Construire des mobilisations pour faire reculer le gouvernement

vendredi 28 août 2009
mis à jour samedi 29 août 2009

Un gouvernement qui multiplie les
cadeaux au patronat et aux plus riches (10%
des ménages les plus aisés détiennent près
de la moitié du patrimoine total des
ménages), un patronat qui mène une véritable lutte des classes et sans discontinuer
casse les positions acquises par des décennies de luttes, des salariés qui résistent, se
mobilisent entreprise par entreprise, secteur par secteur, se retrouvent très nombreux dans des journées d’action nationale
mais ne prolongent pas au-delà en très
grande partie faute de perspectives offertes
par le mouvement syndical.

Ce tableau, qui résume rapidement l’année sociale 2008-2009, promet d’être complété dès cette rentrée par Sarkozy, son gouvernement et ses alliés du Medef : travail du
dimanche, nouvelle attaque sur les retraites,
privatisation de La Poste, annonce de 18000 nouvelles suppressions de postes dans
l’Éducation nationale et répression accrue
contre toutes celles et tous ceux qui tenteront de s’opposer à ces logiques de régressions sociales.

Retour sur une année de luttes...

Contre ces régressions, des luttes existent pourtant et la fédération Sud éducation
et ses syndicats tentent avec les autres syndicats de l’Union Solidaires de les renforcer et de travailler à leur convergence.

Uniquement dans les dernières semaines
de 2008, on a vu de nombreuses grèves :
SNCF, Poste, Audiovisuel, ANPE/ASSEDIC,
INSEE, Caisses d’Épargne, Météo France,
ONF, AFPA. Des mouvements locaux
(commerce, industrie, nettoyage, etc.)
pour l’emploi et les salaires se sont multipliés dans le secteur privé. La lutte pour la
régularisation des sans-papiers n’a pas faibli.

Dans l’Éducation nationale, la manifestation nationale du 19 octobre à Paris avec
80 000 personnes venues de toute la France
pouvait constituer un bon point de départ
pour un mouvement qui allait bien au-delà
des personnels (parents d’élèves, syndicats
étudiants, associations complémentaires
de l’École Publique). Le 20 novembre la
grève unitaire était largement suivie de la
maternelle à l’université. Dans les départements, des initiatives unitaires s’organisaient pour dénoncer les orientations rétrogrades de Darcos et les milliers de
suppressions de postes. En décembre, les
manifestations, surtout lycéennes, forçaient
Darcos à un premier recul sur sa réforme
des lycées.

L’École, comme atelier de l’avenir du
monde, est sans cesse interrogée, plus
particulièrement encore quand le pré sent et l’avenir inquiètent. Elle occupe
donc une place particulière au sein du
service public et se trouve en relation
quotidienne avec une grande partie de
la population. Son avenir ne peut donc
pas concerner que ses seuls salariés.

Lorsque l’École publique est attaquée
dans ses fondements — et c’est certaine ment aujourd’hui le cas — la responsabilité
des syndicalistes est de participer à la
constitution d’un large front de défense
de la maternelle au doctorat et s’adressant
à l’ensemble des personnels, des étudiants, des parents d’élèves, du mouvement associatif et des organisations syndicales.

(Extrait de texte adopté au congrès
fédéral de Sud éducation, Cherbourg mai
2009)

La fin de l’année 2008 marquait également la mise en place d’une intersyndicale
interprofessionnelle au niveau national.
Solidaires, Cgt, Cfdt, Fo, Unsa, Cftc, Cgc,
Fsu appelaient ensemble à une première
grève interprofessionnelle le 29 janvier puis
une nouvelle le 19 mars. Près de deux millions de manifestants le 19 janvier et dès
le lendemain une extension de la grève à
l’université pour un mouvement inédit
regroupant les personnels et les étudiants
contre la casse des statuts et des formations... Si depuis le début, les décisions
prises en commun au sein de cette intersyndicale ont été en deçà de ce que souhaitaient Solidaires et Sud éducation, il nous
paraît clair aussi que l’affichage unitaire
aura été une des clés de la réussite de ces
deux journées de grèves. Par la grève et les
manifestations des millions de salariés ont
dit non à la politique antisociale de Sarkozy
et du Medef. Il y avait là une envie de
contester la politique et l’arrogance du pouvoir qui permettait certainement d’aller
plus loin.

