ministère de l’Education nationale attribue à chaque académie un indicateur de concentration des difficultés sociales. Sans surprise (taux de chômage le plus important, espérance de vie la moins longue...) c’est une fois encore l’académie de Lille qui obtient l’indicateur le plus élevé de métropole. Le Nord/Pas-de-Calais est donc, officiellement, la région où les difficultés sociales sont les plus grandes. Si ce constat semble appeler un certain nombre de mesures visant à lutter contre cette situation, notamment en termes de moyens, la réalité est tout autre. Notre académie arrive en effet en tête d’un autre classement national, celui des suppressions de postes d’enseignants dans le second degré (le podium est quasiment assuré pour le premier degré) ! Ajoutons également que pour ce qui est du taux d’encadrement, elle arrive à la 24ème place (sur 26).

Le raisonnement rectoral est le suivant : s’il y a moins d’élèves, il faut donc moins de professeurs. Ainsi, l’académie devrait perdre en quelques années près de 20 % de ses élèves, ce qui expliquerait les dizaines de postes supprimés pour la rentrée prochaine et les centaines depuis quatre ans. L’opération peut sembler logique (assurément rentable), mais le calcul est toujours aussi mauvais. Si l’on peut s’interroger sur les capacités des services rectoraux à établir des prévisions statistiques (comment interpréter le recours aux quelques 500 "listes complémentaires" dans le 1er degré cette année ?), il est clair que la politique rectorale de gestion des moyens ne vise qu’à diminuer les coûts au détriment des mesures sociales et pédagogiques nécessaires. Dans une région qui reste fortement sinistrée, l’administration scolaire n’a toujours pas la volonté d’améliorer les conditions d’apprentissage et de travail. Elle préfère s’en tenir à une stricte logique comptable.

Les suppressions de postes pour la rentrée prochaine sont inacceptables. Il est temps d’obtenir de vrais moyens d’enseignement et d’éducation, l’arrêt du recours à tout type de contrat précaire et la mise en place d’une véritable réduction du temps de travail. Le système éducatif ne peut reposer uniquement sur la bonne volonté des uns et des autres.

Les luttes.

Pourtant, cette situation n’a guère provoqué jusque-là de luttes importantes, en partie en raison du contexte syndical : certains freinent systématiquement la mobilisation, d’autres s’enferment dans des stratégies d’appareil etc.

Ainsi, les luttes se développent indépendamment des rencontres intersyndicales trop souvent stériles. A Roubaix par exemple, l’assemblée générale de quatre collèges a voté la grève. Dans cette ville fortement marquée par la misère, enseignants et parents, par leur mobilisation, avaient obtenu que le nombre moyen d’élève par classe ne dépasse pas 20 dans les collèges les plus défavorisés. Cet acquis, bien que minimaliste pour de tels établissements, est cyniquement battu en brèche pour la prochaine rentrée. L’Inspection d’académie et le rectorat osent avancer comme justification que les établissements moins défavorisés ne tolèreraient pas "tant d’avantages" accordés aux collèges de la misère. La lutte -grève des enseignants, action collège vide organisée par les parents- semble particulièrement déranger l’administration qui essaie par tous les moyens (y compris l’envoi d’une lettre à chaque famille) d’enrayer ce mouvement.

Ces enseignants et ces parents qui ont construit eux-mêmes leur lutte, ont trouvé essentiellement comme soutien l’association REPTIL et SUD éducation.

SUD éducation Nord-Pas de Calais

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