Contre l’égalité des chances... l’égalité des droits

vendredi 14 juillet 2006
mis à jour samedi 2 septembre 2006

"Égalité des chances” est une expression omniprésente depuis quelques années dans le discours politico-social, que ce soit de la part de la droite ou de la gauche de gouvernement, en particulier lorsqu’il est question de
l’école mais également dans de nombreux autres domaines.

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Concernant l’école, il s’agit non pas de combattre, en quelque sorte a posteriori, une discrimination ou une inégalité reconnues (c’est ce qu’a prétendu faire la création des ZEP par exemple), mais de donner à tous de prétendues chances égales au départ.

Lorsque, à la fin des années soixante, le système scolaire a dû changer, sous la double pression de la demande populaire d’éducation et des exigences de la nouvelle forme que prend alors le capitalisme en France, lorsque l’ancienne sélection fondée sur deux cursus parallèles et largement étanches, l’un pour l’élite sociale, l’autre pour le peuple, n’est plus sentie comme acceptable, il faut bien au patronat et aux gouvernements trouver un autre moyen de faire passer la sélection tout en faisant pièce à la revendication d’égalité. Ce moyen sera double : d’une part l’invention de l’échec scolaire, qui permet de renvoyer à une carence individuelle la sélection sociale ; d’autre part l’affirmation de l’égalité des chances, qui permet de faire considérer comme juste aux yeux du public, et des familles en particulier, une mesure de tri social : chacun a eu sa chance, une chance égale, au départ, certains ont su la saisir, d’autres non.

Aujourd’hui par exemple, c’est au nom de l’égalité des chances que la loi en débat au début de 2006 prévoit l’apprentissage junior dès 14 ans, l’apprentissage dès 15 ans pour les enfants “confrontés à des difficultés”, et, par amendement, le CPE ; ce Contrat Première Embauche qui permet le licenciement sans motif durant deux ans pour les jeunes qui ne répondent pas assez vite et bien aux désirs patronaux.

Qu’ils croient vraiment ou qu’ils fassent semblant de croire que l’école peut donner des “chances” égales à tous, les thuriféraires de l’égalité des chances propagent tous une conception de l’école comme instrument de sélection, que la prétendue chance masque tant bien que mal ou, mieux, légitime. Ce n’est pas la conception de l’école de Sud éducation.

La démocratie ne repose pas sur des chances, mais sur des droits. L’égalité que nous revendiquons ne repose pas sur une chance égale mais sur un droit égal, à charge pour la société et l’institution de faire en sorte que ce droit soit effectif et non théorique, qu’il soit mis en œuvre et ne reste pas sur le papier. Le contraire de l’égalité des chances, ce n’est pas l’inégalité des chances, c’est l’égalité des droits.

Revendiquer un droit, c’est se placer dans une optique égalitaire. Revendiquer une chance, c’est se placer dans une optique concurrentielle. C’est bien de deux choix de société qu’il s’agit. Deux choix radicalement opposés.

Sud éducation se bat pour une école égalitaire dans une société solidaire, qui garantisse à toutes et tous le même droit à l’instruction, à l’éducation, à une formation polytechnique jusqu’à 18 ans. C’est pourquoi il dénonce et combat la notion d’égalité des chances comme fondement de la politique sociale et en particulier scolaire.

Texte adopté par le congrès fédéral de Sud éducation à Clermont-Ferrand mai 2006.

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