A propos de la motion "Proche Orient" de Paris VI

 mars 2003
mis à jour vendredi 14 janvier 2005

Le 16 décembre 2002, le Conseil d’Administration de l’Université Pierre et Marie Curie (Paris VI) adoptait la motion suivante, présentée par l’intersyndicale (dont Sud Education Jussieu) sur proposition du Comité Jussieu de Solidarité avec les Universités Palestiniennes :

"L’occupation israélienne des territoires de Cisjordanie et de Gaza rend impossible l’activité d’enseignement supérieur et de recherche de nos collègues palestiniens : le renouvellement de l’accord d’association Union Européenne - Israël, en particulier en matière de recherche (6e PCRDT), constituerait un soutien à la politique actuelle de l’Etat israélien et serait en contradiction avec l’article 2 de cet accord ("Les relations entre les parties, de même que toutes les dispositions du présent accord, se fondent sur le respect des droits de l’homme et des principes démocratiques qui inspire leurs politiques internes et internationales et qui constitue un élément essentiel du présent accord").
En conséquence, le Conseil d’Administration de l’Université Pierre et Marie Curie :
- se prononce pour le non-renouvellement de l’accord d’association U.E. - Israël ;
- demande à nos collègues enseignants-chercheurs, exerçant dans les universités israéliennes, de prendre clairement et rapidement position sur la situation concrète faite aujourd’hui tant à nos collègues enseignants-chercheurs des universités palestiniennes qu’à leurs étudiantes et étudiants et de mettre en oeuvre tous les moyens dont ils disposent pour aider les uns à exercer leur métier et les autres à étudier ;
- mandate le Président de l’Université pour nouer des contacts avec les autorités universitaires israéliennes et palestiniennes afin d’œuvrer dans le sens de la paix et pour qu’il soumette l’ensemble de ces questions à l’assemblée de la Conférence des Présidents d’Université."

De quoi s’agit-il ?

L’accord de coopération visé par ce texte (Programme Cadre de Recherche et Développement Technologique) concerne les pays de l’Union Européenne et plusieurs partenaires internationaux. Dans le 5e PCRDT, Israël occupe une place privilégiée, par exemple en étant l’un des rares pays non communautaires (avec la Norvège, l’Islande et la Suisse) à participer au "Centre Relais-Innovation". Il faut dire que ce programme fut signé en 1995, dans l’euphorie des accords d’Oslo. La situation actuelle est très différente, et c’est pourquoi le Parlement européen, le 10 avril 2002, a voté pour que la participation d’Israël ne soit pas renouvelée dans le 6e PCRDT. Mais - démocratie communautaire oblige - la commission européenne, seule souveraine, n’a pas tenu compte de l’avis du parlement. Ainsi, faire entendre la voix des chercheurs, concernés au 1er chef, nous a semblé nécessaire.

En proposant, puis adoptant cette motion, nous avions le sentiment qu’elle pouvait susciter un débat, voire une polémique. Nous nous trompions. Au lieu d’un échange d’idées et d’arguments, nous avons eu le mensonge, les insultes, les menaces. Entre autres, Claude Cohen-Tannoudji nous accuse publiquement (Le Monde, 5 janvier 2003) de "jeter un anathème sur d’autres collègues à cause de leur nationalité". On voit mal quelle phrase de la motion est ici concernée. En effet, celle-ci ne contient aucun appel au rejet des universitaires israéliens : elle demande le contraire dans son dernier paragraphe ! Avant de lire entre les lignes, il importe de lire tout court. Quant à Bernard-Henri Lévy (Le Point, 2 janvier 2003 ), il va jusqu’à évoquer Vichy et s’inquiète de voir l’Université "renouer avec la honte" sans toutefois citer un mot de la motion. On pourrait évoquer de même des articles parus dans d’autres journaux : si la motion adoptée par Paris VI contenait réellement ce qu’on a prétendu y lire, nous aurions été les premiers à manifester contre son insupportable antisémitisme. Des articles plus nuancés sont parus depuis, mais le mal était fait : calomniez, il en restera toujours quelque chose...

On peut s’interroger sur les raisons d’une telle violence dans le propos, insultant pour ceux qui en sont la cible, mais également pour ses lecteurs, qu’on prend à témoin sans distinguer l’information de son commentaire : la manipulation est couverte par la notoriété des auteurs. Il semble que l’origine de ce déchaînement médiatique réside dans la peur de voir d’autres Universités adopter des motions semblables. Opération réussie, puisque Paris VII a botté en touche avec un texte proclamant qu’il n’appartenait pas aux universitaires de se prononcer sur les problèmes de politique internationale. Comme si la présence d’Israël dans le PCRDT n’était pas un fait politique, comme si les chercheurs étaient des machines à produire de la science à la demande, hors de tout contexte ! Mais il faut croire que c’est là ce qu’attendent de nous nos autorités de tutelle, ministre de l’éducation en tête, qui s’est empressé de joindre sa voix au concert des protestations indignées. Il est désormais de notoriété publique que ses services ont exercé de nombreuses pressions sur la direction de Paris VI, au point que son président, favorable à la motion du 16 décembre, cherche maintenant à infléchir la position du CA dans le but de "sauver les meubles". Encore un bel exemple de la fameuse autonomie des universités !

Qu’on ne compte pas sur nous pour travailler en silence pendant qu’un état souverain écrase tout un peuple et prétend s’opposer au terrorisme en fermant des universités. Plusieurs chercheurs israéliens ont demandé à la communauté internationale de les aider à ne plus être complices de l’escalade de la violence. Avec eux, nous estimons qu’en lieu et place du déferlement quotidien de terreur et de brutalité, seule la pression internationale peut constituer un moyen d’action efficace et pacifique.

SUD-Paris

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