Construire en s’appyant sur les salariés en lutte

Partout les militants de Sud éducation et
de l’union SOLIDAIRES ont expliqué le 19
mars (slogans, tracts, interventions en AG)
que la mobilisation devait connaître un saut
qualitatif et qu’une grève par mois, fût-elle
très suivie, ne ferait pas reculer le gouvernement. Il est certain que ce tournant manqué pour monter d’un cran après ce 19
mars marque l’absence de volonté des
confédérations de tenter un affrontement
social face au gouvernement et au Medef.

Sans soutien interprofessionnel réel aux
luttes bien réelles en cours à l’université et
dans l’énergie le rendez vous suivant était
fixé au 1er mai.
À l’université, les personnels et les étudiants ont tenté durant 3 mois de construire
des convergences avec les autres secteurs
de l’Éducation nationale sans que jamais
la Fsu, organisation majoritaire du secteur,
ne prenne la responsabilité nationale de
renforcer et d’étendre le mouvement. Au
sortir de ce conflit, sur la « mastérisation »,
le recrutement des enseignants et les statuts,
c’est la formation professionnelle des enseignants qui disparaît et le SNES de s’abstenir au CTP ministériel de mai dernier sur
une mesure qui supprime le concours de
recrutement des enseignants à Bac+3. Alors
que toutes les catégories d’enseignants sont
concernées par ce recul majeur, là aussi il y
avait certainement mieux à faire.

À EDF c’est la signature d’un vrai-faux
accord salarial par les confédérations (Cgt,
Cfdt, Fo, Cgc, Cftc) plutôt contre l’avis des
assemblées générales de grévistes (8
semaines). P. Gadonneix, PDG d’EDF s’est
consciencieusement appliqué à détruire le
service public que des générations de salariés avaient construit. Il s’est grassement
rémunéré pour cela, s’augmentant de 25%
en plein coeur du conflit, doublant ainsi sa
rémunération en 3 ans, tandis qu’il refusait de consentir plus de 0,3% d’augmentation pour les salariés.

Alors les cortèges du 1er mai ont été plus
importants que les années précédentes et
ensuite il y a eu des appels pour le 26 mai
puis même pour le 13 juin mais pour beaucoup le cœur n’y était plus. Avec surtout
l’impression d’être considérés comme les
instruments d’organisations syndicales
majoritaires soucieuses de leur « représentativité ». Avec le sentiment qu’autre chose
était possible, surtout quand dans le même
temps les grèves se multipliaient dans les
entreprises les plus touchées par les licenciements (Caterpillar, Continental, Lear,
Goodyear, Michelin, etc.)

Dans cette période de contestation de
la politique du pouvoir, la répression policière s’est accrue contre les militants et
particulièrement contre les plus jeunes.
Il ne faut pas laisser installer un climat
de stigmatisation voire de criminalisation de l’activité syndicale. C’est aussi
une des tâches du moment que d’organiser la défense des camarades et la
contestation unitaire de cette politique
sécuritaire.

(Extrait de texte adopté au congrès
fédéral de Sud éducation, Cherbourg mai
2009)

Contre ce gouvernement, même sur la
seule question scolaire, nous pensons
qu’aucun syndicat ne gagnera seul. La question de l’unité des personnels, des formes
d’organisation qu’ils se donnent pour lutter reste donc une question centrale. À Sud
éducation nous avons l’habitude de dire
que la grève appartient à celles et ceux qui
la font. Nous allons continuer. C’est bien à
partir de secteurs mobilisés que la grève
générale interprofessionnelle devient pensable et possible.
Contre la casse programmée de l’en-
semble de l’École Publique, rejoignez les
syndicats Sud éducation pour, avec nous,
construire la grève reconductible dans notre
secteur, l’Éducation nationale de la maternelle au doctorat, sur les revendications des
personnels.

Sud éducation Puy de Dôme