Chantage d’URO sur la famille de David - Oaxaca, 9 mai 07

Note d’information n°20
vendredi 11 mai 2007
mis à jour mercredi 23 mai 2007

Pour qui aurait pu encore en douter, voici une nouvelle preuve de la vilenie d’Ulises Ruiz Ortiz, malgouverneur de l’Etat d’Oaxaca. Dans une lettre datée du 2 mai, qu’il a pu faire parvenir à ses camarades de VOCAL, David Venegas (voir note n°19) écrit :
« Hier, 1er mai, dans la matinée, j’ai reçu la visite inattendue d’un homme que je ne connaissais pas. Il m’a dit s’appeler Tacho Canastal et s’est présenté comme l’envoyé d’Ulises Ruiz Ortiz et de Sergio Segreste Ríos, censés l’avoir chargé de s’entretenir avec moi lors d’une réunion tenue la veille. Leur message était on ne peut plus clair : j’étais prié d’accepter que quelqu’un de ma famille négocie ma liberté avec le gouvernement. Les menaces aussi : on savait qu’un membre de ma famille était mêlé à ce que ce personnage décrivait comme "ce bordel" et on me demandait de faire en sorte qu’il abandonne, en m’avertissant que si je refusais le dialogue je serais transféré au pénitencier d’Altiplano ou à celui d’Almoya et que "le gouvernement possédait tous les arguments nécessaires pour me briser" (je cite ces dernières paroles textuellement). »

Voilà un parfait exemple de la manière d’URO : marchandage, coups tordus, chantage... Il faut songer à ce que c’est que de se retrouver en prison dans un Etat où aucune des garanties démocratiques élémentaires n’est respectée, où mise au secret, torture, voire pure et simple disparition font partie des éventualités. On comprend l’effet que peuvent produire des menaces sur votre famille quand vous êtes dans une telle situation ! Il y a là de quoi en briser plus d’un.

Mais pas David, qui conclut sa lettre par ces mots :
« Je me dis qu’il vaut mieux être prisonnier politique que domestiqué et prisonnier au service du gouvernement. Je ne pourrais plus regarder en face votre visage honnête et droit, vous mes frères et sœurs qui luttez, au dehors, pour un monde meilleur. »

Procès d’Atenco : verdict franquiste

Rappelez-vous la dernière fois qu’avec des collègues vous avez envahi le bureau de votre inspecteur d’académie ou de votre DRH qui restait sourd à vos demandes ; imaginez que la justice qualifie la chose comme séquestration aggravée et vous condamne à... 67 ans et demi de prison ! Ajoutez-y une variante : ce jour-là, vous n’y étiez pas, mais comme vous êtes connu-e comme « une grande gueule », on vous met quand même la chose sur le dos. L’IA ou le DRH disent bien qu’ils ne vous reconnaissent pas, mais rien n’y fait.

C’est ce qui vient d’arriver, le 5 mai, à Ignacio del Valle, Héctor Galindo et Felipe Álvarez, animateurs du Front des Peuples en Défense de la Terre (FPDT) d’Atenco, dans l’Etat de Mexico. Ils étaient accusés d’avoir retenu l’équivalent d’un sous-préfet le 8 février 2006, et des fonctionnaires du Secrétariat à l’Education le 6 avril de la même année. Rappelons que le FPDT, membre de La otra campaña zapatiste, avait mené en 2006 une lutte victorieuse contre un projet pharaonique du gouvernement Fox : il s’agissait de construire un second aéroport international pour la capitale, et pour cela on prétendait expulser de leurs terres un bon nombre de communautés agricoles, indiennes, comme par hasard.

Le président mal élu FeCal (Felipe Calderón), héritier de Fox, a déjà montré à Oaxaca qu’il ne pardonnait pas la lutte sociale ; on voit ici qu’il pardonne encore moins la victoire. Il faudrait quand même que quelqu’un lui dise qu’un tel verdict suffit à démontrer que le Mexique n’est pas une démocratie...

Retraites : grève illimitée, ça démarre !

La lutte contre la réforme néolibérale des retraites des fonctionnaires (voir notes d’info n° 17, 18 et 19) se poursuit, essentiellement sous deux formes. D’une part, il y a le dépôt massif d’amparos ; on en serait actuellement à 300 000, et les syndicats espèrent atteindre le chiffre de 500 000 le 14 mai, date butoir pour les présenter. On en a déjà dit un mot. L’amparo (=protection) est une sorte d’habeas corpus, un recours que peut présenter un citoyen pour se protéger de l’application d’une loi qui lui semble anti-constitutionnelle. La démarche est strictement individuelle, et, en cas d’obtention, l’amparo ne protège que celui ou celle qui l’a déposé. Mais il est évident que l’effet de masse peut jouer : si un demi-million de personnes obtiennent une protection personnelle contre une loi parce qu’elle viole la constitution, c’est bien qu’il ne s’agit pas de cas d’espèce et que la loi elle-même pose problème. Les demandeurs sont assistés gratuitement par les avocats de l’Union de Juristes du Mexique (UJM). Ici ou là, certains ont déjà obtenu l’amparo.

