Collectif national des droits des femmes

Pour un service d’accueil gratuit de la petite enfance
 mars 2001
mis à jour dimanche 3 avril 2005

Le collectif national des droits des femmes vient d’éditer une brochure intitulée : "Egalité ? Femmes et hommes doivent avoir à égalité du temps pour vivre !" [1]. Pour partager les responsabilités parentales, s’épanouir dans la vie affective et les loisirs et s’investir dans la vie associative, culturelle et politique, il y a une urgence : la création d’un service d’accueil de la petite enfance laïque et gratuit ce qui répondrait à une menace qui pèse aujourd’hui sur le droit au travail des femmes. Aussi, la question de la parité serait vaine si elle ne se traduisait pas concrètement par de nouveaux acquis sociaux et de nouveaux droits pour les femmes.

Bref historique

Si la France est un des rares pays où les femmes ont pu accéder à l’emploi à temps plein dès les années soixante, c’est en grande partie grâce à la mise en place d’un système d’accueil de la petite enfance à travers les écoles maternelles, les crèches collectives et les jardins d’enfants. Mais avec la crise des années 80, le développement du chômage et le recours à des solutions individuelles, l’essor des modes de garde collectifs a été freiné. L’enjeu est pourtant de taille puisque notre pays compte actuellement 2,2 millions d’enfants de moins de 3 ans.

Le constat

Sur ces 2,2 millions, 21% d’entre eux sont gardés par une assistante maternelle agréée, 3% à domicile par une garde à domicile, 7% par une nourrice non-agréée, 8% seulement dans des crèches collectives, parentales ou familiales. 500 000 d’entre eux ont recours à des modes de garde non identifiés (voisinage, solidarités familiales, travail au noir, enfants seuls). Il manquerait environ 500 000 places de crèches, mais plus du double si l’on considère que tout enfant de moins de trois ans devrait pouvoir en bénéficier. Selon une étude du CREDOC, 21% des parents plébiscitent la crèche collective ; 2% d’entre eux estiment que la nourrice non agréée est une solution correcte alors que 14% y ont recours ; 60% des femmes qui gardent elles-mêmes leurs enfants expriment leur envie de travailler à l’extérieur de leur domicile.

Pourquoi un tel décalage
entre désirs et réalités ?

Il y a une vraie pénurie de crèches collectives, surtout en province. 40% des crèches sont concentrées sur Paris et la petite couronne. Mais seulement 33% des enfants à Paris y ont accès, 25% en proche banlieue, 10% en grande couronne et moins de 10% ailleurs. Les difficultés d’horaires qui touchent surtout les travailleuses à temps partiel flexible obligent les parents à jongler entre différents modes de garde. Les coûts et le système d’aides différenciées selon le mode de garde entraînent également des pratiques variables selon les couches sociales d’appartenance. Enfin, l’encouragement aux solutions individuelles à domicile ou en nourrice prévaut dans le système complexe des prestations.

Les propositions du collectif

Il faut construire un service public national et gratuit de crèches collectives. Le financement doit en être assuré par l’État (comme il le fait déjà pour l’école maternelle) : construction et locaux à la charge des communes, fonctionnement à la charge de l’État. Ce service public regrouperait tous les modes de garde : crèches collectives, haltes garderies, assistantes maternelles agréées sous la forme de "Maisons de la petite enfance". Mais qui dit service public dit aussi statuts : les assistantes maternelles doivent recevoir une formation réelle, avoir un statut non-précaire, des salaires mensualisés et une revalorisation de leur métier. Aussi des crèches d’entreprises obéissant aux mêmes principes que les crèches collectives sont-elles nécessaires dans des secteurs tels que ceux où le travail de nuit est exigé pour des raisons de service social ou de continuité de service comme les hôpitaux. La priorité accordée aux crèches collectives résultent du fait que c’est le mode de garde le plus épanouissant pour l’enfant, le plus sûr (trop d’enfants ne sont pas confiés à des personnes qualifiées ou passent d’une garde à une autre), et le plus efficace contre le racisme, les discriminations ou les inégalités par la mixité sociale qu’il sous-entend.

L’ouverture des crèches de 7h à 19h, tant que ne sera pas stoppé la déréglementation des horaires, pourrait être étendue par un service spécial de veille, dans des limites restreintes et avec des compensations pour le personnel. Enfin, il s’agirait d’instituer une réelle mixité au sein de ce type d’établissement. Il est temps d’agir contre la division sexuelle du travail attribuant aux femmes tout ce qui a trait à la petite enfance et de lutter contre le renforcement de l’idéologie traditionnelle du rôle des mères, le repli sur la sphère privée et l’encouragement aux solutions individuelles.

Remarque : le débat sur la scolarisation dès deux ans, qui anime les différents syndicats SUD éducation fera l’objet d’un stage national à Paris les 17 et 18 mai.


[1On peut se la procurer en contactant le collectif "Droits des femmes", 21 ter rue Voltaire 75011 PARIS tél-fax 01 43 56 36 48

Navigation