Contre la colonisation « positive »

vendredi 20 janvier 2006
mis à jour lundi 13 février 2006

À l’occasion des « Rendez-vous de l’Histoire » à Blois, et à l’initiative de Sud éducation 41, un rassemblement contre la colonisation « positive » a eu lieu le samedi 15 octobre, à l’appel d’un collectif d’organisations [1]. L’objectif était de profiter de la plus importante manifestation sur l’Histoire en France pour attirer, une fois de plus, l’attention des médias et de la population sur la loi du 23 février 2005, votée sans opposition, dont l’article 4 édicte que « les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif » de la colonisation.

Depuis plusieurs mois de nombreux chercheurs et enseignants en Histoire avaient demandé l’abrogation de cette loi et, malgré le soutien d’associations antiracistes et de défense des droits de l’homme, malgré les articles parus dans la presse, leur requête était restée lettre morte. La seule réaction du gouvernement a été, en dehors du mépris affiché par le ministre des Anciens combattants, de rappeler par la voix du ministre de l’Education que la loi ne remettait pas en question la liberté de l’enseignant, sous-entendant qu’elle ne serait pas appliquée dans les faits.

Il n’empêche qu’un doute profond subsiste. Conscients que leur discipline a souvent été l’objet de manipulations politiques, les historiens sont soucieux de leur indépendance par rapport au pouvoir politique. En 2001, la loi Taubira imposait de faire une place significative à l’esclavage dans l’enseignement, mais ne dictait pas le contenu des programmes.

En octobre, nous nourrissions l’espoir d’interpeller notre ministre, mais il n’est pas venu à Blois cette année. Consolation : un tract a été remis au ministre de la culture. Le rassemblement a réuni une quarantaine de personnes et a été couvert par les médias locaux. Parallèlement, des journaux nationaux comme Libération ou l’Evénement du Jeudi se sont penchés sur le sujet.

La crise des banlieues a eu pour effet bénéfique de remettre la question au goût du jour : en novembre, les députés PS déposent en guise de rachat une proposition de loi pour supprimer l’article incriminé, proposition rejetée par la majorité UMP. Mais, après les déclarations du président, du premier ministre et le camouflet infligé à Sarkozy, ce fameux article 4 sera sans doute enterré.

De cette micro-histoire, retenons deux choses : le réveil tardif de la gauche parlementaire et l’attitude provocatrice de la droite au pouvoir, soucieuse de satisfaire certains électeurs au point de sacrifier la réalité des évènements historiques.

Sud éducation Loir et Cher


[1Les historiens contre la loi, Ligue des droits de l’homme, Confédération Paysanne 41, FSU, LCR 41, Ligue de l’enseignement et de la formation permanente, MRAP, PCF 41, PS 41, SDEN-CGT 41, SGEN-CFDT 41, SNES, Solidaires 41, Sud éducation 41, les Verts 41.