Mais, bien sûr, on sait bien qu’on ne peut pas tout laisser entre les mains des juges, en particulier au Mexique (voir plus haut). Rien ne remplace la mobilisation. De ce côté-là aussi, les choses avancent. Le Comité National de Grève, mis en place dès le vote de la loi scélérate, semble adopter une tactique qui rappelle un peu ce qu’on a connu ici, de fait, en 1995 et 2003 : un appel général à y aller, et l’organisation de « temps forts » de mobilisation, où les plus tièdes peuvent se joindre aux plus déterminés ; le premier était le 2 mai , le suivant était avant-hier, les deux prochains prévus sont le 17 et le 21 de ce mois.

Cette tactique peut laisser fort sceptiques ceux qui se souviennent des résultats de 1995 (victoire partielle mal exploitée) et de 2003 (défaite). Il faut quand même préciser certaines difficultés particulières des compañer@s [1] mexicains. Comme ici, le droit de grève est « encadré », comme on dit, entendez limité. Les seuls à avoir le droit de déposer des préavis sont les syndicats officiels, reconnus, c’est-à-dire les syndicats charros (vendus), comme le SNTE pour l’Education ou la FSTSE pour le reste des fonctionnaires. Or ce sont eux qui ont négocié avec le gouvernement la réforme contestée, il ne faut donc pas compter sur eux pour appeler à la grève ! De ce fait, les grèves dans ces secteurs sont illégales, et les grévistes ne s’exposent pas seulement à des retraits de salaire, mais aussi à des sanctions administratives pouvant aller jusqu’à la révocation.

Ces obstacles expliquent que le mouvement se mette en place progressivement. Dans l’Education, la grève illimitée - partielle - est déjà effective dans les Etats du Michoacán et du Guerrero, deux bastions de la CNTE qui regroupe l’opposition interne à la direction du SNTE. Elle est en train de monter en puissance au Zacatecas, en Basse-Californie, à Veracruz et au Chiapas. Elle démarrera le 17 dans les principales universités du pays, qui ont des syndicats à part. Dans l’Etat d’Oaxaca, il n’y a eu pour l’instant que les « temps forts », mais il est vrai que la 22ème section du SNTE - membre, elle aussi, de la CNTE - était en bagarre pour récupérer et rouvrir des écoles indûment occupées par les priistes d’Ulises Ruiz ; il est difficile, face à l’opinion publique, de rouvrir des écoles et de les refermer aussitôt par la grève...

Dans d’autres secteurs de la fonction publique, notamment hospitalière, on retrouve les mêmes caractéristiques : extension progressive de la grève. Bref, pour le moment, il ne s’agit pas d’un raz-de-marée, mais le mouvement est en phase ascendante.

Ulises Ruiz Ortiz épinglé pour malversations

L’Auditoría Superior de la Federación, commission parlementaire jouant le rôle de Cour des Comptes, a examiné l’utilisation des ressources fédérales versées aux Etats pour l’année 2005. Rien que pour cet exercice, il apparaît qu’URO a fait un usage frauduleux d’une partie de ces ressources, plus de 100 millions de pesos tout de même...

Il s’agissait de fonds destinés à des usages sociaux. Or il en a utilisé une partie pour investir dans un complexe à vocation touristique, le Musée du Palais Espace de la Diversité (rien que ça...), mais aussi et surtout pour financer une entreprise privée à but lucratif, la cafétéria de l’Université (privée aussi) Anáhuac !

L’incendie du palais de justice d’Oaxaca le 25 novembre 2006, où tous les dossiers comptables pour 2006 ont été dévorés par le feu, était vraiment une aubaine, décidément ! Si on applique le vieil adage « il faut savoir à qui le crime profite », ce n’est assurément pas David Venegas qu’il faut poursuivre pour cet incendie !

9-05-07


[1Ce sont les Zapatistes qui ont les premiers utilisé cette graphie, qui signifie à la fois "compañeros" (masculin) et "compañeras" (féminin). A présent, elle
s’est généralisée au Mexique, et on commence à la trouver ailleurs dans le monde hispanophone.

Sur le Web