Briser le tabou du bac

lundi 26 octobre 2009

Un bref bilan de l’action de la coordination des professeurs de philosophie de l’académie de Lille. Un exemple d’auto-organisation des luttes.

La coordination des profs de philo de Lille est née en 2008, à la suite de pétitions signées les années précédentes, lors d’une réunion d’harmonisation du bac. Un constat en est à l’origine : un temps de correction des copies qui diminue comme peau de chagrin chaque année. Revendication au départ corporatiste, elle a néanmoins permis de faire le lien avec les suppressions massives de postes, la remise en cause du bac comme diplôme national, son sabordage devrait-on dire, la « reconquête du mois de juin » cette année et les politiques de casse du service public d’éducation en général...

Sur environ 250 correcteurs, plus d’une centaine s’inscrivent dans la dynamique de la coordination et sur la liste de diffusion.

L’objectif

Objectif : construire une mobilisation pour obtenir plus de temps (et non 5 euros !) pour corriger correctement les copies. En juin 2008, une première mobilisation plus symbolique qu’autre chose avait conduit à la rétention des notes d’une demi-journée. Pas la révolution certes, mais un sacré bazar au rectorat et une couverture médiatique bien plus importante et bienveillante que nous ne l’aurions imaginée, obligeant le rectorat à rouvrir ses serveurs à la dernière minute et le présentant comme l’outil d’une politique de bâclage du bac.

Évidemment cette année, les conditions étaient pires, nous perdions encore un jour de correction, avec en gros 7 jours et demi ouvrables pour corriger jusqu’à 150 copies en séries technologiques. Évidemment encore, courrier, audience au rectorat de la coordination, rien n’y fait, on nous réplique que le calendrier est national... Ce qui est faux vu la disparité des dates auxquelles les notes doivent être rentrées dans les serveurs ad hoc (le 2 juillet à 12h pour Lille, le 3 pour Grenoble, le 1er pour d’autres académies). Les membres de la coordination organisent des AG dès le 26 mai (une cinquantaine de collègues), prennent contact avec les correcteurs des autres disciplines et finissent par adopter la décision suivante : la coordination appelle les correcteurs à laisser sur place environ un tiers des copies jugées excédentaires en regard du temps disponible pour les corriger.

Des menaces à l’acte

Le rectorat a toujours pensé que ces « menaces » ne seraient pas suivies d’actes et quand il réalise que c’est le cas - pas loin d’une cinquantaine de correcteurs suivent, soit plus de 1000 copies sans correcteurs - et après audience avec le recteur, on nous accorde royalement une demi-journée et une nuit de plus pour corriger nos copies ! L’AG décide alors de reprendre les copies laissées en plan mais de faire de la rétention de notes une demi-journée de plus pour récupérer le temps de correction exigé. Le 3 juillet, à 16h, heure à laquelle nous avions annoncé la rentrée des notes sur les serveurs, ceux-ci étaient fermés. Après un communiqué de presse expliquant que le rectorat mettait en danger la correction du bac, ce dernier cède à nouveau et ouvre ces serveurs. Au total, le mouvement aura permis de gagner un peu plus d’une journée de correction. C’est une victoire face à une hiérarchie qui ne cède rien depuis des années et qui se moque ouvertement des grèves perlées désormais en usage.

Le plus important, au niveau du bilan, est que cela tend à démontrer que l’un des seuls véritables rapports de force que nous pouvons créer porte sur les épreuves du bac et les examens en général. Beaucoup, parmi les collègues, continuent d’affirmer qu’il ne faut pas toucher au bac, que cela fait le jeu du ministère qui veut le faire passer en contrôle continu. À cela il faut répondre que le contrôle continu sera mis en place quoi qu’il arrive si nous ne nous mobilisons pas.

D’autre part, dans ce mouvement, il est intéressant de prendre en compte le fait que partir de revendications qui peuvent sembler corporatistes permet de créer un mouvement qui s’ouvre à d’autres revendications beaucoup plus larges et c’est précisément le moment de faire le lien auprès des collègues.

Contacts

Les contacts avec la presse et l’envoi de communiqués dès les premières AG ont aussi beaucoup joué dans la construction du rapport de force. D’une part, il s’agissait d’expliquer aux parents en quoi il ne s’agissait pas d’une « prise d’otage » (sic) du bac mais bien d’une défense de celui-ci et des intérêts des élèves. Le message a été bien relayé par la presse. D’autre part, il s’agissait de faire du bruit auprès des collègues des autres disciplines et des autres académies et de marteler le message : suppressions de postes, casse du service public etc. La mobilisation nous a fourni cette tribune médiatique.
La coordination de Lille lance à présent un appel aux collègues des autres académies et des autres disciplines, appel à la convergence en vue du bac 2010 dont les conditions ne seront pas meilleures, à n’en pas douter. Des collègues de l’académie de Caen ont aussi participé à une rétention de notes cette année…

Sud éducation Nord Pas de Calais

P.-S. : Le rectorat a contacté les profs de prépas pour corriger nos copies, ceux-ci ont refusé en grande majorité de les prendre, beaucoup étaient solidaires de notre action. Il a aussi été massivement fait usage des précaires de l’académie pour effectuer ces corrections. Il n’y avait donc pas de réserve.