Blouse grise sur les programmes

samedi 15 novembre 2008

Contre l’avis de milliers de Conseils d’écoles, de syndicats, de chercheurs dénonçant la conception mécaniste et passéiste des « nouveaux » programmes, M. Darcos nous les impose dès cette rentrée. Enseignement axé principalement sur la mémoire, dressage comme méthode pédagogique, régime sec pour la découverte du monde et l’éducation artistique.
Allons-nous remettre la blouse grise ou continuerons-nous à tout faire pour que nos élèves les plus en difficulté aient accès au savoir et à la culture ?

En Mayenne, des écoles en colère réagissent

« Madame l’Inspectrice,

Nous, enseignants des écoles du secteur scolaire de Port-Brillet, nous sommes réunis le jeudi 18/09/08 pour discuter de la mise en place des 60h d’aide aux enfants en difficulté, hors du temps scolaire. De nombreux questionnements nous amènent aux remarques suivantes :
- nous n’envisageons pas d’allonger la journée scolaire d’un enfant qui peine déjà et qui n’est pas à l’aise dans le milieu scolaire ;
- nous pensons qu’il faut traiter la difficulté scolaire sur le temps scolaire en nous appuyant sur le R.A.S.E.D., comme nous l’avons fait jusqu’à ce jour. Les personnels des R.A.S.E.D. ont suivi des formations spécifiques pour aborder globalement les difficultés scolaires qui peuvent trouver leur origine dans la vie de l’enfant et pas seulement dans sa vie d’écolier. Quant à nous, nous n’avons reçu aucune formation pour traiter ces difficultés. C’est d’ailleurs pour cela que nous faisons appel au R.A.S.E.D.

Les enfants en difficulté sont déjà pénalisés par leur non réussite. Est-il envisageable de les stigmatiser hors du temps scolaire pendant que leurs camarades plus chanceux peuvent se détendre ? Nous pensons que c’est très inéquitable et très aléatoire quant au résultat.

Nous avons toujours entendu dire qu’il fallait éviter de multiplier les prises en charge des enfants en difficulté. Ce soutien hors du temps scolaire vient s’ajouter à l’aide du R.A.S.E.D., peut-être à l’orthophoniste, au psychologue…
- Nous nous heurtons à des problèmes d’organisation liés à des transports scolaires, à des études existantes, à des parents peu disponibles…
- Nous déplorons que ce projet d’aide lié à la suppression de 2h par semaine n’ait pas été discuté avec les enseignants, premiers concernés, ni avec les parents d’élèves. La vie professionnelle et familiale du personnel enseignant n’entre jamais en ligne de compte. Ceux-ci passent de plus en plus de temps en rencontres de tous genres au sein de l’école mais aussi dans des partenariats avec les municipalités, communautés de communes, pour la mise en place de projets entre écoles etc…(Nous vous ferons parvenir un état de toutes ces rencontres en fin d’année scolaire afin que vous jugiez). Les enseignants sont aussi parents et ils ont aussi des enfants à récupérer, à transporter, à accompagner.

En conséquence, nous vous faisons savoir que les 60 heures seront organisées et effectuées à bon escient car nous sommes très attachés au service public d’éducation. Nous mettrons à profit ce temps pour apporter de l’aide aux enfants en difficulté, au cas par cas selon les possibilités, pour de l’autoformation et pour réfléchir au sein du secteur scolaire de Port-Brillet, avec les collectivités locales, sur l’organisation de la journée, de la semaine voire de l’année scolaire en tenant compte des rythmes de l’enfant.

Nous sommes dans l’impossibilité de remplir la grille qui n’est qu’un exercice de style bien loin de nos réalités car elle fige de manière artificielle notre temps d’intervention. »