CP à 12, pour 100% de réussite... mais laquelle ?

mercredi 6 septembre 2017

À chaque nouveau chef-des-tas (sic) et gouverne-ment (re-sic), son lot d’annonces « coup de poings » pour l’Éducation.

Le tandem en roues libres, Macron/Blanquer, ne déroge pas à la règle et assène le fameux CP à 12 élèves : ni 11, ni 13, sinon ça ne marche pas... L’objectif ? 100% de réussite. Mais de réussite à quoi ? Zut, il semble que Blanquer/Macron aient oublié d’y réfléchir. Développer l’esprit critique, à n’en pas douter... la capacité à questionner le monde, éveiller la curiosité, mettre en question les rapports de domination dans la société, mais on s’égare. La priorité, c’est Lire, Écrire, Compter : les fondamentaux. Pour avoir un bon boulot plus tard ; en tous cas, un boulot, c’est déjà pas si mal.
Et puis comment fait-on pour évaluer l’esprit critique, la curiosité ou la réflexion ? Ce qu’on veut, ce sont des résultats QUAN-TI-(fiables ?) : sinon, comment affirmer avoir atteint 100% ?
On peut donc compter sur notre nouveau ministre pour pondre de jolies évaluations nationales (c’est le spécialiste ! ), avec plein d’items notés 0 ou 1 (statistiquo-compatibles), le tout avec « proctocole » et « chronomaître », fichées numériquement bien entendu : évaluer est plus important qu’apprendre, c’est plus utile pour trier.

Avec quels moyens et quelles méthodes ?

L’hypocrisie de ces annonces électoralistes pourraient faire sourire si les effets qui s’annoncent ne posaient pas deux problèmes majeurs.

Concernant les effectifs, d’abord : comment ne pas se réjouir de classes à 12 élèves, quand nombre de pédagogues et militant-es syndicaux-ales revendiquent cette baisse des effectifs par classe, alors même que les gouvernant-es qui se succèdent (Blanquer compris, pour qui « la création de postes pose plus de problèmes qu’elle n’en résout ») martèlent que la réussite (encore faudrait-il s’entendre sur son sens) n’a rien à voir avec cette question ? Interrogeons-nous, quand même, sur l’évidente inadéquation des moyens envisagés pour tenir ces objectifs : comment 5000 créations de postes en 5 ans pourraient-elles suffire à mettre en place et pérenniser ce dispositif ?
D’une annonce cosmétique ne peuvent découler que les éternels bricolages dont l’Éducation nationale a le secret : la suppression, ou « l’inflexion » selon la novlangue, du dispositif plus de maîtres-ses que de classes ; fin des aides du RASED à ces classes privilégiées ; limitation de la réforme au CP puis au CE1 : quel excès de confiance pour estimer régler ainsi tous les problèmes sans n’avoir jamais expérimenté ce dispositif ! Limitation aussi à l’Éducation prioritaire, mais combien d’établissements en sont sortis sous Hollande ? Combien devraient en bénéficier ? Le souci d’économies dicte comme toujours les « choix ».

Le second problème majeur est l’autoritarisme flagrant envisagé par Blanquer pour mettre en place cette réforme. Uniformisation et contrôle sont les leviers clairement choisis par le ministre pour atteindre l’objectif annoncé. Pas de méthode de lecture unique (pour l’instant ; rappelons que Blanquer est un défenseur acharné de la méthode syllabique), mais une vérification de celles employées l’année prochaine, avec un droit de regard des inspections sur les choix des équipes pour le CP. Nul doute qu’il sera de plus en plus difficile de s’éloigner de la norme établie par le ministère. Quel accueil, par exemple, pour des enseignant-es en pédagogies alternatives ? Uniformisation également du carcan classe/niveau : le multi-âges est désormais proscrit. Le tout sous haute surveillance des équipes de circonscription. La liberté pédagogique est en danger !

Changer l’école ?

Encore une mesure marketing donc, pour faire semblant de changer une école reproductrice d’inégalités qui convient en réalité parfaitement à nos dirigeant-es. Nous affirmons au contraire qu’il est hypocrite de prétendre changer l’école par le seul levier des effectifs, sans s’occuper de carte scolaire, de pédagogie (pas en uniformisant et fliquant les pratiques), de rythmes scolaires, de la formation des enseignant-es, de leur rémunération, de leurs conditions de travail… Bien loin du projet de Blanquer et Macron.
Et quand ils prétendent concentrer la réforme sur le CP parce que « c’est le moment où on va entrer dans la lecture, l’écriture, le calcul et donc où on prend un bon départ dans la vie sur le plan des connaissances », répondons-leur avec l’Association française pour la Lecture qu’ « à 2 ans, l’apprentissage de la lecture continue », ou encore que « l’apprentissage de la lecture [n’est] jamais trop tard, jamais fini ». Il se prépare avant le CP et se prolonge bien après.

Sud éducation Hauts-de-Seine