15 juin 2001 : solidarité avec Michel Madassamy !

vendredi 15 juin 2001
mis à jour vendredi 14 janvier 2005

SOLIDARITE AVEC MICHEL MADASSAMY ET L’UNION GENERALE DES TRAVAILLEURS GUADELOUPEENS

Paris, le 15 juin 2001

M. Madassamy, militant de l’UGTG (1er syndicat de Guadeloupe), a été incarcéré du 31 mai au 13 juin suite aux provocations du patronat "béké" et du préfet actuellement en place.

CONTRE LA PROVOCATION DU PATRONAT

Le 27 mai est le jour de célébration de l’abolition officielle de l’esclavage en Guadeloupe. Il est férié et chômé (depuis 1983) pour permettre à la population de rendre hommage aux victimes du colonialisme ainsi qu’à celles et ceux qui sont morts pour imposer cette même abolition. Cette année, quelques jours après que le Parlement ait enfin adopté le texte considérant l’esclavage comme un crime contre l’humanité, le 27 mai a donné lieu à des dégradations de matériels qu’il s’agit de replacer dans leur contexte. En effet, le patronat guadeloupéen, par ailleurs familier des humiliations racistes, a décidé de maintenir ouverts les commerces situés le long du parcours de la manifestation. Comme il fallait s’y attendre, des manifestants ulcérés par cette attitude méprisante, digne de colons niant l’histoire tragique des esclaves de l’île et ne pensant qu’à leurs affaires et à leurs bénéfices, se sont livrés à des mouvements de colère à l’encontre des établissements ouverts.

Inculpé suite à ces évènements, Michel Madassamy s’est engagé dans une grève de la faim et de la soif contre la provocation du patronat et pour faire valoir les droits des noirs et des salariés de Guadeloupe.

Le 6 juin, une conférence de presse suivie d’un grand meeting a été organisée ainsi qu’une grève interprofessionnelle à l’appel de l’UGTG les 7 et 8 juin. Malgré les pressions exercées sur les personnels dans la Fonction publique, notamment à la Poste et à France Télécom, malgré une campagne de dénigrement conduite par les médias locaux et le silence total des médias métropolitains, la grève s’est traduite par le blocage total du port maritime, la paralysie de l’aéroport, la fermeture de la plupart des commerces et des stations services ainsi que par une forte perturbation des transports routiers. Dans un tel contexte, la réponse du gouvernement a consisté, comme d’habitude, à dépêcher sur place des moyens matériels et humains plus que conséquents pour réprimer ce mouvement social. Des milliers de policiers et de gendarmes stationnent en Guadeloupe, ce qui n’est pas sans rappeler les heures les plus sombres du colonialisme.

DENONCER LA COLLUSION ENTRE L’ETAT ET LE PATRONAT

Le gouvernement est complice du patronat et du préfet pour occulter le jour de la célébration de l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe ou en minimiser l’impact. Les descendants des esclavagistes ainsi que les patrons locaux n’acceptent pas de reconnaître l’esclavage que leurs ancêtres ont fait subir aux populations et encore moins que cet esclavage soit déclaré "crime contre l’humanité". Cela impliquerait pour eux un désaveu des fondements de leurs richesses et de leur mentalité "négrophobe" et colonialiste toujours en vigueur. Le gouvernement se fait donc l’allié de ces "seigneurs féodaux" opposés au principe d’égalité et partisans d’un"apartheid à la française" à peine voilé.

CONTRE LE NEOCOLONIALISME ET LA POLITIQUE LIBERALE

Dans une Guadeloupe ravagée par la crise, les mêmes patrons qui licencient, violent les conventions collectives et les droits individuels des salariés, bénéficient, grâce à la politique néocoloniale libérale contenue dans la loi d’orientation pour l’outre mer, d’exonérations totales de charges, de subventions somptueuses sans aucun contrôle, de mesures dérogatoires au code du travail. Bref, une licence permanente pour la loi de la jungle !

Aussi, consciente des problèmes économiques, sociaux et humains qui se posent en Guadeloupe et dans les départements d’Outre mer en général, la Fédération SUD-Education proteste contre la criminalisation du mouvement syndical à travers l’inculpation de Michel Madassamy comme si la loi anti-casseur, désormais caduque, lui était appliquée. La fédération s’associe également aux personnalités comme José Bové et aux organisations ou associations telles que SUD-PTT, Droits Devant et ATTAC pour se féliciter de la libération de ce militant, fervent défenseur du droit syndical et de la lutte anticolonialiste et pour exiger l’arrêt de toutes les poursuites judiciaires, le respect du droit d’expression, du droit syndical et des droits civiques en Guadeloupe comme dans le reste de l’Outre Mer. Elle réclame enfin l’ouverture immédiate de négociations sur l’ensemble des problèmes économiques, sociaux, culturels et politiques dans le cadre d’une "nouvelle orientation anti-colonialiste" permettant de réparer les dégâts de cinq siècles d’esclavage .