A propos des retraites, appeler les choses par leur nom

 septembre 2000
mis à jour lundi 4 avril 2005

Le dossier présenté dans le journal de Mai établit clairement l’imposture et les dangers du discours sur les retraites : imposture du prétexte démographique, démagogie anti-fonctionnaires, régression sociale et duplicité gouvernementale. Tout y est argumenté, chiffres à l’appui, et la démonstration est éloquente.

On voudrait pourtant y revenir pour tenter une simplification, tant il est vrai que le problème des retraites n’est pas une question technique et concentre aujourd’hui toutes les contradictions d’une société de classe, d’une société de l’exploitation du plus grand nombre par quelques uns.

Au commencement, il y a la lutte des classes, le conflit entre le capital et le travail pour la répartition des richesses produites par les seuls travailleurs.

Dans ce conflit, le capital se sent actuellement en position de force.

En effet, la part des salaires dans la valeur ajoutée (la richesse produite par les entreprises) est passée de 70% dans les années 80, à 60% aujourd’hui et, dans le même temps, les mesures de 93 du gouvernement Balladur ont réussi à faire baisser le niveau des retraites et le chômage, la précarité et l’exclusion ont explosé, comme les cours de la Bourse et les salaires (stocks options comprises...) des patrons. Mais position de force aussi, et peut-être surtout, parce qu’il trouve des complicités de plus en plus éhontées dans ses attaques contre les acquis sociaux, qu’il s’agisse de l’assurance chômage et de la signature du PARE (Plan d’Aide au Retour à l’Emploi) par la CFDT ou des discours de Jospin ­et plus récemment de Fabius- sur les " fonds de pension à la française " ou les " fonds de réserve "...

Tous les discours techniciens visent à masquer un fait tout simple : le capital veut améliorer le rendement des capitaux investis, un point c’est tout, mais il présente cette obsession comme une nécessité objective de la société dans son ensemble. Ainsi, le matraquage idéologique sur les ravages de l’inflation n’a d’autres buts que de limiter les revendications salariales. Mais le salaire à proprement parler n’est qu’un élément de cette part de la richesse produite par le travail que la lutte des travailleurs tend à se réapproprier et dont les droits sociaux acquis, les retraites ou les allocations chômage par exemple, font également partie.

Mécaniquement, si on baisse le coût du travail, la même richesse est produite à moindre coût. On augmente la rentabilité du capital.

Toutes les mesures du gouvernement Jospin s’inscrivent dans cette logique, aussi bien la deuxième loi sur la réduction du temps de travail que le recours à la flexibilité/précarité, la remise en cause des droits des chômeurs ou les attaques contre les retraites. L’institutionnalisation de l’exclusion va dans le même sens, puisque les exclus sont à la fois une réserve de main-d’œuvre bon marché (dans les travaux publics par exemple mais aussi dans la Fonction publique avec les CES ou les emplois-jeunes) et une pression sur les salariés dont les acquis deviennent des privilèges...

La question des retraites ne peut donc pas être isolée de l’ensemble des revendications.

La retraite par répartition, part salariale et part patronale incluses, " répartit " un pourcentage de la richesse produite par les travailleurs en activité (et eux seuls) entre les travailleurs qui ont cessé leur activité.
Mécaniquement, si on augmente les salaires, le même taux de prélèvement produit plus d’argent pour la répartition.
Mécaniquement, si on augmente le nombre de cotisants, le même taux sur les mêmes salaires produit plus d’argent pour la répartition.

Augmentation des salaires, baisse du chômage et de l’exclusion, mécaniquement, règlent le " problème " des retraites.

Et c’est là qu’on vous parle de " mondialisation ", de " lois du marché ", de " concurrence internationale " ou de " guerre économique ". Les travailleurs devraient limiter leurs revendications à ce qui est possible dans " l’ordre économique mondial ", sous peine de tuer la poule aux œufs d’or, la compétitivité nationale si chèrement reconquise par le couple Jospin-Seillière : la croissance seule, la relance de l’activité seule permettraient d’envisager le " retour au plein emploi ", précarisé et flexibilisé cela va sans dire, et tout dérapage salarial, toute revendication sur les conditions de travail et de vie remettraient en cause le fragile équilibre de " nos " entreprises... Au nom de la compétitivité, il faudrait accepter la misère et l’exploitation en France ou " obliger " le patronat à délocaliser la production là où encore plus de misère permet encore plus d’exploitation.

Que le capital présente ses intérêts comme l’intérêt national n’est certes pas nouveau, comme il n’est pas nouveau que le destin des travailleurs et des foules exploitées se joue à l’échelle mondiale. Seattle, Millau, la marche mondiale des femmes, le contre-sommet de l’ONU, tout montre que ces enjeux sont désormais évidents et nul ne s’étonnera de voir SUD éducation présent sur tous ces fronts avec l’Union syndicale G10 Solidaires.

Le capital attaque les retraites parce qu’il veut toujours plus de profit pour ses investissements et donc toujours plus de misère et d’insécurité pour les travailleurs.

Défendre la retraite par répartition, refuser l’extension de la durée de cotisation et la baisse des pensions n’est qu’un des aspects de la lutte qu’implique le mot d’ordre de Seattle ou de Millau :" le monde n’est pas une marchandise ". On a simplement voulu ici, pour clarifier, parler de capital et d’exploitation et non plus de libéralisme...

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