À bas l’humanisme, vive le marché !

Sciences économiques et sociales
lundi 7 janvier 2008
mis à jour vendredi 7 mars 2008

Faire entrer le MEDEF dans les collèges, faire sortir les Sciences Economiques et Sociales des lycées… telle semble être l’intention commune de l’organisation patronale et du gouvernement.

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Alors que l’on vient d’apprendre vendredi 23 novembre la signature
d’un accord entre le Medef et le ministère de l’éducation nationale,
accord par lequel le Medef devient « partenaire éducatif » dans l’ensemble des collèges, faisons le point sur les attaques multiples dont a été l’objet la filière ES en lycée.

Haro sur les SES

L’enseignement des sciences économiques (jusque là, si on enlève le
barbu et son Capital, tout va à peu près bien) et sociales (là, ça se gâte !) n’est pas du tout du goût de Xavier Darcos. Dès fin août, il commence
à déplorer la désaffection des lycéens pour la filière littéraire, pour progressivement accuser la filière ES d’attirer les élèves indécis, perdus, et tout ça pour les mener nulle part ou presque, vers des « débouchés
incertains » (France Inter, 06-09-07). Jouer la concurrence entre les
filières, les disciplines et leurs enseignants, voilà une méthode pas tout
à fait morale pour préparer une réforme du bac.

Les profs « marxistes »… dénoncés !

Mais l’attaque n’est pas que bassement stratégique ; elle relève d’une
bataille idéologique de plus longue haleine. Courant octobre, la charge
s’amplifie avec des interventions fort bien orchestrées d’une officine
de droite nommée « Positive entreprise » (ça ne s’invente pas, ringard
jusque dans l’usage du slogan !), qui intervient avec une énergie
démultipliée sur les forums, les radios, pour dénoncer le « cryptomarxisme
 » voire même parfois le marxisme tout simple de l’enseignement
des sciences économiques et sociales en France. Le raisonnement
est le suivant : les professeurs de SES sont tous marxistes ou presque, ils ne connaissent rien à l’entreprise puisqu’ils n’y ont jamais travaillé (à part les quelques courageux enrôlés par l’Institut de l’entreprise - partenariat Medef /MEN - pour faire un joli stage dans les instances
dirigeantes de nos grands groupes internationaux). Donc ils ne peuvent que donner une mauvaise image de l’entreprise aux élèves, mauvaise image renforcée par les manuels. Supprimons les sciences sociales (histoire, sociologie, science politique) de cet enseignement ringard voulu par quelques humanistes au cours des années 1960, il n’en restera que l’économie et tout ira mieux : les enfants ne seront plus dégoûtés par leurs profs marxistes, ils iront la joie dans l’âme oeuvrer pour le bien de leur patron, et l’on sortira enfin de la crise (« L’entreprenariat et la réussite ne sont jamais valorisés. » Positive entreprise sur Rue89).

La réponse de l’APSES [1]

Mais Darcos, le Medef et Positive entreprise avaient omis le fait que
réponse il y aurait. Par la voix de l’APSES, des contre-interventions ont
été organisées sur les mêmes forums et radios, pour montrer que l’entreprise vue sous l’angle des sciences économiques et sociales ne peut se limiter à une vision en terme de calculs de rentabilité et de management des ressources humaines, que la sociologie du travail étudie forcément les rapports de pouvoir et de domination, les contraintes, les conséquences sociales de l’organisation du travail, et enfin que l’entreprise n’est effectivement qu’un sujet parmi d’autres dans les programmes de SES. Enfin, Monsieur Darcos a dans une entrevue du 1er octobre précisé qu’il ne s’agit pas de faire entrer le patronat dans l’élaboration des programmes (mais d‘en faire en toute modestie un « partenaire éducatif » dans les collèges, fin novembre, par la voix de la plus radicale de ses organisations !). Toutefois, le mal est fait pour ce qui est du discours officiel sur cette « troisième culture » ; et le rééquilibrage des filières, l’allègement des horaires et la réforme du bac, synonymes
d’un socle commun lycéen, sont toujours revendiqués comme des objectifs prioritaires du ministre Darcos pour l’année 2008.

Sud éducation Rhône


[1APSES : principale association
de professeurs de SES