Colloque universitaire et syndical organisé par Sud éducation

jeudi 31 mai 2012

La place des rapports hiérarchiques dans la souffrance au travail

L’exemple du secteur public

Auberge de jeunesse « d’Artagnan »
80 rue de Vitruve 75020 Paris
Mº Porte de Bagnolet (ligne 3)

En 1996, tirant les leçons du mouvement de décembre 1995, plusieurs chercheurs, parmi lesquels Pierre Bourdieu, lançaient un appel pour des États généraux du mouvement social. Dans son texte lu le 23 novembre 1996, Pierre Bourdieu déclarait l’urgence de créer des passerelles entre chercheurs et syndicalistes. Ce colloque s’inscrit dans la continuité de cet appel avec pour thème de questionnement la place que peut occuper la hiérarchie dans la souffrance au travail, la remise en cause des services publics et la déstabilisation des collectifs de travail.

Ce colloque poursuit quatre objectifs :
- mettre en débat la question de la souffrance au travail d’origine hiérarchique et les différentes modalités qu’elle peut emprunter. Rendre visible cette souffrance pour en faire un problème social à résoudre ;
- défendre le point de vue des travailleurs subordonnés ;
- défendre les intérêts des usagers : trop souvent, la hiérarchie n’a pas pour fonction première de servir l’usager, mais d’obéir et de transmettre des ordres ;
- créer des liens, des passerelles, entre chercheurs et syndicalistes, en toute indépendance des uns et des autres, pour faire circuler savoirs et pratiques dans les deux sens.

Les suicides sur le lieu de travail rappellent que la souffrance au travail est fréquemment une violence d’origine hiérarchique retournée contre soi. Cette dernière est inséparable d’une gestion qui privilégie, dans le secteur privé, une course aux profits, dans le secteur public, des logiques de privatisation. Dans les deux cas, le service vendu au client ou celui (encore) rendu à l’usager ne sont qu’un moyen au service d’une fin qui lui est étrangère : on ne construit pas des voitures pour se déplacer, mais pour accroître le profit des actionnaires, de même qu’on ne réforme pas l’éducation nationale pour mieux enseigner, mais pour économiser de l’argent en attendant sa privatisation.

Les communications devront s’insérer dans l’un des axes suivants :
- la qualité du travail, un objet de conflit ?
- les dispositifs d’évaluation : (més)usages d’une technologie managériale de contrôle ;
- (il)légitimité des rapports de subordination et (nouvelles) formes d’adhésion au travail ;
quelles alternatives ?

Les contributions devront se fonder sur un terrain empirique ancré dans le secteur public (entendu au sens large – fonctions publiques d’État, territoriales, hospitalières, établissements publics, secteurs des transports, entreprises publiques, entreprises privées porteuses d’une mission de service public, etc.), et s’inscrire dans l’un des quatre axes (mais un traitement transversal de plusieurs axes est envisageable), sachant que les critères disciplinaire et géographique ne sont pas discriminants. À l’issue du colloque, une publication est prévue.

Appel complet

Le livre noir de la hiérarchie

La Commission antihiérarchie s’est attelée à la rude tâche de rassembler les analyses que notre courant syndical produit depuis de nombreuses années contre la hiérarchie dans l’éducation nationale. Celle-ci prend, pour les enseignants, le visage de l’inspection : une inspection arbitraire, parfois sadique, toujours servile. Mais pas seulement : les chefs d’établissements peuvent aussi être des harceleurs et pourrir la vie des personnels, enseignants ou non. Une menace sur les personnels du premier degré, qui ont su en 1987 se mobiliser contre le projet des « maîtres directeurs », projet toujours dans les « cartons » du Ministère.

À la fois analyse, recueil de témoignages, mode d’emploi et vade-mecum juridique, Le livre noir de la hiérarchie est un outil de survie indispensable à tout agent de l’éducation nationale refusant de n’être qu’un instrument au service d’une politique managériale de plus en plus étrangère aux missions de service public qui sont les nôtres.

Commission antihiérarchie

Charente : Une expérience encourageante qui mérite d’être relayée

En Charente, un collectif d’enseignants, syndiqués et non-syndiqués, a fait signer un engagement (voir ci-dessous : ce n’est pas une pétition de plus) contre l’entretien d’évaluation. Nous avions annoncé aux signataires qu’il serait rendu public lorsque nous aurions au moins 100 collègues engagés pour « rassurer » les premiers à se lancer. C’est fait, nous sommes à 142 (second degré) ce qui pour notre petit département rural n’est pas si mal. On peut avoir ici plus de 50% de signataires dans certains bahuts…

Sud éducation Charente

Engagement collectif

Le ministère de l’éducation nationale veut imposer à compter de 2013 de nouvelles modalités d’évaluation des enseignants. C’est le chef d’établissement qui aurait alors tout pouvoir d’appréciation. L’un des objectifs de ces dispositions est de réduire le montant global des salaires en allongeant notablement les durées de promotion de tous, ce qui sera d’autant plus facile que des quotas de promotion sont d’ores et déjà fixés. Il s’agit également d’isoler les salariés en individualisant leur rapport à la hiérarchie, et d’élargir insidieusement les obligations de service.

Cette évaluation est à la fois infantilisante et porteuse de dérives hiérarchiques pouvant avoir de graves conséquences puisque sera prise en compte la « manière de servir ». Cela va à l’encontre de tout projet collectif et donc de la réussite des élèves.

Ces méthodes « managériales » venues des entreprises privées ont démontré toute leur nocivité dans les secteurs où elles ont été appliquées, à commencer par France Télécom.

Nous, soussignés, nous engageons collectivement et solidairement à ne pas accepter de participer à l’entretien d’évaluation
managériale mis en place à compter de 2013.

Questionnaire portant sur les rapports hiérarchiques dans l’éducation nationale.

Nous, soussignés, nous engageons collectivement et solidairement à ne pas accepter de participer à l’entretien d’évaluation managériale mis en place à compter de 2013

Le questionnaire a pour but de faire le point sur les relations que les personnels de l’éducation nationale entretiennent avec la hiérarchie.

Un compte rendu sera publié dans le journal du syndicat Sud éducation et fera l’objet d’un exposé au cours du colloque qui sera organisé les jeudi 25 et vendredi 26 octobre 2012 à l’Auberge de jeunesse « d’Artagnan », 80, rue de Vitruve à Paris dans le 20e arrondissement.